Pourquoi je reste fondamentalement déflationniste. Records boursiers, records de marge, baisse de la profitabilité du capital.

Je vous explique ci dessous pourquoi je reste fondamentalement dans le camp déflationniste.


Mais c’est vraiment complexe car il est difficile de faire comprendre qu’il n’y a pas de différence entre les deux camps, le déflationniste et l’inflationniste car on inflate pour échapper à la déflation.

On inflate la monnaie et le crédit pour s’opposer à la baisse de la Valeur des biens et services qui découle du fait qu’il faut sans cesse de moins en moins de travail vivant pour produire la même chose. Les Valeurs baissant on tente de le masquer en avilissant ce avec quoi on mesure les valeurs, la monnaie.

Hélas cette monnaie ne va pas là ou on voudrait qu’elle aille, elle ne va pas catalyser l’économie réelle, elle va gonfler la fortune des deja riches et va vers le marché financier au lieu d ‘aller vers les biens et services; donc les prix des actifs financiers montent tandis que ceux des biens et services stagnent.

La spéculation financière enfle tandis que le marasme subsiste dans l’économie réelle.

Il faut être bouchés comme le sont les banquiers centraux pour ne pas comprendre cela. ou alors il faut être complice des ultra riches, au choix.

Si les tendances sont fondamentalement déflationnistes comme je le pense par excès de capital et insuffisance de profit et de revenus distribués pour faire tourner la machine les autorités créent du crédit et de la fausse monnaie; et ce faisant elles sèment les graines de l’inflation et de l’hyperinflation. En effet les circonstances peuvent changer, l’humeur des peuples peut varier et ils peuvent à un moment donné, modifier leur attitude face aux biens et services et face la monnaie. Ils peuvent réduire leur préférence pour la monnaie et au contraire augmenter leur référence pour consommer. Et puis il peut y avoir des chocs, des pénuries.

Donc il faut que cous cessiez d’opposer inflation et deflation , puisque ce sont les deux faces d’une même piéce, d’une meme situation fondamentale.

Je rappelle pourquoi l’excès de capital est déflationniste:

-trop de capital produit trop de besoin de profit dans le système

-cela réduit les possibilités d’investissement productif car beaucoup ne sont pas assez rentables

-cela réduit les possibilités de distribuer assez de revenus salariaux pour faire tourner la machine

-cela oblige a créer toujours plus de crédit et donc gonfle le capital fictif, capital de poids mort

-cela incite à la spéculation donc au gonflement du capital fictif et dope les inégalités

et le système s ‘enfonce, s’enfonce, c’est un engrenage.

Maintenant que je vous ai expliqué et analysé le fond nous pouvons passer au circonstanciel. Le circonstanciel ce sont les péripéties.

La bourse américaine a retrouvé des niveaux records la semaine dernière. 

Et ce, malgré la récente hausse de l’inflation des prix des biens et services dans les principales économies.

Les injections de monnaie de crédit par la banque centrale seront bientôt réduites ; les banques centrales commenceront bientôt à relever leurs taux d’intérêt directeurs. 

Les rendements obligataires (le taux d’intérêt sur les obligations d’État achetées sur le marché obligataire) ont monté.

Accélération de la hausse des prix des biens et services.

Une hausse du coût d’emprunt devrait conduire à une baisse des cours de bourse . A la fois mécaniquement car le levier devient plus cher et mathématiquement puisque l’anticipation du futur a une pénalité plus élévée.

Les marchés boursiers semblent indifférents aux nouvelles sur l’inflation et sur les taux d’intérêt. 

Pourquoi donc? 

La raison semble être que les investisseurs sont toujours convaincus que l’économie mondiale se redresse rapidement à mesure que les vaccins sont déployés et que les plans de relance budgétaire de nombreux gouvernements, en particulier des États-Unis, doivent se poursuivre. 

Les prévisions de revenus et de bénéfices faites par les entreprises sont solides, les bénéfices pourraient augmenter à un rythme de 20 % en glissement annuel. 

Prévisions de bénéfices en hausse

Les marges bénéficiaires, c’est-à-dire les bénéfices par unité de production, les marges semblent très élevées, à environ 14%. On les attend en forte hausse par rapport à la période pré-pandémique. Depuis les années 70, les firmes haussent leur taux d’exploitation des salariés et pèsent sur les rémunérations . La part de la valeur ajoutée qui revient au capital ne cesse de progresser et cela accélère encore en fin de période.

Les entreprises aux États-Unis et en Europe ont enregistré cette année d’importants bénéfices qui compensent confortablement toute réduction pendant la crise pandémique.

Voir: je prends des risques et je prévois le contraire de l’apocalypse . 

Comment comprendre ceci et le réconcilier avec les données qui montrent que la rentabilité du capital aux États-Unis est proche de ses plus bas records ? 

Source: Roberts.

Pour expliquer le phénomène il y a deux grandes raisons:

1-les bénéfices enregistrés sont fortement concentrés dans le secteur des technologies de l’information et au sein de celui-ci, le soi-disant FAANGS. Ces secteurs bénéficient de ce qu’on appelle un processus de rentification, ils drainent le surproduit mondial au détriment des activités plus traditionnelles.

Le secteur des technologies de l’information contribue à 25 % de tous les bénéfices du secteur des entreprises non financières américaines. Et l’autre gros contributeur aux bénéfices est le secteur des médias grand public, où Amazon domine (50% des bénéfices du secteur). 

Donc, si vous retirez ces secteurs du marché boursier et des données sur les bénéfices, le reste du secteur des entreprises ne se porte pas du tout aussi bien. 

2- De plus, les bénéfices des entreprises américaines ont été fortement subventionnés l’année dernière par des dons du gouvernement. Le déficit de l’état produit automatiquement des excédents chez les autres agents économiques puisque le coût de la demande dans le système chute fortement.

Voir le texte rappelé ci dessus: je prends des risques et je prévois le contraire de l’apocalypse . 

Peut être une image de texte qui dit "2000 bénéfices du secteur non financier américain avec et sans subventions COVID (en milliards de dollars annualisés) 1800 1600 1400 1981 1200 1000 800 600 1389 400 200 0 11 -Bénéfices des entreprises non financières -Bénéfices NFC hors subventions "

Ceci explique le numérateur dans la mesure du ratio de rentabilité du capital aux États-Unis. 

Je rappelle les marges bénéficiaires mesurent les bénéfices par rapport à la production. 

Mais la rentabilité du capital mesure les profits par rapport au coût des actifs fixes (installations, machines, technologie) et à la masse salariale. C’est à dire par rapport à la masse totale du capital engagé dans la production.

Pire, le marché financier gonfle la valeur du capital ancien, il s’échange à des prix de plus en plus élevés, le marché inflate la valeur de ce capital-papier, de ce capital fictif. En fait ce qu’on traite en bourse ce n’est pas du capital non c’est du capital-papier, c’est dire des contre valeurs du capital. Et ces contrevaleurs en montant sans cesse sont plus attrayantes que le vrai capital, elles lui font concurrence.

Quand la masse de vrai capital engagé croit plus vite que la masse de profits, le ratio de rentabilité chute ou s ‘érode. Le capital rapporte de moins en moins.

Si de plus le marché financier surévalue le capital par ses cours de bourse, la rentabilité du capital chute encore plus vite , ce que l’on traduit vulgairement en disant que le multiple-cours bénéfice croit .

Le système est maintenant dominé par l’emprise du capital fictif, si on ne le maintient pas en état de perpétuelle euphorie, il menace de chaos.

Image

Mais pas d’investissement productif

De vastes pans de l’industrie et des services aux États-Unis, en Europe et au Japon font à peine assez de bénéfices pour couvrir la dépréciation des actifs existants et le coût de la dette contractée. L’investissement (capex) par rapport à l’amortissement, qui mesure l’investissement dans les nouveaux outils , est en baisse sur le long terme, et en particulier dans le marasme pandémique, avec peu de signes de reprise en 2021.

C’est la tendance à l’érosion de la profitabilité qui explique et produit la tendance à la baisse des ratios d ‘investissements productifs. La production étant moins rentable les détenteurs de capitaux achètent en bourse du capital ancien plutot que des outils de production.

Ainsi, alors que le secteur technologique soutient les marchés boursiers et donne l’impression d’un bond en avant généralisé des profits, le reste de l’économie capitaliste est dans le marasme et traverse une « longue dépression » . Alors que la « vieille économie » ne représente qu’environ 35 % du produit intérieur brut mondial, elle a généré la plupart des pertes des entreprises et supporte environ 90 % de la dette non financière.

4 réflexions sur “Pourquoi je reste fondamentalement déflationniste. Records boursiers, records de marge, baisse de la profitabilité du capital.

  1. Merci c’est très intéressant. Il est clair que les QE n’ont jusqu’ici pas fait monter l’inflation. Cette fois l’inflation monte et sauf à croire que c’est l’ampleur des QE qui a cette fois déclenché l’inflation, le plus crédible c’est que ce sont les déreglements des chaines d’approvisionnements.
    En revanche quand vous dites que l’argent ne va pas là où il veut qu’il aille, j’ai des doutes. Il aurait suffit pour ça de faire du vrai hélicoptère monnaie et de mettre l’argent dans la poche des gens. Je pense que l’argent va bien où on veut qu’il aille et que les QE cachent autre chose à savoir l’état de faillite et la fragilité du système financier. En l’occurrence le QE déclenché en mars 2020 a opportunément permis d’oublier que la FED injectait des milliards depuis l’automne 2019 sans arriver à calmer le marché du Repo.

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    1. -Depuis 2008 on fait du QE et TLTRO pour masquer / contre-carrer la déflation. Pas seulement depuis 2019.
      -Les QE et TLTRO ont bel et bien fait monter l’inflation, sinon nous allions à la cave, par un manque de vélocité / confiance plus que par un manque de liquidités (en volume)
      -« déreglements des chaines d’approvisionnements », hum… Et pour quoi pas dérèglements du climat ? Ou encore c’est la faute à la Covid… en fait oui les dérèglements de chaînes d’appro sont en grande partir dues à la Covid. Donc rien à voir avec les BC et la monétisation,
      -le « vrai » helicopter money a eu lieu aux US, simple rappel… En Europe aussi, bien qu’organisé différemment en terme de tuyauterie puisqu’on nomme les dons différemment ici,
      -l’argent ne vas pas du tout où il devrait, pas du tout ! Quand John Doe touche 600 US dollars par semaine d’helicopter money, US Corporate collecte 6000 milliard (cf bilan des banques privées : elles croulent sous les milliers de millards) (ce qui alimente des bulles : real estate, silicon valley innovation, etc.)
      -Rappel : procéder à l’achat de créances d’état ou privées (toutes maturités confondues), cela ne remplace pas l’entreprenariat (ce que démontre parfaitement Bruno Bertez, entre autres points).
      -Le système financier n’est pas fragile. Dire ceci est une vue de l’esprit. Ce qui est fragile c’est la condition de centaines de millions de gens devenus inutiles au système, ne se rendent pas compte à quel point ils sont dépendants, d’où la MMT dont on parle depuis 30 ans et qui va être intégrée au système (devenir le système?)

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      1. Hans,

        Je n’ai jamais dit que l’argent allait là où il devrait, j’ai dit qu’il allait là où on veut qu’il aille. Ce n’est pas la même chose. Dire le contraire c’est vraiment prendre les banquiers centraux pour des idiots. Leur objectif est bien d’inflater les actifs.

        Là où je partage partiellement votre point de vue c’est qu’il y a une petite différence entre les QE démarrés en 2020 et les précédents et qu’un peu plus d’argent est allé dans l’économie réelle cette fois puisque les QE ont en partie servi à soutenir les dépenses gouvernementales et des plans d’aide aux ménages (d’où peut être un peu plus d’inflation même si elle provient selon moi davantage des problèmes d’approvisionnements).

        Quant au système financier il est risible d’en nier la fragilité fragile et cette fragilité n’est d’ailleurs pas incompatible avec le fait que beaucoup de gens deviennent inutiles. Opposer ces fragilités n’a pas de sens.
        Avez vous réfléchi à ce qui se passait sur le marché de repo à compter d’octobre 2019 ? La Fed y injectait déjà des dizaines de milliards de dollars chaque jour, des montants jamais vu alors. Ceci a duré pendant des mois sans calmer le problème puis un QE qui disait son nom est arrivé. a aucun moment la Fed n’a donné une explication crédible sur ce qui se passait réellement.
        Dire que le système financier n’est pas fragile c’est ne rien comprendre à l’état des banques, c’est nier la survalorisation historique des actifs et c’est refuser de voir la market dépendance des banques centrales.

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