Editorial: maitrise de l’inflation, « cela ne fait du bien que si cela fait mal ».

je vous invite a lire et assimiler ce texte , il est central. C’est une pierre angulaire.

« L’inflation que nous avons obtenue n’était pas du tout l’inflation que nous recherchions », a déclaré le président de la Réserve fédérale américaine, Jay Powell, lors de sa conférence de presse après que le comité de politique monétaire de la Fed a décidé d’accélérer la réduction de ses achats d’obligations à zéro d’ici mars 2022 et a suggéré qu’il commencerait à relever son taux d’intérêt directeur peu de temps après.

Voila ma foi une déclaration inhabituelle: elle est étrange et elle sonne « vrai ».

C’est pour cela qu’aucun commentateur ne l’a relevée, les commentateurs ne savent pas comment la prendre, ils n’ont pas de modèles pour traiter pareille affirmation. On ne leur a jamais dit ce qu’ils devaient en penser.

Cette déclaration est peut être l’une d es plus importantes que Powell ait jamais faite car si on la creuse on s’apercoit qu’elle a un pouvoir explicatif considérable; il y a une bonne inflation qui est celle que les banques centrales recherchent volontairement et il y a une mauvaise inflation qui est celle qu’elles subisssent malgré elles .

Que voulait dire Powell par « pas l’inflation que nous recherchions » ? 

Il ne parlait pas seulement du niveau du taux d’inflation. L’inflation globale des prix des biens de consommation et des services aux États-Unis est désormais bien supérieure aux prévisions faites par la Fed en septembre lors de sa dernière réunion. 

Il en va de même de ce que l’on appelle « l’inflation sous-jacente », -core inflation- qui exclut la hausse volatile des prix de l’énergie et de l’alimentation. 

L’inflation globale a atteint 6,5% en novembre, le taux le plus élevé depuis près de 40 ans.

Powell ne précise pas ce qu’il entend par l’inflation « que nous recherchions » , il faut essayer de le deviner.

Il est sur que c’est une inflation systémique de longue durée, séculaire puisque c’est un obejctif constant -depuis des décennies- que celui d ‘obtenir un minimum de hausse des prix de 2%.

Si c’est un objectif constant c’est parce que cet objectif est une nécessité imposée par le système.

La fonction de cette inflation systémique est de masquer, de compenser la baisse de valeur des biens et des services, laquelle baisse découle de gains de productivité, des progrès des processus de fabrication, du fait qu’il faut de moins en moins d’heures de travail pour obtenir les mêmes production.

Le capitaliste dans sa recherche de plus-value et de profit devient de plus en plus efficace et productif et la valeur de ce qu’il produit, valeur-travail bien sur , s’érode sans cesse. La concurrence se charge d’imposer le progrès au capitaliste. La concurrence c’est la « fameuse corde pour se pendre » dont parle Lénine.

Cette érosion est un phénomène incontournable, le progrès fait baisser les valeurs produites et l’objectif d’un taux d’inflation minimum de 2% des prix que se fixe la banque centrale vise à compenser la baisse de la valeur des biens et services par une dérive de l’unité monétaire.

En quelque sorte, la dérive monétaire vient compenser, au niveau des prix, l’effet déflationniste intrinsèque des valeurs du aux progrès du système.

Cette inflation de 2% vient annuler, contrecarrer la tendance à la baisse des prix qui résulterait du progrès des techniques en l’absence de dépréciation systémique de la monnaie. On efface les traces et conséquences non voulues du progrès par l’inflation en continu, par l’avilissement monétaire .

Pourquoi faut il éviter la déflation structurelle des valeurs?

Ben voyons parce que si on ne s’y oppose pas le système qui est fondé sur la dette s’écroule: le poids de la dette ne cesse de grandir. La déflation s’accélère et se renforce par le jeu du poids relatif des dettes . Le ratio de dettes divisé par la production ne cesse de monter ; il faut stabiliser la dette en dépréciant ce en quoi elle est libellée d’un montant au moins égal à la perte de valeur des productions. Et c’est d’autant plus pressant que le taux de croissance économique est bas; d’où, en passant le constat que le système ne peut, pour durer , pas renoncer à la croissance et c’est la contradiction à laquelle se heurte l’idéologie climatique et sa transition. On ne peut être efficace et baisser la consommation d’énergie sans renoncer à la croissance et si on renonce à la croissance le système ne peut durer. Un système fondé sur la dette ne peut supporter de ralentissement. C’est le système de la bicyclette , pour une fois Rocard avait quelque chose d ‘intelligent, le système c’est comme le vélo si on arrête de rouler on tombe.

Mais il y a plus, hélas les capitalistes sont à courte vue et ils ont voulu le beurre et l’argent du beurre et baiser la crémière: pour élargir leurs débouchés et pour bénéficier de main d’œuvre bon marché et hausser leurs profits ils ont globalisé c’est à dire qu’ils ont renforcé les forces de concurrence qui font baisser les prix!

Ah les braves gens, ils ont, par la globalisation neutralisé les effets inflationnistes de leurs politiques monétaires. Ils ont accéléré et freiné en même temps . Ils ont accéléré les baisses de valeur du facteur travail. Résultat ils ont beau mener une politique monétaire de dépréciation et d’avilissement de la monnaie ils ‘n’arrivent pas enrayer la déflation. Le poids des dettes au lieu de s’alléger en relatif, n’arrive plus à s’alléger même si on mène/on force une politique de baisse continu des taux d’intérêt pendant des décennies. Un jour on ne peut plus compenser par la baisse des taux car on arrive à .. zéro.

Je mets le doigt sur quelque chose qui est endogène , intrinsèque au capitalisme et sa tentative de se prolonger malgré ses limites.

je résume:

-le capitalisme fait baisser les valeurs des productions, c’est sa fonction historique, c’est le Progrès

-le capitalisme est déflationniste intrinsèquement ce que ne cessent de dire les économistes autrichiens

-mais le capitalisme subit la tendance à la baisse du taux de profit par l’accumulation continue du capital, surtout depuis q u’il refuse les crises de destruction

-le besoin de mettre en valeur le capital ne cesse de grandir

-pour lutter contre cette tendance à la baisse du taux de profit, le capitalisme financier a recours au levier, il se fait financier il accumule les dettes,

-mais le poids des dettes ne cesse de s’alourdir et il faut pour les rendre supportables sans cesse baisser les taux c’est à dire leur cout,

-mais si on arrive à des taux zéro on ne peut plus supporter aucune inflation car le système de la dette cotée sur les marchés se révulse, tout le monde vend.

-la seule solution est de tricher, de produire une inflations structurelle qui annule la baisse de valeur des productions, c’est la raison d’être des fameux 2%. La fameuse inflation recherchée.

-et cette inflation ne doit etre que monétaire, elle doit compenser les baisse de valeurs par une hausse des prix ;

-elle ne doit pas être contagieuse , et réduire les profits, elle ne doit pas se propager aux salaires car si cela se fait , le surproduit pour honorer les dettes se réduit

Cette inflation recherchée est une inflation miracle, elle n’ a aucun rapport avec l’inflation actuelle, qui elle, est destructrice. Cette inflation recherchée c’est une bonne inflation alors qu’l’inflation actuelle est mauvaise.

Le dilemme de Powell;

Tout problème non résolu et mal posé se présente a un moment donné comme un dilemme. Nous y sommes.

La pandémie a aggravé l’inflation en raison de 1) la demande refoulée des consommateurs alors que les gens épuisent les économies accumulées pendant les blocages et 2) les « goulets d’étranglement » de l’offre résultant de la tentative de répondre à cette demande – ces goulots d’étranglement étant créés par les restrictions sur le transport international de marchandises et de composants et les restrictions continues d’approvisionnement – car une grande partie du monde souffre toujours de la pandémie.

La Fed est dans un dilemme. 

Si elle « resserre » « trop » la politique monétaire et augmente les taux d’intérêt « trop rapidement », le coût de l’emprunt pour investir ou dépenser pourrait augmenter au point où les nouveaux investissements dans la technologie ralentissent et la demande des consommateurs pour les produits s’essouffle et il y a un marasme économique. C’est particulièrement le cas, compte tenu du niveau record d’endettement des entreprises et des cours boursiers stratosphériques . 

Alternativement, si elle n’agit pas pour réduire et arrêter ses injections monétaires et augmenter les taux d’interet , alors une inflation élevée peut ne pas être du tout transitoire et devenir auto-entretenue.. 

Le résultat est que la Fed est obligée de s’envoyer en l’air dans l’imaginaire ; je m’explique elle est obligée de mentir et de tenter de séparer le réel de ses perceptions et de faire prendre des vessies pour des lanternes , il y aurait une voie moyenne! Ce qui équivaut à faire croire que l’on peut faire des miracles et freiner et accélérer en même temps.

À mon avis, le dilemme pour ces banques centrales entre contrôler l’inflation et éviter un marasme est un faux dilemme.

Et là il faut revenir à ce que disait le grand philosophe Arnold Schwarzenegger lorsqu’il parlait de la musculation , Arnold disait ; « cela ne fait du bien que si cela fait mal« ; transposé à la politique monétaire et à l’expérience de Volcker: quand l’inflation sort de la bouteille, pour la faire rentrer il faut prendre le risque de faire mal, de casser l’économie et de casser la bourse.

2 réflexions sur “Editorial: maitrise de l’inflation, « cela ne fait du bien que si cela fait mal ».

  1. Bonjour M. Bertez
    Merci pour ces explications claires pour le béotien que je suis.

    Donc l’inflation ce serait comme un crapaud qui , réduit en poudre, servirait aux sorciers de la finance pour concocter des brouets pour berlurer les gens.

    Grâce à Fred Vargas on sait que si l’on fait fumer une clope à un crapaud, il gonfle et finit par éclater.
    Par ailleurs, on apprend dans « les bronzés font du ski » que pour faire rentrer un crapaud dans la bouteille, il faut d’abord le faire sécher pour qu »‘il devienne tout mince.

    Alors si je comprends bien, le cousin Jay a fait fumer au crapaud des pétards roulés dans des dollars et il est donc en train de sacrément gonfler et « en même temps » il voudrait le faire rentrer dans la bouteille sans le dessécher pour autant, c’est bien çà?

    Ben…. On dirait bien que ça va pas le faire, comme on dit par chez moi.

    Vous devriez expliquer tout ça au Manu et au Bruno, sinon ça risque de virer à Fantasia chez les ploucs par ici !

    Cordialement.

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  2. Merci de nous faire réfléchir.

    Casser l’économie et la bourse c’est tout ce que leur politique veut éviter depuis des décennies et c’est surtout vraie pour la bourse qui n’a pas subi de confinement.

    Ils ne changeront pas de paradigme, ils ne veulent pas que leur œuvre, leurs injections soient détruites alors que c’est pourtant leur destin.

    Elles sont sorties du néant et se sont logées dans des actifs qui ont vocation à craquer un jour pour les ramener d’où elles viennent.

    Car comme vous l’expliquez la réconciliation ne se fera pas par la progression de l’économie réelle, le rendement des injections sur celle-ci étant décroissant.

    J’aime

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