Editorial: On crée de la monnaie pour soutenir le mythe de la monnaie et il faut en créer toujours plus, toujours plus…

Ceci est un texte radical, au sens ou il va à la racine de la chose monétaire et financière.

Rédigé par 

Bruno Bertez 

18 novembre 2021

La monnaie a changé de forme au fil du temps, en fonction de ce à quoi elle était rattachée. Nous avons franchi une nouvelle étape, la monnaie n’est rattachée à rien. Elle n’est même plus émise en fonction de règles, les règles ont été dénoncées; les monnaies ne sont gouvernées que par l’idée que les apprentis sorciers se font de la situation du monde. Ce n’est seulement de forme que la monnaie a changé, non, c’est de nature.

Je suis bien obligé de sacrifier à la pensée dominante, sinon personne ne me comprend.  Donc je commence par une affirmation que tout le monde comprend, mais que je sais fausse : tous les actifs financiers sont surévalués.

Sauf que les actifs financiers mondiaux ne sont pas surévalués.

C’est une erreur d’optique. C’est une façon de tomber dans le fétiche du cours boursier comme s’il était un en-soi, une métrique.

Le cours de Bourse d’une action ou de l’indice boursier n’est pas une métrique, c’est un échange. Vous échangez une unité de S&P 500 contre un certain nombre de dollars.

Mais vous ne pensez pas, quand vous dites que le S&P 500 est à 4 683 points, que ce que vous exprimez, c’est un échange. Pas du tout : vous pensez que c’est un absolu. Il ne vous vient pas à l’esprit que c’est une valeur relative.

Les indices et les prix boursiers mesurent la valeur relative de cet actif financier et de la monnaie. Quand vous achetez un actif financier vous faites un arbitrage , ce qui signifie que vous échangez une quantité de monnaie contre une promesse financière.

Des milliers de Mds$ en réserve

Acheter un actif financier, c’est par exemple échanger un dépôt bancaire ou une réserve bancaire auprès de la Fed contre un titre boursier. A votre avis, est-ce que l’échange est le même selon que la masse de dépôts bancaires ou la masse de réserves auprès de la Fed est de 1 000 Mds$, ou de 2 000, 3 000 ou 5 000 Mds$ ?

Bien sûr que non.

La rareté relative est totalement différente selon la taille du bilan de la Fed et selon la masse de dépôts bancaires, c’est-à-dire de la quantité de monnaie dans les banques.

Si vous avez une masse considérable de monnaie en dépôts dans les banques – monnaie qui ne rapporte rien –, ou si vous avez une masse colossale de réserves oisives auprès de la banque centrale, vous êtes tentés de convertir une partie de cette monnaie en actifs financiers.

Surtout si une loterie est branchée sur les actifs financiers, et que l’on tire des gagnants chaque jour. Vous aussi vous voulez participer à la loterie. Donc vous convertissez votre monnaie oisive en « monnaie-actifs financiers-billets de loterie » et vous faites monter les prix des actifs financiers en Bourse. Leur valeur intrinsèque ne change pas, mais leur prix grimpe.

Leur prix grimpe à la fois en fonction de la masse de monnaie dont on veut se débarrasser parce qu’elle ne rapporte rien et en fonction de l’attrait des billets de loterie c’est à dire en fonction de la tendance boursière.

Plus la tendance boursière est haussière et plus vous avez envie de participer au jeu et plus vous payez cher les billets de loterie. Donc comprenez bien que les prix en bourse dépendent concrètement et objectivement d’un coté de la masse de monnaie dont les gens disposent et d’autre part de l’attrait du jeu .

L’attrait du jeu c’est l’appétit pour le jeu et cet appétit est en grande partie produit par le phénomène d’imitation: les gagnants font des envieux on a envie de gagner comme eux. On dit que la hausse appelle la hausse.

Nous sommes au cœur de l’alchimie boursière et monétaire et il est important que vous compreniez ce que je viens d’expliquer.

La pratique boursière repose sur une mystification. Elle repose sur le retard de l’intelligence. Cette mystification consiste à faire croire aux participants que les prix boursiers reflètent les valeurs fondamentales des actifs sous jacents! Elle consiste à faire croire que les actifs financiers sont restés inchangés et qu’ils sont toujours ce qu’ils étaient dans les années 70.

C’est une illusion, ou pire une tromperie; le prix des actifs financiers est maintenant monétaire ce qui signifie que ce qui le détermine, c’est la quantité de monnaie émise et l’attrait du jeu. Le prix des actifs financiers ne vient plus « du bas », de la remontée et de l’expression de la valeur, non, il vient « du haut » c’est à dire de ce que l’on utilise pour acheter des actifs financiers: la monnaie.

Le rapport, le lien entre les valeurs fondamentales d’antan et les valeurs boursières ont été brisés et il n’y a plus que les attardés qui y croient. les attardés ce sont les fondamentalistes, ils s’accrochent à leurs certitudes anciennes, ils continuent de croire au lien entre le fondamental et le prix et ils rêvent de ce qu’ils appellent la réconciliation. La réconciliation c’est le mythe auquel croient les fondamentalistes de l’investissement. Ils disent un jour ou l’autre le réel va s’imposer, la valeur intrinsèque va se venger.

Ils n’ont pas compris l’essentiel, à savoir que lorsque la Fed et ses consœurs disent que les actifs financiers sont à leur prix, cela signifient qu’ils affirment comme je viens de l’expliquer que les actifs financiers ont changé de nature, ils sont devenus quasi monétaires.

Les actifs financiers seront toujours à leur prix tant que la monnaie sera surabondante, qu’elle ne rapportera rien, tant que les taux d ‘intérêt seront à zéro. Et quand les taux d’intérêt seront négatifs alors les prix des actifs financiers pourront être considérés comme justes même si ils sont infinis.

Ce que j’essaie de vous faire assimiler c’est que, comme la monnaie qui est libérée, les actifs financiers sont libres, ils volent, ils flottent.

On ne les achète plus pour leur valeur d’usage qui est le minuscule rendement qu’ils offrent, on les achète parce que l’on croit que cela va continuer; on échange de la monnaie excédentaire contre l’espoir que cela va continuer à monter, on oublie la valeur d’usage et on passe à la seule valeur d’echange et mieux à la seule valeur désir; désir de participer au grand jeu.

Il faut comprendre au passage que la frivolité des prix que je décris et analyse peut donne l’impression d’avoir encore un lien avec les valeurs dites fondamentales, c’est le cas avec les modes boursières. Les modes boursières imposées par les patrons du Casino sont des règles du jeu temporaires qui ont pour objectif de créer des mouvements de foule comme c’est le cas maintenant avec l’explosion, de l’engouement pour tout ce qui touche aux véhicules électriques.

La règle du jeu boursier c’est non pas le fondamental , la production et le mouvement des richesses et des cash flows, réels, non c’est la logique financière.

De la même façon que la monnaie , le dollar ont été détachés de l’or et de la valeur travail , on a coupé le lien entre les actifs financiers et les valeurs fondamentales . La libération de la création de monnaie a produit tout à fait logiquement la libération de la valorisation des actifs financiers.

De la même façon que l’on peut à notre époque mettre en circulation toute quantité de monnaie, on peut échanger cette monnaie qui ne rapporte rien contre une quantité d’actifs financiers « rares » ou plus rares et ainsi participer à la Grande Loterie, au Grand Casino Mondial tenu par les grandes banques systémiques.

Je pense que vous avez compris et si vous avez compris, vous savez pourquoi les actifs financiers sont maintenant de la quasi-monnaie, de la near-monnaie ou encore money-like; c’est parce que l’on passe de l’une à l’autre très facilement et parce que les banques centrales garantissent que cela sera toujours possible. C’est ce que on a vu depuis mars 2020: les banques centrales ont créé près de 20 trillions de monnaie , garantissant que toujours les porteurs d’actifs financiers pourront échanger leurs actifs financiers contre l’argent, en clair, toujours ils pourront vendre.

Les banques centrales assurent ce que j’appelle « la monnaieitude », c’est à dire la liquidité.

L’univers de la finance est devenu un imaginaire dont on vous fait croire qu’il est articulé à la réalité pour pouvoir mieux vous arnaquer, c’est-à-dire pour pouvoir mieux surévaluer toutes les bestioles financières.

Dans les temps anciens, la monnaie n’était pas flottante, désancrée. Elle représentait quelque chose, une vraie richesse. On ne pouvait pas en créer autant que l’on voulait. Elle avait un fil à la patte, une pesanteur, c’est-à-dire qu’elle était collée au réel et le reflétait.

Quand la monnaie est devenue son propre soutien

Quand on a coupé le lien entre la monnaie et l’or, puis son lien avec le travail et les marchandises, on a libéré la monnaie. On lui a permis de s’envoler et de se déconnecter de la production des richesses réelles. On l’a libérée du poids de la valeur des choses.

La monnaie a cessé de refléter la valeur actuelle des choses, puis elle a été rattachée à la valeur future des choses. C’est-à-dire que l’on a pris de l’avance, on a anticipé, puis, comme cela ne suffisait pas, la monnaie n’a plus été rattachée qu’à l’espoir de création de richesses futures.

Puis, comme cela ne suffisait pas encore, elle a été rattachée à la volonté des apprentis sorciers de créer un jour des richesses futures. Puis, maintenant, on a fait le tour : la monnaie ne reflète plus rien d’autre que le besoin d’en créer sans cesse plus. Toujours plus, pour maintenir sa valeur fictive !

La monnaie ne sert qu’à se maintenir en vie elle-même. Elle ne sert plus qu’à maintenir la fiction de la valeur de la monnaie, c’est-à-dire la valeur des dettes qui ont servi à… créer de la monnaie.

C’est la dialectique de la monnaie de crédit et de dette : in fine, elle se mange la queue.

Elle n’est plus créée que pour faire tenir le système qui lui a donné naissance.

Elle n’est plus mise en circulation que pour faire tenir l’échafaudage de dettes qui lui ont permis d’être mise au monde.

A partir du moment ou un actif financier constitue un échange de titre contre de la monnaie, la caractéristique fondamentale de la monnaie, sa frivolité bullaire, se transmet aux actifs financiers. L’un est un avatar de l’autre. Un actif financier devient simplement une quasi-monnaie, une monnaie qui rapporte un peu. Et si la monnaie flotte, libérée dans les airs, alors les prix des actifs financiers exprimés en monnaie flottent également.

Si vous avez compris cela, vous avez compris plus que n’importe quel membre du gouvernement et que n’importe quel gouverneur de banque centrale.

La monnaie avec son avatar la finance, est symbolisée par l’Ourobouros:

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