Editorial: seule une crise boursière sauvera les économies réelles.


Le début de cette réflexion est emprunté à Snider. Hat Tip.

Le 12 février 1999, la Banque du Japon de Masaru Hayami a publié un communiqué de presse historique; sans fioritures,.

Le texte sobre, laconique n’utilise même pas le mot «zéro».

Voici ce qu’il dit :

« La Banque du Japon fournira plus de fonds et encouragera le taux d’intérêt au jour le jour sans garantie -non collateralisé- à descendre aussi bas que possible. »

Il y a donc plus de 20 ans le Japon inaugurait cette période de politique monétaire non conventionnelle, dans laquelle la borne du zéro jouait un rôle central.

Les taux de l’argent au jour le jour à l’époque étaient déjà très proches de zéro. Par conséquent «aussi bas que possible» ne signifiait rien d’autre que la politique de taux zéro .

La politique de taux d’intérêt zéro, ou ZIRP, était arrivée.

Ecoutons la Banque du Japon quelques semaines plus tard se vanter:

«. Les cours des actions, mesurés par le Nikkei 225 Stock Average, se sont rétablis à environ 16 000 yens. Nous pensons que si ces tendances sur les marchés financiers se poursuivent, elles influenceront positivement l’économie grâce à une amélioration des retours sur investissement, grace à un nouvel allégement des conditions de collecte de fonds des institutions financières et des entreprises, et grace à une reprise de la confiance des entreprises et des ménages. . »

L’enchainement vertueux, mais magique décrit par les autorités japonaises ne s’est jamais produit , les tendances sur le marché financier ne se sont pas transmises à l’économie réelle et deux ans plus tard la Banque du Japon a sorti son arme secrète; les QE. Les Quantitative Easing.

Remarquez bien ou se situe la supposée Transmission matérielle décelée par la Banque du Japon: amelioration des retours sur investissement.

L’amelioration des retours sur investissement est censée etre le moteur de la reprise. Conservez cela présent à l’esprit car nous allons y revenir plus bas.

Si vous ne pouvez pas descendre en dessous de la barrière nominale du zéros vous pouvez, en achetant des titres longs faire baisser les taux d’intéret en dessous du taux d’inflation et ainsi obtenir des taux négatifs.

En fait vous ne changez pas le fond de la politique de taux, simplement vous jouez sur les mots. Vous vous donnez une marge de manoeuvre apparente grace à ce jeu sur le terme « intéret réel ».

Contrairement à ce que les observateurs superficiels pensent ce n’est pas du « money printing »; c’est une politique monétaire sans monnaie, c’est simplement une opération, un tour de passe passe, qui consite à retirer du portefeuille mondial ou national des valeurs mobilières de qualité, des titres sûrs qui rapportent un peu pour les remplacer par de la monnaie qui elle, ne rapporte rien.

L’effet recherché par cette opération est un effet d’entonnoir.

Ou encore un effet de compétition entre les détenteurs de fonds pour s’octroyer du rendement.

Si vous retirez du portefeuille mondial quelque chose qui est sûr et qui rapporte, ceux qui vous ont vendu ces titres se retrouvent avec du cash qui ne rapporte rien et qui par conséquent leur brule les doigts; ce cash comme le dit JP Husman est un Mistigri. Ceux qui le détiennent vont se mettre à chercher quelque chose qui rapporte pour placer ce cash et ils vont donc être obligés de prendre plus de risque, ils vont monter dans l’échelle du risque.

Retenez ceci: ils vont monter dans l’échelle du risque et formulez le autrement: ils vont avoir un plus grand appétit pour le risque c’est à dire si ils deviennent un peu pervers …pour le jeu. Vous comprendrez pourquoi je dis cela plus bas.

Le calcul des autorites japonaises était que l’effet d’entonnoir allait jouer et que les liquidités échangées allaient faire abaisser le prix du risque sur les marchés, allaient inciter les agents économiques à investir dans l’économie .

Ils croyaient que cela allait faire, comme ils disent dans leur ignorance crasse, faire baisser le coût du capital. La « baisse du cout du capital » allait déclencher une vague de dépenses d’équipement. Les dépenses d’équipement allaient amorcer la pompe de l’économie réelle, les multiplicateurs allaient fonctionner, distribuer des revenus, créer des vrais emplois etc, la bicyclette allait se remettre à rouler.

Ce fut une erreur de théorie dramatique qui se comprend si on revient aux bases de l’économie capitaliste : l’économie capitaliste c’est un système dont le moteur c’est le profit. Le moteur, la variable clef du régime capitaliste c’est la profitabilité du capital. Le ratio profit sur capital total engagé.

Le moteur de cette économie cale quand le taux de profit devient insuffisant. L’économie bute sur ses limites et la croissance disparait, on stagne; la tendance à la déflation apparait . C’est ce qui est arrivé au Japon dans les années 90.

Cette économie insuffsamment rentable soufre donc d’un excès de capital face à une insuffisance de profit; est ce qu’en faisant baisser le coût apparent du capital, le cout du crédit vous allez stimuler cette économie? Bien sur que non ! Elle est en déflation , elle craint l’avenir, la demande est insuffisante pour rentabiliser tout le capital en place , vous n’allez pas augmenter l’offre de capital!

Ci dessous le vrai mal japonais : un taux de profitabilité beaucoup trop bas du capital et la politique monétaire ne peut rien contre cela.

L’investissement productif réel stagne , la productivié également.

Quand la profitabilité du capital productif est faible, trop faible compte tenu du niveau d’incertitude, alors vous préférez la spéculation financière.

Vous allez tout à fait logiquement acheter des actifs financiers anciens parce que vous savez que la baisse des taux et les QE vont augmenter la masse de fonds qui cherchent à se rentabiliser, qu’ils vont faire baisser les rendemenst et que par conséquencs il va y avoir une course, une surenchère pour se sécuriser les meilleurs rendements disponibles. Les actifs fianciers anciens sont condamnés à s’apprécier car de plus en plus rares. C’est le mécanisme terrible de la « search for yield » à l’intérieur de l’univers des actfs financiers anciens.

Pourquoi iriez vous investir réellement, acheter des biens d ‘équipement, embaucher, subir la concurrence, subir l’érosion de la profitabilité, subir les risques politiques, subir les risques sociaux, subir les risques géopolitiques pour des profits aléatoires alors que la banque centrale vous promet, vous garantit des profits bien gras, bien dodus sans risque?

Vous faites de la finance, vous faites de l’ingénierie financière, vous rachetez des actions, vous rachetez votre capital vous rachetez les concurrents , vous achetez des fonds d’état pour être surs de ne pas manquer de liquidites.

Vous faites tout sauf investir pour produire des richesses réelles et distribuer des revenus suffisants aux salariés. .

Les politiques monétaires non conventionnelles sont inefficaces parce qu’elles font apparaitre comme désirable tout le capital ancien.

C’est l’ambivalence de ces politiques qui les rend stupides: elles contiennent dialectiquement en-elles leur propre négation.

L’erreur colossale des Japonais et de tous les banquiers c’est de ne pas comprendre que la Transmission à l’économie réelle par le biais de l’amelioration des retours sur investissemnts est une illusion, une faute de raisonnement: la ZIRP et les QE vont aller non dans l’économie réelle avec ses surproductions, sa profitabilité insuffisante, ses risques concrets , ils vont rester dans les marchés, dans l’imaginaire financier. La pompe de la spéculation étant lancée, c’est elle qui produit le meilleur rendement, le meilleur couple risk/reward. Et le plus rapidement!

La faute, l ‘errreur intellectuelle vient presque du vocabulaire , du nominalisme; elle vient de l’ambiguité du terme « investissement ». Ce mot est employé à tort et à travers et cela fausse tous les raisonnements.

Quelqu’un qui achète un actif ancien sur un marché financier n’est pas un investisseur. C’est un employeur de fonds. On dit qu’il est investisseur pour le flatter, par flagornerie sociale. On lui donne une auréole qu’il ne mérite pas.

L’investissement économique c’est l’achat de biens d ‘équipement producteurs de richesses réelles et de revenus salariaux et de profit.

L’investissement des banques centrales et des gouvernemnts, c’est un abus de langage; c’est l’achat de titres représentatifs d’investissements. C’est l’achat d ‘actifs financiers. Ces gens confondent le réel, les biens d’équipement avec l’ombre du réel: le papier qui est la contrevaleur ambigue de ces biens d ‘équipement.

Les politiques monétaire fondées sur la ZIRP, les QE et autres promesses que les largesses vont durer toujours sont des politiques perverses qui stimulent non pas le réel économqiue mais les ombres du réel, les contrevaleurs.

C’est cela la névrose, la confusion entre le réel et ses signes.

Et cette schizophrénie se manifeste, par la disjonction de l’un et de l’autre, le mot investissement se dédouble entre lui même, l’équipement concret et son contraire, la spéculation abstraite sur le papier . Le papier fêtiche a supplanté la réalité qui lui a donné naissance .

Les dépenses d’équipement sont disjointes de l’achat des titres, des papiers, des ombres qui sont censées n’être que leur projection.

Le marché financier fait concurrence perverse à l’investissement productif, il dévore les fonds créés, il détourne d’investir productivement car il procure de plus en plus de profit et de valeur monétaire facilement et rapidement.

Surtout depuis que les banquiers centraux en sont devenus otages; ils sont obligés de promettre que cela va durer toujours, c’est à dire qu’il n’y a aucun risque.

Powell l’a encore réaffirmé la semaine dernière même si l’inflation arrive, soyez rassurés nous ne retirerons pas le bol de punch.

Note: ne vous étonnez pas de mon titre; je suis un caricaturiste , un expressionniste .

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