Editorial. Parier sur la hausse du dollar tout en sachant qu’un jour il s’effondrera !

L’inflation, les taux, l’activité, le vaccin, le dollar, tout cela est un tout.

C’est un système dont chaque élément est partie prenante.

Tout réagit sur tout et c’est une sorte de puzzle: tout doit s’emboiter. L’intelligence analytique est quasi stérile, elle qui sépare, elle qui n’accède qu’à de petites vérités partielles trompeuses.

Le plus difficile, ce n’est pas l’examen des parties ou de leurs paramètres, le plus difficile c’est de trouver les liens organiques, les relations de causes à effet entre les parties.

C’est pour cela que je soutiens que les élites ne nous informent pas, elle nous trompent tout en ne nous mentant pas! Elle cachent, elles occultent, elles tronquent les relations de cause à effet ou, si on veut, les raisons qui les poussent agir comme elles le font.

Elles nous aveuglent avec de fausses évidences, avec des constructions parallèles bidon, des rhétoriques bien ciselées dont le seul objectif est de recouvrir d’un voile opaque les finalités, les désirs, les intentions.

Une juxtaposition des faits ou d’images n’a jamais et ne fera jamais sens, ce qui fait sens c’est le désir qui les présente, le désir du locuteur ou du producteur de faits ou d’images. Faute de connaitre ce désir le réel n’est qu’un kaleidoscope.

Ce fut la découverte de Giscard et son innovation en politique que celle de l’utilisation du discours dit d’évidence: on ne dit que ce que les gens peuvent comprendre, on enfile les fausses évidence et on utilise un vocabulaire de150 mots; et le tour est joué; ceci fut d’ailleurs repris par son imitateur Fabius. Le langage d’évidence est celui de la suprême tromperie, Montaigne l’avait déjà démystifié. Macron hélas n’a ni le talent ni la culture de Giscard, il est revenu en arrière, il pratique le bon vieux mensonge et le cynisme: le temps de la démocratie a changé, on ne soucie plus de rallier les Français , on passe en force par défaut et par la violence d’état.

L’important ce ne sont pas les faits contrairement à ce que pensent les stupides journalistes , non l’important c’est le sens qu’il faut leur accorder, les intentions qu’il y a derrières et finalement les désirs et les agendas. Ce que l’on voit ne prend son sens que dans le projet dont il fait partie.

Nous sommes avec cette discussion au coeur du débat sur le complotisme.

Si ce qui fait sens dans le monde moderne et post moderne, c’est ce qui est caché, alors l’intelligence est obligée de fouiller, de reconstituer ce qu’il y a en dessous des apparences, de creuser; la pensée critique est obligée pour accéder au vrai, de creuser, de faire ressortir le caché, le non-su, le non-dit . Ce qui signifie que l’intelligibilité de notre époque sur-informée est ailleurs et qu’elle est le fruit d’un travail de reconstitution , travail qu’il faut mener parce que l’on a des soupçons. On soupçonne que ce qui est montré est un trompe l’œil.

Je résume: l’intelligibilité de notre époque est complexe, elle ne se donne pas à voir dans le kaleidoscope qui nous est présenté sur les écrans, elle réside dans le sens qui ordonne les faits, les images, les décisions, les proclamations.

Ce sens est caché, dissimulé, enfoui et uniquement accessible à une minorité qui détient ou croit détenir le pouvoir. Il faut lui voler son trésor, lui dérober le Verbe, le sens , le secret du feu. Il faut oser les défier pour enfin comprendre .

Comprendre et lutter car pour lutter, la compréhension est absolument nécessaire, on n’ a fait progresser le capitalisme que grâce à la compréhension interne qu’en a apporté Marx. Il fut l’un des grands philosophes du soupçon, avec Freud et Nietzsche c’est à dire qu’il a eu cette attitude qui consiste à dire : ce que l’on voit ce n’est pas le vrai, c’est une mystification produite par le système pour que cela dure.

Cette attitude de l’intelligence qui cherche à comprendre ce qui se passe sous les apparences, les élites l’appelle « complotiste » ! Complotiste parce qu’il s’agit de la dévaloriser,de la ridiculiser, de la nullifier. Est complotiste celui qui, irrationnel, voit des complots partout, interprète tout en présupposant des ententes occultes. La parole de ceux qui cherchent le non-dit, le non manifeste et qui donc interprètent le monde doit être ridiculisée, marquée d’un sceau qui la rend nulle et non avenue. Il doit dans notre système suffire de laisser tomber, méprisant, complotiste, pour écarter une vérité sulfureuse.

Et pour cause, la Communauté de ceux qui gèrent le monde, au vu et au su de tout le monde d’ailleurs, ce qui est un comble, cette Communauté ne peut prendre le risque que la compréhension du système ne se développe, si les gens comprenaient ce que l’on est en train de faire, ils s’adapteraient ! Et si ils s’adaptent alors la manœuvre devient impossible puisqu’elle repose sur sa non-prise de conscience. le succès de la manoeuvre passe par sa non-révélation.

Vous avez compris, plus que jamais il faut dans le monde moderne et post moderne lutter contre ceux qui éclairent , contre ceux qui démontent et démontrent, il faut les faire taire: d’où, bien sur, le contrôle de la pensée, des publications, des diffusions, d’où la censure , d’où une société de bâillon et de surveillance.

Il faut excommunier en quelque sorte celui qui ose s’attaquer au sacré, et mettre à nu les actes, les désirs, les manigances.

Quand on écrit il y a une sorte de balancement , d’oscillation. On va d’un pôle à l’autre.

On écrit quelque fois « in the Box » et quelque fois « outside the Box ».

In the Box, dans la boite, cela signifie que l’on écrit de façon conventionnelles, on se place a l’intérieur de la névrose sociale, on écoute ses narratives, on participe à son imaginaire.

Outside the Box, hors de la boite cela veut dire que l’on sort de la boite, on sort de la bouteille de verre ou s’agitent les mouches, on s’évade de l’asile psychiatrique, et l’on voit de haut, on va à l’essentiel.

Tout ce développement pour vous dire que j’avais envie de vous parler du dollar, c’était un grand trou dans ma couverture. Mais je me suis heurté à ce problème du choix du point de vue: parler du dollar in the Box ou outside the Box?

Parler du dollar outside the Box c’est se placer dans le long terme de l’Histoire, celui qui, comme le dit Paul Valery fait que nos civilisations sont mortelles, c’est se placer dans le grand cycle du crédit né en 1945, se situer dans la perspective de la fin des arrangements de Bretton Woods et donc dans le cadre de la guerre du Pelopolnèse c’est à dire du futur affrontement entre le bloc anglo-saxon-OTAN et le bloc Chine -Russie.

C’est se placer dans la perspective du grand remaniement et du coûte que coûte c’est à dire de la mise en place violente d ‘un nouvel ordre international et subsidiairement dans le cadre de la destruction de monnaies telles que nous els connaissons: monnaies de consensus entre l’Est et l’Ouest, monnaie de convention entre la puissance qui se sent menacée, les USA et celle qui ne se cache pas de menacer, la Chine.

A long terme, le dollar et tous ses satellites comme l’euro ou la Livre est mort, archi mort, condamné par ses contradictions internes d’excès de crédit non solvable et condamné par les antagonismes externes qui font de lui une monnaie qui ne sera plus accepté dans le cadre du grand conflit.

Ecrire in the Box, c’est se placer dans le cadre étroit de l’histoire présente qui est celle d’une crise dite courte laquelle s’inscrit dans un cycle qui lui, est long. Bref inside the Box consiste à éclairer les sinusoïdes qui s’articulent entre elles dans le grand mouvent tendanciel des monnaies vers la dévalorisation et la perte de pouvoir d’achat puis finalement vers la perte du statut de monnaie; et les sinusoïdes peuvent monter ou baisser sans que cela préjuge de la tendance générale.

j’ai choisi de me placer dans la perspective courte, celle de la gestion. Et alors que je crois à la destruction du dollar en tant que monnaie de réserve, surtout pour les non américains, je crois à la hausse relative du dollar ces prochains mois. A long terme les détenteurs non américains de dollars seront spoliés mais à court terme il est probable qu’ils gagneront à en détenir;

La Fed n’est pas pressée de relever les taux ou de réduire son programme d’achat d’obligations. Powell l’a dit clairement.

C’est une mauvaises nouvelles pour les porteurs d’obligations à long terme. les taux d emarché peuvent continuer à monter.

La Fed est plus dovish que ses pairs tels que la BCE .

C’est une bonne nouvelle pour le dollar: les rendements américains vont augmenter, des rendements américains plus élevés signifient moins de pression à la baisse sur le dollar.

Les perspectives de croissance dans le monde sont à nouveau relevées, mais la croissance relative des USA continue de s’améliorer.  Les économistes du consensus Bloomberg ont relevé leurs prévisions de croissance aux États-Unis pour 2021.

Hausse massive des prévisions de croissance pour 2021 – mais principalement aux États-Unis

Cet élargissement de l’écart de croissance en faveur des Etats-Unis est positif pour le dollar.

Si les corrélation se maintiennent, le dollar est déjà en retard.

Graphique 2. USD / G9 vs croissance relative

Indice du dollar (DXY) vs croissance relative

Les investisseurs japonais ont boudé les bons du Trésor américain ces derniers temps, mais les 10 ans américains offrent maintenant le rendement le plus élevé depuis 2015 après ajustement pour tenir compte du cout coût des couverture de change à 3 mois. Les japonais reviennent.

Les bons du Trésor américains à 10 ans offrent le rendement le plus élevé depuis 2015, date à laquelle ils étaient couverts en devises

Les marchés ont, une fois de plus été pris à contrepied, ils ont shorté le dollar.

À la fin de 2020, il y avait un large consensus sur les marchés financiers sur le fait que la devise américaine continuera de s’affaiblir , le dollar est dans un marché baissier structurel et pluriannuel lisait-on . La faiblesse du dollar, à son tour, a soutenu la thèse de la reflation, dont ont bénéficié les secteurs économiquement sensibles tels que l’énergie, les matières premières et l’industrie ainsi que les bourses des marchés émergents en général.

Mais les choses ont changé depuis la mi-février.

L’indice du dollar, le DXY, qui mesure le taux de change pondéré en fonction des échanges du billet vert par rapport à l’euro, au yen, à la livre sterling, au dollar canadien, à la couronne suédoise et au franc, est passé de moins de 90 à près de 93 actuellement.

Un beau contrepied!

Cette force du dollar a un effet négatif sur les bourses des pays émergents et sur les cours des actions des sociétés d’énergie et de matières premières. La bourse chinoise a corrigé de plus de 15% depuis la mi-février, la Corée a perdu 10%, les actions de sociétés de matières premières comme BHP et Rio Tinto ont perdu un bon 10%.

En termes simples, la force du billet vert peut être attribuée à quatre facteurs interdépendants:

-les vaccinations,

-la croissance,

-les taux d’intérêt et

-la Chine.

-1 Biden s’est fixé comme objectif d’administrer 100 millions de vaccins contre Covid au cours de ses cent premiers jours de fonction aux États-Unis. Au cours des deux derniers mois, cependant, la vitesse des programmes de vaccination dans le pays a dépassé les attentes les plus audacieuses. L’objectif de Biden a déjà été atteint le 12 mars. Jeudi dernier il a porté à 200 millions de vaccins l’objectif de ses 100 premiers jours au pouvoir.La différence entre le taux de vaccination aux États-Unis et en Europe est colossale :

L’économie américaine peut continuer sur sa lancée, alors que la troisième vague de pandémies déferle sur l’Europe et que le nombre d’infections augmente à nouveau de manière significative:

-2 Cela signifie que l’économie américaine connaît déjà une reprise marquée, alors qu’en Europe, les mesures de verrouillage doivent être prolongées, voire renforcées. Les 1,9 trillions vont provoquer une poussée de croissance supplémentaire. 

-3 La perspective d’une croissance économique plus élevée, à son tour, a entraîné une forte hausse des rendements des bons du Trésor américain à long terme ces dernières semaines. 

L’écart entre les rendements nominaux aux États-Unis et en Allemagne s’est élargi considerablement.

-4 dernier facteur la Chine, où le gouvernement central et la Banque populaire de Chine ont pris un certain nombre de mesures au cours des dernières semaines pour resserrer davantage la politique monétaire et refroidir certaines parties de l’économie, en particulier le marché immobilier.

Le credit impulse est en chute ce qui produit un différentiel considérable.

Image

Tout cela pèse sur les émergents ainsi sur les devises dites commodities comme le dollar australien. 

Début mars, les shorts ont capitulé et les shorts nets sont devenus des positions longues nettes sur le billet vert:

Les bourses des marchés émergents, qui étaient toujours clairement en avance sur les pays industrialisés à la mi-février, ont perdu leur avance et ont même légèrement perdu depuis le début de l’année:

La hausse du dollar est un facteur de crise à prendre en considération donc soyez alerte et vigilant au moindre craquement; la communauté spéculative ne peut supporter la moindre raréfaction du dollar, c’est le moment de lire et relire Snider.

Un rapport de recherche exceptionnel de Merrill en 2014 «Pig in the Python – the EM Carry Trade Unwind» a jeté un pavé dans la mare dans le passé, il est toujours d’actualité. Les chiffres ont été multipliés!

. «Depuis le 3T2008, le QE de la Réserve fédérale américaine a déclenché un carry trade massif de 2 TN sur la dette sur les marchés émergents, augmentant de manière disproportionnée leurs réserves de change (de 2,7 USD par rapport à la fin du 3T2008), leurs bases monétaires (de 3,2 TN), leur crédit et les agrégats monétaires (M2 en hausse de 14,9 $ TN)… »

La prémisse du rapport était que, en cas fin du QE de la Fed etde rarefaction du dollar , les économies émergentes étaient très vulnérables à un resserrement des conditions financières mondiales. Plus précisément, les marchés d’actifs et les économies des pays émergents avaient été gonflés par une augmentation sans précédent de la dette, dont une grande partie était libellée en devises et financée par des «carry trades» à effet de levier.

Le levier massif de «carry trade» des émergents après 2008 ne s’est pas dissipé, il n’a fait que se renforcer En gros en six ans on a du doubler le problème.

En prime

Comment marchent les corrélations avec le dollar?

David Rosenberg :

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