Powell ment. La Fed dit la vérité. Répartition des taches. Un monde façon soviétique.

Je vous ai traduit il y a quelques jours les réponses de Powell aux questions trés autorisées et très compétentes des journalistes americains. Je vous invite à relire ce texte.

Dans cet entretien Powell écarte tout risque pour la stabilité financière aux Etats Unis. Son objectif est de justifier sa politique et son insistance à vouloir prolonger la stimulation en cours au mépris des risques inflationnistes.

Ici, jeudi , le rapport de la Fed vise un autre objectif, c’est le rapport sur la stabilité financière .

Donc il faut être un peu plus sérieux et tenir compte du fait que ce qui est écrit passera à la postérité.

Rien d’étonnant donc si la Fed écrit:

« La hausse des prix des actifs sur le marché boursier et ailleurs pose des menaces croissantes pour le système financier ».

D’un coté vous avez Powell qui appuie sur l’accélérateur des risques et de l’autre vous avez la Fed qui, dans son rapport appuie sur le frein!

Les pyronanes et les pompiers sont associés pour créer une réalité plutôt contradictoire.

C’est la synthèse de ce positif et de ce négatif qui finalement décrit le mieux la réalité. Et cette synthase se formule dialectiquement de la façon suivante: la politique monétaire et financière qui est menée est dangereuse mais le temps n’est pas encore venu que le peuple s’en préoccupe.

C’est la répartition des taches, dans le monde moderne , les pouvoirs organisent leur propre contradiction afin de la contrôler.

Ce fut la technique soviétique en son temps; une partie du Comité dit une chose et l’autre dit l’opposé , et ainsi ayant couvert tout le champ, la dictature peut continuer. C’est un procédé bien rodé et il fonctionne grâce a la nullité des médias et la connivence des intellectuels.

je vous le répète ne faites pas attention a ce qui est dit, sauf pour le critiquer, ne faites attention qu’à ce qui est fait. ne tenez pas compte de la subjectivité ou des volontés, tenez compte de ce qui apparait objectivement.

La hausse des prix des actifs sur le marché boursier et ailleurs pose des menaces croissantes pour le système financier, a averti la Réserve fédérale dans un rapport jeudi.

Dans son rapport semestriel sur la stabilité financière, la banque centrale a déclaré que si le système dans son ensemble est resté largement stable même pendant la pandémie de Covid-19 , les dangers futurs augmentent, en particulier si la course agressive sur les marchés des actions vient a s’interrompre..

Les investisseurs ont acheté des actions , des obligations d’entreprises et des crypto-monnaies comme jamais . Ils ont versé des milliards dans des sociétés à chèques en blanc appelées SPAC, et le marché a été chaud-bouillant pour les offres publiques initiales traditionnelles .

Le président de la Fed, Jerome Powell, et d’autres ont été interrogés à plusieurs reprises sur leur inquiétude face à la hausse des prix. Powell a spécifiquement déclaré que tant que les taux d’intérêt restent bas, les évaluations sont justifiées.

Powell ment .

Il ment d’abord par incompétence car les taux bas ne justifient aucune prime de valorisation sur les actions; si les taux sont bas c’est parce que les perspectives de croissance à long terme sont faibles, inferieures à la moyenne historique et que ce que l’on gagne par le bais de l’actualisation dans les équations, on le reperd sur l’évolution des profits futurs. Cela se démontre mathématiquement, et cela correspond bien sur à l’intuition.

Il ment ensuite par construction. En effet, dire que des évaluations sont justifiées par les taux bas est une affirmation incomplète délibérée; la phrase complète devrait être: les évaluations actuelles sont justifiées par le fait que les taux étant bas, rien ne rapporte et dans ces conditions il est normal que els actions elles aussi dans un marché efficace ne rapportent rien les détenteurs de liquidités vont en effet à acheter les actions jusqu’au point ou leur cours fera ressortir une minuscule rémunération qui tangentiellement rejoindra celle du zéro. La phrase complète quand on parle de justifier des valorisations est la suivante; le prix actuel de cet actif financier est si votre attente de rémunération est de X%; Une valorisation justifié ne l’est pas dans l’absolu, elle est justifiée par une attente de rendement. Elle est relative au rendement espéré.

Les taux bas ne justifient absolument pas les prix actuels des actions sauf si on admet que, les taux étant bas, les rentabilités sur les actions doivent être aussi être basses. En gros le fait que l’on vous crève l’oeil droit justifie que l’on crève l’oeil gauche également.

On démontre que non seulement les taux bas ne justifient pas les valorisations actuelles pour les investisseurs sérieux et compétents qui exigent des rendements conformes aux moyennes historiques de long terme, mais qu’en outre les QE , eux non plus ne justifient rien. Il n’existe pas de mécanisme identifié qui permette de tracer un lien organique et logique entre les QE et les valorisations boursières, ce lien n’existe pas, il est simplement magique, psychologique par le bais de l’esprit de speculation, l’esprit de jeu.

Et c’est ce que note le rapport de la Fed.

Cependant, le rapport note qu’il y a un danger qui se profile si le sentiment du marché change. Le terme vague de « sentiment » recouvre pudiquement ce que je dis; c’est l’esprit de jeu et de spéculation qui anime la hausse des marchés. Quand on vous parle d’appétit pour le risque, traduisez toujours appétit pour le jeu, pour la spéculation.

«Les prix élevés des actifs reflètent en partie le niveau toujours bas des rendements des bons du Trésor. Cependant, les valorisations de certains actifs sont élevées par rapport aux normes historiques, même en utilisant des mesures qui tiennent compte des rendements du Trésor », indique le rapport. «Dans ce contexte, les prix des actifs peuvent être vulnérables à des baisses importantes en cas de baisse de l’appétit pour le risque.»

Dans une déclaration d’accompagnement, le gouverneur de la Fed, Lael Brainard, a déclaré que la situation méritait d’être surveillée et a souligné l’importance de s’assurer que le système dispose de garanties appropriées. Elle a spécifiquement mentionné que les banques augmentaient leurs exigences en matière de fonds propres pendant les expansions économiques comme un tampon contre les ralentissements.

Le rapport mentionne également à plusieurs reprises les risques encourus par les hedge funds et autres institutions financières non bancaires comme constituant des menaces potentielles pour le système.

«Les vulnérabilités associées à un appétit élevé pour le risque augmentent. Les valorisations d’une gamme de classes d’actifs ont continué d’augmenter par rapport à des niveaux déjà élevés à la fin de l’année dernière », a déclaré Brainard. 

Brainard met le doigt sur la fragilité , elle dit l’inverse de ce que disent à la fois powell et yellen qui minimisent le levier qui est à l’intérieur du système:

«La combinaison de valorisations étirées avec des niveaux très élevés d’endettement des entreprises mérite d’être surveillée en raison du potentiel d’amplification des effets d’un événement de réévaluation des prix.»

Le rapport note que des secteurs particuliers tels que l’énergie, les voyages et l’hôtellerie sont particulièrement vulnérables en raison de leur sensibilité à la pandémie. La Fed évoque également les menaces potentielles du marché monétaire et des fonds ouverts.

La Fed entre dans quelques scénarios spécifiques qui montrent des risques potentiels pour le système. Elle parlait spécifiquement de l’épisode d’Archegos Capital Management: la société ne pouvait pas répondre aux appels de marge , ce qui a amené plusieurs grandes banques à subir de grosses pertes .

«Alors que les retombées plus larges du marché semblent limitées, l’épisode met en évidence le potentiel de détresse matérielle des [institutions financières non bancaires] ce qui peut affecter le système financier au sens large», indique le rapport.

Dans l’ensemble, la Fed a déclaré que l’état actuel du système était sain, avec des bilans des ménages en bon état et des entreprises soutenues par une économie en amélioration et des taux d’intérêt bas qui ont permis une baisse des taux de défaut.

Même les 1 700 milliards de dollars de prêts étudiants présentent des risques «limités» pour l’économie, étant donné que la plupart des dettes d’études sont détenues par les 40% les plus riches.

Ma conclusion, et je la considère comme très importante, est la suivante; aussi bien la Fed que les médias et les gourous, tout le monde reconnait le lien entre le niveau élevé de valorisation des actions et les taux d’intérêt. Tout le monde reconnait aussi lien avec l’effet de levier qui habite le marché. Tout le monde reconnait que le marché est maintenu dans les niveaux bullaires par l’esprit de jeu.

Dans ces conditions je me demande comment, ce lien étant maintenant reconnu par tout le monde, je me demande comment on va pouvoir un jour monter les taux sans catastrophe.

2 réflexions sur “Powell ment. La Fed dit la vérité. Répartition des taches. Un monde façon soviétique.

  1. « je me demande comment on va pouvoir un jour monter les taux sans catastrophe. »

    C’est LA question.

    Parce qu’en ce moment l’attitude c’est plutôt « kick the can further ».

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  2. C’est simple:vu l’augmentation exponentielle des dettes et donc des émissions d’obligations,aucune hausse des taux n’est possible ,meme en cas d’inflation.
    Seule une baisse des taux est envisageable pour éviter un crash obligataire.A moins que l’on sorte du créditisme.
    Et la FED n’y peut rien.

    J'aime

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