ETATS-UNIS : LE BALANCIER REPART À GAUCHE

rédigé par Bruno Bertez 10 mai 2021

Les politiques et plans de relance appliqués par Joe Biden sont destinés à faire repartir l’économie américaine… mais pourraient aussi engendrer un gros coup d’accélérateur pour l’inflation.

Le mystère de l’inflation peut être comparé à celui de la mayonnaise : cela prend ou cela ne prend pas.

Une autre façon de concrétiser le phénomène consiste à dire : cela prend ou cela ne prend pas, tout dépend si la pompe est amorcée ou non.

C’est une sorte d’humeur. Les signes, les planètes s’alignent ou ne s’alignent pas. Il y a des inflations avec ou sans chômage, les corrélations sont contradictoires.

Vous savez que je suis vigilant mais indécis sur cette question de l’inflation.

Vigilant car c’est ce qui va jouer sur notre avenir… mais indécis car rien n’est joué.

Nous sommes cependant dans un changement de régime économique mondial qui laisse présager des tensions sur les revenus. L’inflation peut être présentée et comprise comme une tension sur les revenus.

D’abord, les stimulations fiscales relaient les largesses monétaires. L’argent est injecté soit par les dépenses des gouvernements, soit dans les comptes des ménages ; il a moins tendance à être neutralisé, ou zombie. Les prêts bancaires sont maintenant souvent garantis par les gouvernements, ce qui encourage à prêter.

Ensuite, le balancier de la gestion mondiale repart à gauche sous la conduite des Etats-Unis de Biden.

Du jamais vu depuis le New Deal

Le plan proposé par le président Biden pour les familles américaines de 1 800 Mds$, en plus de son plan pour l’emploi américain de 2 300 Mds$ et de son plan de sauvetage américain de 1 900 Mds$, représente ensemble la plus forte augmentation des dépenses gouvernementales depuis celle de Roosevelt.

A l’instar du New Deal de Roosevelt, le plan Biden est une initiative audacieuse visant à réformer et à redistribuer radicalement la richesse et les opportunités aux Etats-Unis et à stimuler l’économie.

Les fortes augmentations des dépenses seront partiellement financées par de fortes augmentations d’impôts (en particulier sur les entreprises et les riches) et partiellement financées par de fortes augmentations de la dette.

La dette doit être vendue à :

a) des investisseurs qui en détiennent déjà trop et qui ne sont pas incités à acheter par les faibles taux d’intérêt réels ; et
b) la Fed, qui sera probablement incitée à en acheter suffisamment pour éviter une hausse des taux d’intérêt qui serait trop pénible à supporter.

Les effets les plus probables seront une inflation plus élevée et une baisse du dollar par rapport aux autres actifs, peut-être à des degrés tolérables et peut-être à des degrés intolérables, en fonction de l’évolution de la situation de l’offre et de la demande pour la dette en dollars. Si les investisseurs boudaient la dette en dollars, cela entraînerait une plus grande monétisation de la dette.

Alors, inflation ou non ?

Enfin – et ceci, beaucoup d’observateurs le négligent –, Biden veut compléter le balancier à gauche par la hausse du salaire minimum et une action vigoureuse en faveur de la resyndicalisation. Or on sait que la corrélation entre le taux de syndicalisation et l’évolution des salaires est forte.

J’ai affirmé que le fait que le balancier repart à gauche aux USA justifie les anticipations inflationnistes. Je dis bien justifie, mais cela n’implique pas que ces anticipations soient réalisées.

Je veux simplement dire que je comprends, face à tous ces éléments qui constituent des changements de régime économique, et face à la création de crédit et de monnaie, qu’il est raisonnable d’anticiper un retour de l’inflation.

Pour la suite, on verra plus tard !

Les attentes d’inflation aux US atteignent 2,6%, leur niveau le plus élevé depuis 2008.

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Une réflexion sur “ETATS-UNIS : LE BALANCIER REPART À GAUCHE

  1. Remarque sur l’inflation :
    On s’aperçoit sur le graphe ci-dessous que la vélocité du dollar est aujourd’hui historiquement basse à 1,123 et semble ne pas encore prendre le chemin d’une remontée, si l’on en juge d’après l’allure de la courbe suivante.
    https://fred.stlouisfed.org/series/M2V
    Du reste, en supposant le système actuel réellement linéaire (ce dont je doute personnellement), si l’on se réfère à l’équation de Fisher MV=PT, on peut en déduire que lorsque la vélocité V chute drastiquement, la quantité de monnaie en circulation a de moins en moins d’influence sur les prix, donc sur l’inflation.
    A l’extrême, si la chute de la vélocité monétaire devait se poursuivre et tendre vers zéro, on aboutirait à une quasi décorrélation entre la quantité de monnaie et le niveau général des prix, autrement dit à une politique monétaire inefficiente, le pouvoir d’achat de la montagne de dettes que représente le dollar devenant de plus en plus incontrôlable.
    Ce qui précède n’est pas très étonnant, dès lors que la création illimitée et ex nihilo du dollar et des autres devises est censée, dans le système actuel, corriger les pressions déflationnistes, lesquelles reflètent majoritairement la chute de la circulation monétaire, un paramètre que les illusionnistes à la tête des banques centrales ne maîtrisent pas.
    En conséquence, la prévision et l’interprétation de l’inflation sont assez difficiles de nos jours.
    Le système n’est pas très cohérent.

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