Editorial : le long voyage au bout de nulle part, le fondamental est géopolitique.

Ecoutons JP Hussman, fondamentaliste que je qualifierais de … fondamental.

A la différence de nombreux collègues il n’a jamais, absolument jamais, douté de la validité de la démarche classique Graham and Dodd, de l’analyse financière, démarche qui dit tout simplement que la valeur d ‘un actif financier c’est la somme des revenus et des cashflow que cet actif va procurer pendant sa durée de vie .. Un actif financier c’est de la monnaie, du cash flow à recevoir.

JPH soutient à juste titre que si on paie aujourd’hui trop cher pour les flux que l’on recevra demain alors l’investissement a une rentabilité médiocre, voire négative et il constitue comme il le dit si bien : un long voyage vers nulle part.

Hussman a tenu bon tout au long de la période post 2008, alors que son collègue célèbre fondamentaliste lui aussi Grantham a lui temporairement jeté l’éponge quand il a supposé que dorénavant cela pouvait ne plus être comme avant et que les marges bénéficiaires et la profitabilité pourraient bien être perpétuellement sur un haut , très haut plateau anormal.

Cette idée de Grantham est une idiotie car si on continue de toujours peser sur les salaires et de déplacer la valeur ajoutée au profit du Capital alors pour la consommation et le pouvoir d’achat il faut s’endetter à l’infini ce qui e st impossible.

Je n’ai jamais accepté l’entorse de Grantham, à la rigueur.

Moi aussi je considère comme Hussman que les marges et les profitabilités ne peuvent rester sur de plateaux élevés exceptionnels en raison de la la tendance inhérente du capitalisme à produire de la suraccumulation du capital productif, réel, fictif et spéculatif.

Long-Term Movement of the Profit Rate in the Capitalist World-Economy.  

L’érosion de la profitabilité est une tendance intrinsèque , organique au capitalisme. Donc Grantham a eu tort de se laisser aller à croire que l’accumulation capitaliste n’avait pas d’autre limite que l’infini, abandonner le fondamentalisme pendant quelque temps. En clair les arbres ne montent jamais jusqu’au ciel!

Je partage les analyses et les vue de Hussman en tant qu’analyste fondamentaliste, mais j’ai introduis un élément clef: la libération, la disjonction le désancrage de la monnaie. Quand on a libéré la monnaie et la production de crédit alors du même coup on libéré les actifs financiers de leur attache au réel. On a séparé l’ombre des corps fondamentaux. Comme les actifs financiers sont de la monnaie a recevoir dans le futur, , alors le désancrage de la monnaie, la possibilité d’en créer autant que l’on en veut et autant qu’acceptée, modifie la nature des actifs financiers; ils deviennent actifs quasi-monétaire, near monnaie, money like et peuvent buller tant que la production de monnaie reste bullaire. Les actifs financiers peuvent buller tant que la bulle mère , -celle de la monnaie et des fonds d’état- peuvent enfler.

La bulle de base est la base monétaire et elle se transmet à la « bulle du tout en bulle » par le biais des actifs financiers achetés avec de la monnaie tombée tombée du ciel.; sachant que la pierre angulaire de la monétisation des actifs financiers est constituée par le fonds d’état Americains, les Treasuries.

Je reste dans le fondamental c’est à dire que je crois à la réconciliation entre le réel et l’imaginaire financier, mais elle ne se produira pas tant que les USA pourront continuer émettre du dollar à volonté et pas tans que le reste du monde continuera à accepter ces dollars.

Tant que USA conserveront le secret du Feu Prométhéen, le secret de la production de monnaie sans contrepartie et qu’ils pourront s’en servir pour acheter les richesses réelles du monde alors la machine financière restera en mode de fonctionnement, même si c’est avec des hauts et des bas comme maintenant..

Mais je dis que le fondamental peut être différé longtemps parce qu’il est géopolitique! Le fondamental est géopolitique car c’est le privilège exorbitant du dollar, c’est la domination occidentale sur le monde, c’est l’Ordre Mondial actuel même si il est brinquebalant et contesté.

Tant que la production de monnaie reste bullaire; tant que le Reste du Monde accepte les billes de verres, la verroterie avec laquelle les Etats Unis et leurs alliés achètent les richesses réelles du monde, -travail- intelligence- énergie, matières premières, la production de dollars permert aux USA de tout acheter sans rien payer. Tout peut être payé avec de la verroterie et c’est cela l’Ordre Mondail actuel contesté par le Russes et les Chinois et des milliards d’habitants des BRIC’S.

Mais en attendant tant que l’on est dans ce système les USA peuvent produire du dollar tant qu’il y a des idiots qui en demandent comme c’est le cas en moment avec un dollar-index à plus de 109; ils peuvent tout payer sans rien dépenser, grâce à la production de dollars sans limite. C’est ainsi que se produit et se perpétue le tout en Bulles.

Le système du tout en bulles au profit des USA c’est le système géopolitique actuel fondé sur un Ordre Mondial ou les Empereurs peuvent tout acheter sans rien payer parce que les vassaux qui sont leurs complices stockent la verroterie que les élites américaines leur refilent !

Le tout en bulles s’effondre à la Périphérie en ce moment , c’est exactement ce que veut Powell, il veut tordre le bras de la spéculation à coeur faible et massacrer les Emergents et l’Europe réticente et tous ceux qui voudraient contester la dollar impérial. Le resserrement monétaire est l’arme géopolitique au service du géopolitique ! Le resserrement monétaire vise à punir tous ceux qui prétendent que le dollar c’est du trash, de la pourriture, mais qui s’en servent quand même!

A ceux la Powell donne une leçon: « vous ne pouvez pas vous passer du dollar, je vous tiens par les couilles, vous devez continuer accepter nos billes de verroterie comme des primitifs, contre vos richesses réelles.

Revenons à notre ami JP Hussman, il dit la même chose que nous mais de façon conventionnelle en restant dans l’imaginaire du vocabulaire financier.

Pour notre part, nous nous sommes finalement adaptés aux politiques dérangées de la Fed – politique dérangées de la Fed =libération du dollar de tout ancrage- en nous contentant d’évaluer la présence ou l’absence de psychologie spéculative – basée sur l’uniformité ou la divergence des données internes du marché.

Nous avons cessé de supposer que la spéculation ou l’aversion au risque avaient des limites fiables. 

Une fois que nous avons admis ceci, alors oui, cette fois c’était différent, mais d’une manière très dangereuse. 

Confrontés à un monde à taux d’intérêt nul qui combinait la « peur de manquer quelque chose » avec la conviction qu’« il n’y a pas d’alternative » à la spéculation à la recherche de rendement, les investisseurs ont involontairement poussé les mesures de valorisation boursière les plus fiables à des niveaux supérieurs aux extrêmes de 1929 et 2000.

Malheureusement, ces évaluations impliquent également des rendements à long terme lamentables dans un monde qui n’est pas dominé en permanence par la psychologie FOMO et TINA. 

Mesuré à partir du récent pic de la bulle, la conséquence probable sera un voyage long et intéressant de 10 à 20 ans vers nulle part pour le S&P 500. Il existe également une forte possibilité d’une perte intermédiaire du S&P 500 de l’ordre de 50 à 70 % au cours de l’achèvement du cycle de ce marché. ou, comme nous l’avons observé entre 2000 et 2009, une succession de creux cycliques ponctuée de plusieurs reprises prolongées.

– John P. Hussman, Ph.D., avril 2022, Repricing a Market Priced for Zero

Lao Tseu a écrit : « Un voyage de mille kilomètres commence par un seul pas. Ces derniers mois, les marchés financiers ont fait le premier pas vers la normalisation. Malheureusement, après avoir franchi une étape, la question la plus importante que nous entendons est « Sommes-nous déjà , est ce deja fini?

Si « là » signifie des valorisations proches des niveaux qui sont compatibles avec les rendements à long terme historiques habituels ; si « là » signifie une orientation de la politique monétaire proche de quelque chose qui favoriserait l’allocation du capital productif sans distorsion spéculative ; si «  » signifie des capitalisations boursières qui peuvent effectivement être honorées par les flux de trésorerie générés par l’économie, fournissant des rendements à long terme adéquats sans dépendre d’une expansion sans fin des multiples de valorisation ; alors non. Nous ne sommes pas « « .

Le problème est qu’après une décennie de politiques monétaires dérangées qui ont finalement amplifié la spéculation au-delà des extrêmes de 1929 et 2000, nous sommes si loin de la « normale » qu’arriver n’importe où près de cette norme sera un voyage. 

Le récent déclin du marché a simplement retracé la partie la plus mousseuse de la bulle récente, ramenant les mesures d’évaluation du marché les plus fiables vers leurs extrêmes de 1929 et 2000.

Ratio cours/revenu du S&P 500

Pour notre part, nous n’avons pas besoin de supposer, un retour à des valorisations historiquement normales, et nous ne l’excluons pas non plus. 

Nous imaginons la possibilité de périodes de chute libre du marché, ainsi que des avancées «rapides, furieuses et sujettes à l’échec» pour éliminer les conditions de survente. 

Notre pratique – notre discipline – consiste à rester dans le moment présent : aligner nos perspectives d’investissement sur des conditions observables et mesurables telles que les valorisations et les paramètres internes du marché, et modifier nos perspectives lorsque ces conditions changent. 

Alors que la combinaison actuelle de valorisations extrêmes et d’éléments internes d’un marché en lambeaux crée une situation de « trappe /piège », l’amélioration de l’uniformité des éléments internes du marché pourrait nous encourager à adopter une approche plus constructive, même ici. 

Aucune prévision, aucun objectif de prix de fin d’année ou scénario spécifique n’est requis.

Le graphique ci-dessous montre notre estimation des rendements totaux nominaux attendus sur 12 ans pour un portefeuille passif conventionnel investi à 60 % dans le S&P 500, 30 % en bons du Trésor et 10 % en bons du Trésor (bleu) ainsi que le rendement total réel de ce portefeuille (rouge) pour les périodes où l’horizon complet a été complété. 

Notez que les rendements réels ont tendance à « s’éloigner » de leurs projections correspondantes sur 12 ans lorsque la fin de l’horizon d’investissement survient à des valorisations extrêmes. Ces écarts reflètent l’accumulation de gains spéculatifs, qui ont tendance à être abandonnés lors des effondrements ultérieurs du marché .

Rendement estimé pour l'allocation passive conventionnelle 60/30/10 (Hussman)

Si vous vous demandez pourquoi une allocation d’investissement passif a subi de si lourdes pertes depuis le début de l’année, c’est en grande partie parce que les actifs ont commencé 2022 à des niveaux de valorisations qui ne fournissaient aucune marge de sécurité. 

Alors que les valorisations des marchés boursiers et obligataires ont reculé ces derniers mois, notre estimation du rendement total pour une composition de portefeuille conventionnelle s’est améliorée. Malheureusement, cette estimation n’est que légèrement supérieure à zéro.

Étant donné que les hypothèses de rendement des pensions et des dotations ont tendance à refléter des moyennes historiques plutôt que de tirer des informations des évaluations réelles du marché, on peut s’attendre à ce que le manque à gagner probable des rendements dans la décennie à venir entraîne des déficits de financement pour les pensions, les comptes de retraite, les organismes de bienfaisance et les dotations. 

C’est la situation malheureuse que les politiques de taux d’intérêt zéro ont créée pour les investisseurs. 

La spéculation peut certainement créer l’illusion temporaire de la prospérité, mais en fin de compte, la richesse est dans les flux de trésorerie.

Une réflexion sur “Editorial : le long voyage au bout de nulle part, le fondamental est géopolitique.

  1. Bonjour M. Bertez
    Merci pour cet communication éclairante.
    Vous écrivez: « A ceux la Powell donne une leçon: « vous ne pouvez pas vous passer du dollar, je vous tiens par les couilles, vous devez continuer accepter nos billes de verroterie comme des primitifs, contre vos richesses réelles.  » Et: » …mais en fin de compte, la richesse est dans les flux de trésorerie. »
    De fait, Powell en peut tordre les bras que parce qu’il est appuyé par les forces armées US et plus encore par le réseau de la high tech US qui contrôle majoritairement les vecteurs des flix de trésorerie. Les investissements brick & mortar et humint des agences de renseignements US dans les GAFAAM leur permettent une rupture des communications entre institutions financières aussi létale que leur manipulation des masses par les réseaux sociaux: les « dollars » sont distribués et circulent désormais essentiellement par fibres optiques…

    Cordialement

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