Bruno Mégret: « Être hors système ne sert à rien si l’on ne s’en prend pas aux pouvoirs du système ».

Je vous livre cet entretien de Bruno Megret avec Le point.

Je l’ai connu quand il quittait le RPR pour s’établir à son compte avant, si mes souvenirs sont bons, de s’allier avec Jean Maxime Leveque.

C’est un politique, un volontariste. L’une ses idées était de faire du Front National une vraie organisation politique, de transformer la boutique de Jean Marie Le Pen en une vraie formation avec implantation, cadres etc. Bien entendu Le Pen ne pouvait le supporter puisque cela aurait mis fin à la domination familiale.

Megret defend l’idée d’une Europe puissante , qui compte face aux blocs présents ou émergents.

Bruno Megret:

« l’élection de Macron consacre la prise en main du pays par le système. Un système qui a réussi à détruire les partis politiques et à mettre directement l’un des siens à la tête du pays« 

Il fut le premier à promouvoir la dédiabolisation. Sa stratégie de respectabilité du Front national (devenu Rassemblement national) s’est fracassé un jour de décembre 1998 où Jean-Marie Le Pen, soucieux de garder la main sur son parti, a écarté le jeune ambitieux. Bruno Mégret a raté sa scission – que le père Le Pen appela un « pu-putsch » pour mieux se moquer – et il ne put jamais rivaliser avec le fondateur. Vingt-deux ans plus tard, le père a passé le relais à sa fille et le parti d’extrême droite apparaît comme le premier parti d’opposition. Cependant, depuis quelques mois, le Rassemblement national et sa présidente, Marine Le Pen, semblent en retrait, presque anesthésiés par la crise sanitaire et économique. Normal, répond l’ex-numéro 2 du Front, car Marine Le Pen est devenue, selon lui, une femme politique comme les autres. Entretien.

Le Point : Cet été, l’insécurité est revenue au cœur de l’actualité. Pourtant, on a l’impression que Marine Le Pen peine à concrétiser sur ses thèmes forts. Qu’est-ce qui cloche au Rassemblement national ?

Bruno Mégret : C’est vrai, le Rassemblement national ne parvient pas à exister sur la scène politique. Il y a à cela une raison fondamentale : ses représentants tiennent, de façon certes plus énergique, le même discours que la classe politique, alors qu’ils devraient porter une vision radicalement différente pour incarner l’alternative au système en place. Aujourd’hui, les Français n’ont plus la moindre confiance dans les politiques qu’ils savent impuissants à résoudre leurs problèmes et, de ce point de vue, Marine Le Pen n’est pas différente de ses concurrents, car elle ne porte aucun projet qui rendrait sa puissance au politique. Rendre du pouvoir au pouvoir, là est le nœud du succès.

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La dédiabolisation du parti ne l’a-t-elle pas banalisée ?

J’ai toujours préconisé la dédiabolisation, mais pour moi elle consistait à en finir avec les provocations sulfureuses et les dérapages verbaux. Car, au-delà, il faut tenir le discours de la rupture avec le système. Sur l’immigration par exemple, ce n’est pas clairement le cas. Pourtant, comme nous l’avions annoncé, ce phénomène est aujourd’hui source de difficultés majeures que personne ne nie plus. Le RN devrait donc proposer une mesure simple et radicale : stopper toute nouvelle immigration pendant dix ans. Et ceci en faisant voter une loi d’exception qui suspende l’ensemble des dispositions permettant l’arrivée de migrants : regroupement familial, droit d’asile, etc. Ce serait une démarche non pas idéologique, mais pragmatique. Quand votre maison est inondée, vous commencez par bloquer l’arrivée d’eau avant de réparer les dégâts.

Il faut créer un droit de recours sur les décisions du Conseil constitutionnel et laisser le dernier mot au peuple.

Vous oubliez que la France a signé des conventions internationales et qu’elle ne peut pas faire ce qu’elle veut…

C’est pour cela qu’il faut rendre du pouvoir au politique. Sur le plan international, on peut, dans un domaine comme l’immigration, y parvenir assez facilement. La France peut par exemple se libérer à tout moment de la tutelle de la Cour européenne des droits de l’homme. Non, le vrai problème, c’est le Conseil constitutionnel qui remet en cause la démocratie en censurant toutes les lois votées par le Parlement dès lors qu’elles ne sont pas politiquement correctes. Il faut donc créer un droit de recours sur les décisions du Conseil constitutionnel et laisser le dernier mot au peuple, soit par référendum, soit par un nouveau vote de l’Assemblée. Avec une telle réforme, la loi d’exception instaurant un moratoire sur l’immigration devient possible. Encore faut-il tenir le bon discours. Car opposer par exemple la laïcité à l’islam, comme le font tous les partis y compris le RN, revient au bout du compte à mettre sur le même plan le christianisme qui a façonné notre pays pendant quinze siècles et l’islam qui n’est présent sur notre sol que depuis quelques décennies. Les religions ont une composante culturelle qui en font un élément de l’identité des peuples et des nations. C’est donc au nom de notre droit à l’identité plus qu’aux principes de la République que le RN devrait s’opposer aux avancées de l’islam.

Vous vous retrouvez davantage dans le discours identitaire de Marion Maréchal…

Je ne sais pas. En tout cas, elle n’est pas sur la scène politique.

Revenons à Marine Le Pen. Comment expliquez-vous ce manque de tranchant que vous déplorez : confort de la deuxième place, peur de gouverner ?

En réalité, le RN est également touché par la dégradation du niveau général de la classe politique. Quand on part de De Gaulle et qu’on en arrive à Hollande… tout est dit. La réalité est que le pouvoir politique s’est soumis à la suprématie des juges et à la toute-puissance des médias. Aujourd’hui, de qui le politique a-t-il le plus peur ? Du juge d’abord, puis du journaliste, et enfin de l’électeur. Pour incarner une véritable alternative au système, le RN devrait donc attaquer ces deux institutions et militer pour qu’elles soient remises à leur place.

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Vous dressez un constat sombre sur le RN, mais ce parti a des villes, dont Perpignan, des députés et semble certain d’accéder au second tour de la présidentielle dans dix-huit mois.

Marine Le Pen obtient ces résultats grâce au travail que nous avons effectué avant elle. Car, quoi qu’elle dise, son parti conserve l’image très forte que nous avions construite. Elle est donc comme une sorte de rentière qui bénéficie par ailleurs de l’impéritie des autres partis politiques. Aux pays des aveugles, les borgnes sont rois.

Mélenchon incarne plus l’extrême gauche qu’un renouveau populiste.

En 2017, Marine Le Pen avait une position tranchante sur l’Europe : en sortir et quitter l’euro. Ça n’a pas fonctionné.

Il y a un paradoxe chez les Français. Ils sont très critiques à l’égard de l’Europe telle qu’elle est, mais ils ne font pas confiance à ceux qui proposent d’en sortir. La réalité est qu’ils attendent un projet européen radicalement nouveau. Et c’est ce que le RN devrait proposer. Le monde a changé, nous ne sommes plus à l’époque où la France disputait à la Grande-Bretagne la suprématie sur le monde. Nous sommes à l’heure du choc des civilisations. La Chine s’affirme, l’Inde arrive, le monde musulman se répand et l’Europe reste divisée, culpabilisée et impuissante. Il faut donc en finir avec cette Europe bruxelloise qui dissout nos nations pour les soumettre à la mondialisation et créer une Europe qui soit un pôle de puissance capable de défendre notre identité, notre prospérité et notre sécurité.

Vous rejoignez donc Emmanuel Macron lorsqu’il vante la souveraineté européenne…

Avec Macron, on entend tout et le contraire de tout. J’adhère au principe de la souveraineté européenne, mais pour cela il faudrait sortir de l’Otan, créer une alliance militaire européenne, introduire des écluses douanières aux frontières de l’Europe pour réindustrialiser le continent, empêcher les migrants de pénétrer sur le sol européen et affirmer que l’islam n’est pas compatible avec notre identité commune. Il faudrait enfin promouvoir avec fierté notre civilisation. Il ne me semble pas que ce soit le projet porté par le président de la République.

Éric Zemmour tient peu ou prou le même discours que vous. Peut-il être une alternative à Marine Le Pen ?

Sur l’analyse, nous sommes sur la même longueur d’onde, sauf sur l’Europe où il a encore une vision gaullienne. Mais la vraie différence est qu’il ne propose pas de programme politique ni de stratégie pour conquérir le pouvoir. C’est un journaliste engagé, pas un homme politique. Pour l’instant, en tout cas.

On constate également un populisme de gauche avec Jean-Luc Mélenchon.

Comme la droite classique, la gauche traditionnelle a été liquidée par Macron. Une partie importante de ses électeurs se trouve dès lors orpheline et se range derrière Mélenchon qui, pour moi, incarne plus l’extrême gauche qu’un renouveau populiste.

Quel regard portez-vous sur Emmanuel Macron ?

Je crois que l’élection de Macron consacre la prise en main du pays par le système. Un système qui a réussi à détruire les partis politiques et à mettre directement l’un des siens à la tête du pays. C’est donc la victoire de l’établissement sur le peuple et le triomphe du politiquement correct sur la démocratie. Il n’y a rien à en attendre de positif pour la France. Car Macron est l’homme qui pratique des petits changements pour que rien ne change réellement. Il tient à cette fin un discours confus sans effet concret.

Si Marine Le Pen accédait à l’Élysée sans toucher au Conseil constitutionnel, elle devrait se contenter d’écrire des tweets comme Donald Trump.

Il s’attaque pourtant à des problématiques qui vous intéressent. N’est-ce pas le cas avec la loi sur le séparatisme ?

Cette loi est d’abord le signe patent de l’échec de la politique migratoire menée depuis un demi-siècle. À l’origine, elle devait conduire à l’assimilation des étrangers. Puis on s’est contenté de leur intégration, ensuite il n’a plus été question que de vivre ensemble. Et maintenant, on en vient à essayer de les empêcher de se séparer. Cette loi sert en réalité à encadrer une nouvelle et dramatique reculade. À ce titre, elle ne fonctionnera pas davantage que les précédentes lois sur l’islam et l’immigration. Il est plus que temps de mettre un terme à l’arrivée de nouveaux immigrés.

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Donald Trump, Jair Bolsonaro, Matteo Salvini… Les dirigeants hors système, ce n’est pas une franche réussite…

Être hors système ne sert à rien si l’on ne s’en prend pas aux pouvoirs du système. Les gens que vous citez se sont attaqués au système verbalement, mais n’ont mené aucune action concrète pour le circonvenir. Il faut, pour réussir, rétablir la suprématie du politique, notamment sur la justice et les médias. Si Marine Le Pen accédait à l’Élysée et qu’elle ne touchait pas au Conseil constitutionnel, elle resterait impuissante et devrait se contenter d’écrire des tweets comme Donald Trump.

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Depuis quelques mois, l’écologie est devenue l’une des préoccupations majeures des Français. Que pensez-vous de l’écologie intégrale portée par l’extrême droite ?

Je suis comme tout le monde soucieux de préserver nos ressources naturelles et de limiter les pollutions en tout genre. Mais sur l’écologie, il faut dire deux vérités aujourd’hui complètement occultées : les problèmes résultent de la croissance démographique excessive des pays émergents, notamment en Asie et en Afrique. Ils viennent aussi de la mondialisation qui a conduit les pays développés à délocaliser les pollutions et à les accroître par des transports maritimes et aériens inconsidérés. Et puis, disons-le, pourquoi vouloir préserver la biodiversité et œuvrer par ailleurs à un grand melting-pot mondial qui détruit la diversité des communautés humaines ?

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Qu’est-ce qui vous a manqué pour porter ces combats ?

Je n’ai pas réussi la scission avec Le Pen, notamment à cause de Philippe de Villiers. Quelques mois après le coup de force contre Jean-Marie Le Pen, les européennes devaient nous départager. Or, c’est à ce moment que Villiers s’est allié avec Pasqua pour présenter une liste de droite « décomplexée » qui m’a privé des voix nécessaires pour battre Le Pen. Si je l’avais devancé, j’aurais pu construire la force dont la France a besoin. Et c’est peut-être moi qui aurais débattu avec Emmanuel Macron au second tour de la dernière présidentielle…

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2 réflexions sur “Bruno Mégret: « Être hors système ne sert à rien si l’on ne s’en prend pas aux pouvoirs du système ».

  1. Bruno Mégret etait au FN ce que Seguin était au RPR, un visionnaire égaré et au-dessus du lot, mais broyé par plus fort que lui par ses pères politiques plus animaux et ambitieux qu’amoureux de la France.

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