Les stratégies financières sont inadaptées à un monde interconnecté avec le même sous jacent.

Rédigé par 

Bruno Bertez 

10 février 2022

Avec des marchés mondiaux interdépendants, les craintes d’un secteur ou d’un pays finissent en général par se répandre. Même avec des actifs « diversifiés », il devient impossible d’échapper aux vagues de peur. Ce que l’on appelle l’humeur ou l’appétit pour le risque ou l’esprit de jeu est mondial .

Le monde entier est en bulle.

La bulle chinoise a été crevée, la bulle américaine vacille.

Ces bulles sont distinctes, mais reliées et interdépendantes. Pour comprendre et visualiser le phénomène il faut imaginer une gigantesque hernie avec à l’intérieur de cette hernie de multiples hernies connexes. Le vent ou l’air qui gonfle ces formations est injecté, pompé par les banques centrales , la banque centrale américaine et ses satellites périphériques. La hernie mère de toutes les hernies est celle des dettes des gouvernements , puisque c’est à partir de ces dettes que l’on crée la monnaie mondiale.

Ces bulles sont cruciales pour la conjoncture mondiale, pour les prix des matières premières et du pétrole, pour le maintien ou non de l’appétit pour le jeu et cruciales pour les flux mondiaux de capitaux.

Tout cela crée une situation de grande confusion. et d’imbrication. Tout est dans tout, tout est opaque. Ainsi, par exemple, les craintes sur la Chine alimentent le risk-off. Le risk-off c’est la recherche de refuges. C’est un sentiment qui provoque des achats sur les fonds d’Etat américains et le dollar qui sont eux même déstabilisants.

Les bulles communicantes

Le fait que la bulle chinoise laisse passer de l’air augmente considérablement les risques sur la bulle américaine – et vice versa –, ce qui met essentiellement en danger un monde de bulles.

Les chinois tiraient la sonnette d’alarme dès la fin janvier, comme nous le signale Bloomberg :

« Un retrait rapide des mesures de relance par certains pays pourrait nuire aux exportations chinoises, a déclaré un responsable du ministère du Commerce, alors qu’il mettait en garde contre des difficultés ‘sans précédent’ à venir cette année […]. Les risques systémiques mondiaux sont en augmentation en raison des reprises économiques déséquilibrées […].

Le retrait trop rapide des politiques de relance par certains pays pourrait déclencher des contractions de la demande, des fluctuations de prix et affecter à leur tour les exportations de l’industrie chinoise. »

La hausse du dollar propage la contagion et l’instabilité tant au Centre qu’à la Périphérie.

La mise en risk-off a vu le Dollar Index [NDLR : un indice de la valeur du dollar face à un panier de devises] bondir de 2,9%, entre son creux du 14 janvier et son sommet du 28, avec beaucoup de devises des marchés émergents et du « carry trade » qui se sont retrouvés emportés par la tourmente.

Beaucoup de stratégies inadaptées

Les marchés mondiaux sont entrés dans un contexte hautement incertain et volatil. Les corrélations anciennes se disloquent, tandis que d’autres mises en corrélation créent des contagions imprévues. Beaucoup de stratégies sont inadaptées.

Les stratégies reposent sur des modèles mathématiques et les modèles mathématiques postulent que le passé se reproduira alors que dans les situations de rupture comme celle que nous connaissons maintenant, le passé ne se reproduit pas. Les invariants se mettent à varier!

Je souris en pensant à la naïveté de ceux qui ont cru à la diversification, en particulier géographique.

Quand la peur vient, il n’y a aucun refuge : les marchés mondiaux sont généralement synchronisés à la baisse, ai-je souvent expliqué.

Pour clôturer, notons cette pierre jetée dans le jardin de Powell et rapportée par Bloomberg :

« Juste au moment où la Réserve fédérale était sur le point de parler de son engagement à maîtriser l’inflation la plus élevée depuis près de 40 ans, un haut dirigeant bancaire américain a fait une critique inhabituellement brusque de la banque centrale.

Le président et COO de Goldman Sachs John Waldron a déclaré que l’indépendance de la Fed avait été mise à mal ces dernières années et qu’elle avait perdu sa crédibilité sur les marchés.

‘Ce qui s’est passé ces deux dernières années a remis en question l’indépendance de la Fed’, a soutenu Waldron […]. Il a remis en question la capacité de la Fed à agir en tant que ‘moteur de politique monétaire indépendant qui fait ce qu’il pense être juste et non ce qui est opportun’.

‘Ils ont une chance ici de le faire, mais je suis un peu inquiet de savoir s’ils se lèveront et le feront’, a déclaré Waldron. »

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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