Problématique de la « Révolution » chinoise en cours, la grande divergence d’avec les Etats Unis; souffrir or not souffrir?

Dans l’article référencé ci dessous, et intitulé de façon expressionniste « Pékin s’attaque à la pourriture », je n’y vais pas par quatre chemins, je grossis le trait.

Je vous fais part dans cet article, de ce que je constate sans nuance: Pékin prend un ensemble de mesures cohérentes qui semble indiquer que les autorités prennent le risque de :

-crever la bulle immobilière

-briser la spéculation financière

-nettoyer les banques et le shadow banking

-ralentir la croissance des secteurs de pointe

-briser les comportements déviants

-se mettre à dos les oligarques

-tourner le dos à l’integration globale

J’ai interprété cette Révolution comme inspirée par des préoccupations géopolitiques; la Chine se prépare à des périodes d’affrontements , elle prévoit une montée des contradictions internes et externes. La Chine a une vision de long terme.

Elle anticipe une montée des antagonismes et tout à fait logiquement, dans une sorte de continuité maoïste, elle resserre le système, elle force à serrer les rangs. Les USA ne cachent pas qu’ils veulent briser l’emprise du Parti Communiste Chinois, celui ci répond en se raidissant et en se musclant. Il va jusqu’à s’aliéner la classe bourgeoise financière chinoise laquelle est en quelque sorte le Cheval de Troie américain introduit dans la société chinoise. La finance de marché type Wall Street est considérée comme perverse , c’est le ver dans le fruit.

Ceci signifie que je prends le risque de considérer que les mesures prises par le pouvoir chinois sont stratégiques: il réoriente son système pour faire face à un risque, face au risque suprême, celui d ‘être balayé. Ces mesures sont destinées à durer , nous sommes dans le temps long, celui qu’il faut pour faire virer un gigantesque paquebot.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas des ajustements et des corrections de trajectoires, non, cela veut dire que le cap sera gardé sur la distance et la durée.

C’est visiblement ce que pense Soros lequel est persuadé lui aussi que les choix de la Chine sont stratégiques et qu’ils s’inscrivent dans la perspective d’une confrontation. En sens inverse, BlackRock ou des gourous comme Summers pensent que la Chine reviendra à la raison dans le droit chemin de l’intégration molle et glissante.

C’est ainsi que j’interprète le débat de la semaine dernière entre Soros et Larry Finck.

L’édition imprimée du 10 septembre 2021 du WSJ sous le titre « BlackRock-Soros Feud » met en lumière le dilemme chinois de Wall Street ».

Une épreuve de force à Wall Street. George Soros se bat avec Larry Fink qui veut investir en Chine.

Le plus grand gestionnaire de fonds au monde, BlackRock , a levé environ 1 milliard de dollars pour un fonds commun de placement pour les particuliers chinois , c’est la première et la seule entreprise étrangère autorisée à le faire dans le pays. D’autres pourraient bientôt emboîter le pas. 

La classe moyenne croissante du pays offre des opportunités largement inexploitées pour les sociétés de gestion d’investissement étrangères. Le groupe de réflexion interne de BlackRock a également recommandé en août que les investisseurs mondiaux renforcent leur exposition à la Chine.

Dans le cadre de l’accord commercial de 2020 avec les États-Unis, la Chine a ouvert son industrie financière. Plus tôt cette année, JPMorgan a obtenu l’autorisation de prendre le contrôle total de ses activités de valeurs mobilières là-bas. Auparavant, les courtiers étrangers devaient opérer par le biais de coentreprises.

Si vous vous demandez pourquoi Pékin accueille les sociétés de valeurs mobilières américaines alors que les relations avec les États-Unis sont de plus en plus mauvaises , la réponse est simple : cette décision est dans l’intérêt de la Chine.

Pékin souhaite depuis longtemps que les marchés des capitaux jouent un rôle plus important en Chine afin de recycler l’épargne des ménages. 

Les entreprises chinoises dépendent principalement des prêts bancaires et des bénéfices non distribués pour investir, ce qui est assez différent de celui de nombreuses autres grandes économies. Environ 60% de l’encours total du financement social, une mesure large du crédit dans l’économie chinoise , provient de prêts bancaires, tandis que les obligations d’entreprises et les actions des sociétés non financières ne représentent qu’environ 12%. 

Aux États-Unis, les actions et les obligations fournissent 73 % du financement des sociétés non financières. 

La mainmise des banques publiques sur le système financier rend plus difficile pour les petites entreprises sans bonnes relations d’obtenir un financement à long terme pour se développer, même si elles ont un modèle commercial innovant et bien géré.

Pékin se méfiant davantage de la dépendance vis-à-vis des marchés boursiers américains , le problème est devenu plus urgent. L’implication de noms comme BlackRock pourrait aider les autorités chinoises à gagner la confiance des investisseurs nationaux et à rediriger l’épargne des ménages chinois hors de l’immobilier, dont Pékin veut détourner l’économie .

BlackRock en quelque sorte aide les dirigeants chinois à faire pivoter le paquebot et c’est ce que Soros a compris et a relevé.

« Les mouvements de BlackRock ont ​​suscité des critiques de certains milieux. Le gestionnaire de fonds spéculatifs chevronné George Soros a écrit cette semaine un article d’opinion dans le Wall Street Journal qualifiant l’investissement de BlackRock en Chine d’erreur . Il a déclaré que verser des milliards de dollars en Chine ferait probablement perdre de l’argent à ses clients et surtout porterait atteinte aux intérêts de sécurité nationale des États-Unis et d’autres démocraties »

Outre l’ouverture du financement aux acteurs étrangers, la Chine a déployé le tapis rouge pour les investisseurs en dehors de la Chine continentale. Les investisseurs offshore, y compris ceux basés à Hong Kong, détiennent désormais 7,6 billions de yuans, l’équivalent de 1,2 billion de dollars, d’actions et d’obligations nationales chinoises en juin, selon les données de la banque centrale de Chine via Wind. Cela a quadruplé le montant d’il y a quatre ans, mais cela reste une goutte dans l’océan des obligations de 19 000 milliards de dollars et des marchés boursiers de 13 000 milliards de dollars du pays. 

De telles entrées pourraient également aider à compenser les sorties de capitaux des investisseurs basés en Chine et à discipliner le marché..

Les américains ont du mal a croire que l’on peut échapper au capitalisme, ils sont tellement persuadés de la supériorité de leur modèle qu’ils croient la convergence inéluctable. Pour eux, donc les dirigeants chinois ne tiendront pas le cap et ils finiront par céder comme ils l’ont toujours fait jusqu’à présent.

Ainsi selon le Wall Street Journal : « Les observateurs de longue date de la Chine s’attendent à ce que le gouvernement réduise les restrictions lorsqu’elles commenceront à mordre de la manière habituelle.  Le risque est que dans l’environnement politique et réglementaire fiévreux actuel, le bouton « on » puisse rester enfoncé un peu trop longtemps avec des conséquences très graves pour la stabilité financière et la croissance . »

L’hypothèse dominante aux Etats Unis est que Pékin n’ira pas jusqu’au bout , les autorités n’auront pas le cran; prudentes elles vont « réduire les restrictions quand elles commenceront à mordre » , elles vont succomber face aux risques comme elles l’ont fait à plusieurs reprises dans le passé. Il y a tellement de risques dans l’économie chinoise avec un système financier gonflé et fragile et une stabilité sociale vulnérable que le parti Communiste sera obligé de revenir en arrière .

Je ne suis pas devin , mais je me demande si les Chinois n’ont pas compris le contraire de ce que comprennent les américains : si les risques sont gonflé à de tels extrêmes, c’est précisément parce que Pékin dans le passé a pris l’habitude de flancher et de re-servir le bol de punch sitôt que les restrictions ont commencé à mordre.

La question peut se formuler autrement: est ce que les chinois n’auraient pas compris quelque chose que la mentalité américaine est maintenant devenue incapable de comprendre, plongée qu’elle est dans l’imaginaire idéologique de ses élites financiarisées? .

La mentalité américaine soutient que si les marchés vacillent cela constitue une preuve sans équivoque d’une erreur de politique de la Fed. Le consensus est que le travail de la Réserve fédérale est de « remplir le bol de punch chaque fois que la fête menace de se terminer ».

Le point de vue prévaut chez les responsables, de Powell à Yellen, que l’inflation a été définitivement vaincue et surtout que les banquiers centraux éclairés possèdent les outils et la maîtrise pour garantir que les pressions inflationnistes resteront sous contrôle strict. Et avec l’inflation bien maîtrisée, il n’y a aucune raison de craindre la hausse perpétuelle des prix des actifs: ils ne sont plus vulnérables aux cycles du resserrement du crédit puisque l’on n’a plus jamais besoin de le resserrer!

L’inflation est morte et enterrée. L’inflation des actifs et les Bulles ne sont plus à craindre, et elles ne justifient certainement pas un resserrement monétaire qui pourrait mettre indûment en péril la prospérité économique.

Pékin fait le pari exactement inverse.

Pékin reconnaît qu’il a un problème urgent. 

Ses bulles sont historiques et elles ont envahi toute la société menaçant, selon les critères de Pékin, de la détruire:

-bulle colossale de l’immobilier

-bulle du crédit

-bulle bancaire

-bulle du patrimoine des ultra riches

-bulle des inégalités

-bulle d ‘une société féminisée qui perd ses valeurs

-bulle du virtuel et des jeux

-bulle de l’éduction occidentalisée

-bulle finalement du Capital ,de ses droits, de ses prétentions au Pouvoir

Ces Bulles ont créé d’énormes déséquilibres économiques, sociaux et politiques . Cela représente une grande menace pour le système chinois.

La question pertinente est devenue : quelle douleur le peuple chinois est il prêt à tolérer ? Les autorités chinoises n’ont pas la réponse à cette question, mais elles considèrent qu’il est maintenant nécessaire de la poser et de la poser tout en se préparant à la souffrance. On impose la souffrance d’abord .

Elles ont compris que leur société était en train de sombrer dans une dynamique spéculative, qu’elle perdait ses capacités d’adaptation, son gout de l’effort, sa discipline . Et que cette évolution ne pouvait être stoppée limitée que par l’administration de la douleur. Les spéculateurs doivent souffrir. Idem pour les prêteurs. Les leçons doivent être apprises à la dure.  Si Pékin perd à nouveau ses nerfs, si il affiche de la faiblesse le risque deviendra systémique:

Tout ou rien. . 

A cette phase du cycle, une bulle ravivée aurait des conséquences désastreuses.



3 réflexions sur “Problématique de la « Révolution » chinoise en cours, la grande divergence d’avec les Etats Unis; souffrir or not souffrir?

  1. Le ‘ capitalisme ‘ fait évoluer les sociétés , développe le commerce , route , hôpitaux … etc … mais … mais … détruit les peuples , les traditions , les cultures , les valeurs , la famille … etc … donc , la Chine ne veux pas mourir … ne veux pas être ‘ mangé ‘ et être totalement ‘ occidentalisé ‘ … le pouvoir Chinois se défend , il ne veut pas d’une ‘ révolution ‘ a la française , ou les ‘ bourgeois ‘ ont pris le pouvoir a la place de la ‘ monarchie ‘ … la France est ‘ morte ‘ de son ‘ américanisation ‘ … la pouvoir Chinois la compris … la finance , le commerce , la culture sont des armes que manipule très bien les USA

    NO FUTUR sauf dans le sang

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  2. Bonjour M. Bertez
    Tous les nouveaux riches en Chine sont membres de familles élargies; l’hybris de la richesse pleuvant du ciel occidental et du dur labeur local leur a parfois fait oublier cette appartenance; le politique du parti contre les inégalités sera bien possiblement soutenue par les membres des familles et les clans laissés pour compte .
    Si le PCC tombe, la Chine retrouvera ses vieux démons, ses seigneurs de la guerre et la misère du peuple. Les petits royaumes feront bien l’affaire de la finance internationale. Le PCC a bien vu le danger et va devoir naviguer entre charybde et scylla et ne surtout pas se laisser entraîner dans le piège afghan…..

    Cordialement
    PS A propos du piège afghan, l’avantage d’avoir lissé tant de matériel sur place est que les unités combattantes US qui sont désormais nues, vont devoir être redotées de pied en cap!
    Le complexe militaro US, s’en réjouit bien fort!

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