Trois textes pour réfléchir. Une bonne raison pour Moscou d’y aller doucement : laisser les erreurs se développer, s’aggraver et se métastaser.

Trois auteurs proposent des réflexions sur la guerre en Ukraine.

Yelensis de Awful Avalanche s’amuse avec les dernières nouvelles de Kiev :

Ukraine War Day #145 : Zelensky entouré de traîtres et d’espions

La grande nouvelle est venue d’Ukraine le week-end dernier : 

Zelensky a limogé sa procureure générale 

Irina Venediktova , ainsi que le chef du SBU (Agence de sécurité, successeur du KGB soviétique), un dénommé Ivan Bakanov . 

Tous deux étaient des membres du cercle restreint de Zelensky, en particulier ce dernier.

La blogosphère russophile s’en donne à cœur joie! Maria Zakharova a trollé Zelensky sur Twitter, qualifiant ces licenciements de « dénazification efficace » de la part de Zelensky. 

Les agences ukrainiennes sont probablement criblées d’espions russes. Les fonctionnaires du gouvernement ukrainien sont tellement corrompus qu’ils feraient littéralement n’importe quoi pour de l’argent.

Avec quelque 35 000 personnes dans son personnel, le SBU est aussi grand que le FBI mais contrôle une population 90% plus petite. Outre la sécurité intérieure, il est également chargé de lutter contre les crimes économiques. Il est brutal, totalement corrompu et rempli d’espions russes et ce depuis que l’Ukraine est devenue une nation indépendante. 

Avec le cercle restreint de Zel qui s’effondre, l’horloge de sa propre disparition ne fait que tourner plus vite.

Yves Smith de naked capitalism que je conseille souvent n’est pas impressionné par le « succès » de l’Ukraine dans la guerre.

Campagne de la Russie en Ukraine : Vers un point d’inflexion ?

Le blog passe en revue la situation actuelle et essaie d’imaginer les prochaines étapes.

La spéculation parmi les sources occidentales qui lisent le russe ou ont de bons contacts russes (voir la table ronde Larry Johnson-Andrei Martyanov-Alexander Mercouris, animée par Gonzalo Lira, par exemple ) est que la Russie fera une pause après avoir sécurisé le Donbass et fournira à nouveau ses conditions pour une paix à l’Ukraine. 

Celles-ci seront certainement inacceptables puisque le strict minimum demandé sera d’admettre la perte du Donbass et de la Crimée (et n’oublions pas non plus la neutralité et la dénazification). L’Occident bien sûr le rejettera catégoriquement. 

C’est très bien pour la Russie puisque de toutes façons ‘elle ne ferait confiance à aucun accord avec l’Ukraine ou avec l’Occident .

Le but de cette offre est de sécuriser le premier objectif de l’opération militaire spéciale. mais elle serait aussi politique vis à vis de la Chine, l’Inde, le Sud global, et les BRIC’S en général. Secondairement cette offre s’adressera aux membres averses à la guerre de la population russe: ils ‘agit de leur montrer que si la Russie va au-delà la mise en œuvre la plus étroite du SMO tel quelle était définie , ce n’est pas du au fait que la Russie souhaiterait prendre plus de territoire, mais qu’elle est forcée de le faire pour atteindre ses objectifs de démilitarisation et de dénazirification. En clair si l’Ukraine ne le fait pas, la Russie et ses alliés seront validés à le faire par la force.

Le président serbe Aleksandar Vučić, qui entretient de bonnes relations avec la Russie s’est chargé de transmettre ce message; il a dit que la Russie ferait une offre de paix et que l’Occident la rejetterait probablement :« Je sais ce qui nous attend. Dès que Vladimir Poutine aura terminé ses affaires à Sieversk, Bakhmut et Soledar, puis sur la deuxième ligne Sloviansk – Kramatorsk – Avdeevka, sa proposition suivra. S’ils ne l’acceptent pas, et ils n’en ont pas l’intention, nous irons en enfer », a-t- déclaré le 14 juillet l’ agence de presse russe 

Izvestia , citant le dirigeant serbe.

Yves Smith conclut :

Ma conviction est toujours que la Russie donnera la priorité à la prise d’Odessa à moins que des considérations logistiques ne s’y opposent. L’armée ukrainienne est si près de s’effondrer que la probabilité est forte que les forces russes aillent très vite vers à Odessa. C’est la cible psychologiquement la plus importante pour le peuple russe, et économiquement elle est bien plus précieuse que Kiev. 

L’Occident devrait reconnaître la prise de contrôle par la Russie de toute la côte ukrainienne de la mer Noire comme une perte énorme.

Cependant, l’Occident a décidé de se lier encore plus étroitement à l’albatros ukrainien. Il est incapable de mettre la Russie en déroute, mais qu’importe l’Europe et les États-Unis préfèrent que leurs citoyens aient froids et faim cet hiver juste pour contrarier la Russie.

La question se pose de savoir ou donc la Russie entend faire passer la future frontière.

A l’ouest du Dniepr se trouve Kryvyi_Rih dont les richesses minérales se sont développées sous contrôle russe puis soviétique. Il a toujours entretenu des relations symbiotiques avec l’industrie lourde de la région du Donbass. C’est probablement encore plus précieux qu’Odessa.

À l’exception des 30 dernières années, Kryvyi Rih était sous contrôle russe depuis 1775. Il se trouve à environ 100 kilomètres au nord-est de Nikolayev et à seulement 40 kilomètres de la ligne de front actuelle. Cette carte peut refléter la pensée russe d’une future frontière dans le sud de l’Ukraine.
plus gros

Le dernier point soulevé par Smith est important. 

« L’Occident » est susceptible de poursuivre ses sanctions suicidaires même lorsque la Russie arrêtera la guerre et proposera la paix. La pression américaine sur les Européens visera à maintienir les sanctions.

Le 7 février, avant le début de la guerre, Michael Hudson soulignait que la véritable cible de l’opération vicieuse américaine poussant à une guerre en Ukraine était l’Allemagne :

La menace pour la domination américaine est que la Chine, la Russie et le cœur de l’île du monde eurasien de Mackinder offrent de meilleures opportunités de commerce et d’investissement que celles offertes par les États-Unis avec leur demande de plus en plus désespérée de sacrifices de la part de leur OTAN et d’autres alliés.

Note BB:

La théorie du Heartland est bien connue en géopolitique. C’est le nom donné à une analyse géopolitique de l’histoire du monde proposée par le géographe britannique Halford John Mackinder en 1904 dans son article The Geographical Pivot of History (Le pivot géographique de l’histoire). Selon Mackinder, le monde est comparable à un océan mondial où se trouve l’île mondiale (« world island ») composée de l’Asie, de l’Europe et de l’Afrique. Autour d’elle, se trouvent les grandes îles (« outlying island ») : l’Amérique, l’Australie, le Japon et la Grande-Bretagne. Celui qui contrôle le pivot mondial (« heartland ») commande l’île mondiale ; celui qui tient l’île mondiale tient le monde.

L’exemple le plus flagrant est la volonté des États-Unis d’empêcher l’Allemagne d’autoriser le gazoduc Nord Stream 2 à s’approvisionner en gaz russe pour le temps froid à venir. Angela Merkel a convenu avec Donald Trump de dépenser 1 milliard de dollars pour construire un nouveau port GNL afin de devenir plus dépendant du GNL américain à prix élevé. (Le plan a été annulé après que les élections américaines et allemandes ont changé les deux dirigeants.) Mais l’Allemagne n’a pas d’autre moyen économique raisonnable de chauffer nombre de ses maisons et immeubles de bureaux (ou d’approvisionner ses entreprises d’engrais) qu’avec du gaz russe.

Le seul moyen qui reste aux diplomates américains de bloquer les achats européens est d’inciter la Russie à une réponse militaire et de prétendre ensuite que la vengeance de cette réponse l’emporte sur tout intérêt économique purement national. 

Comme l’a expliqué la sous-secrétaire d’État aux affaires politiques, Victoria Nuland, lors d’un point de presse du département d’État le 27 janvier : « Si la Russie envahit l’Ukraine d’une manière ou d’une autre, Nord Stream 2 n’avancera pas. Le problème est de créer un incident convenablement offensif et de dépeindre la Russie comme l’agresseur. »

Le gouvernement allemand actuel est plus ou moins sous contrôle américain. Il faudrait qu’il soit changé pour que le non-sens des sanctions puisse s’arrêter. 

Enfin j’attire votre attention sur le désastre des sanctions.

OPERATION Z – DON’T INTERRUPT

OPÉRATION Z – NE PAS INTERROMPRE

Sur le site sonar21 de Larry Johnson, Helmholtz Smith examine le désastre des sanctions que « l’Occident » s’est causé :

L’une des observations de Napoléon est qu’il ne faut jamais interrompre ses ennemis lorsqu’ils commettent une erreur. Les Russes le savent, notamment parce qu’ils ont pris soin de ne pas interrompre Napoléon lui-même en 1812. Poutine et son équipe ont eu de nombreuses occasions de rencontrer les dirigeants de l’OTAN, de les observer, de négocier avec eux et de les évaluer. Il est peu probable qu’ils soient très impressionnés. Mais lorsqu’ils ont lancé leur « opération militaire spéciale » en Ukraine, ils n’auraient jamais pu imaginer à quel point l’OTAN serait autodestructrice.

L’une des observations de Napoléon est qu’il ne faut jamais interrompre ses ennemis lorsqu’ils commettent une erreur. Les Russes le savent, notamment parce qu’ils ont pris soin de ne pas interrompre Napoléon lui-même en 1812.

Poutine et son équipe ont eu de nombreuses occasions de rencontrer les dirigeants de l’OTAN, de les observer, de négocier avec eux et de les évaluer. Il est peu probable qu’ils aient été très impressionnés. Mais lorsqu’ils ont lancé leur « opération militaire spéciale » en Ukraine, ils n’auraient jamais pu imaginer à quel point l’OTAN serait autodestructrice.

Quelles erreurs ? Premièrement, l’Occident ne s’est pas seulement tiré une balle dans le pied avec ses sanctions économiques – le Hongrois Viktor Orban a raison lorsqu’il observe qu’il s’est détruit les poumons . 

https://www.reuters.com/world/europe/europe-shot-itself-lungs-with-sanctions-russia-orban-says-2022-07-15/

On peut encore boiter avec un pied cassé, mais une balle dans les poumons est assez grave. Deuxièmement, qui à Moscou aurait pu imaginer que l’OTAN pelletterait ses stocks de munitions et d’armes dans le trou noir ukrainien dans l’espoir que s’ils pouvaient fournir la dernière arme miraculeuse aux Ukrainiens , ils seraient à Moscou d’ici Noël.

Une bonne raison pour Moscou d’y aller doucement : laisser les erreurs se développer, s’aggraver et se métastaser. Cela se fait tout seul. Naturellement, inévitablement, logiquement. Aucun effort extérieur requis. Un bonus inattendu.

Pourquoi Moscou voudrait-il que cela se termine de si tôt ? Le temps travaille et l’ennemi commet beaucoup d’erreurs.

Ht MoA qui signale ces textes.

2 réflexions sur “Trois textes pour réfléchir. Une bonne raison pour Moscou d’y aller doucement : laisser les erreurs se développer, s’aggraver et se métastaser.

  1. contrairement aux parties d »Echec; la chute du roi n’est pas la fin du jeu dans la réalité.
    Poutine voit plus loin que le blocage de Steam 2 qu’il a certainement pris en compte dans son plan. Il a été patient malgré tous les crimes de l’Ukraine tolérés par les occidentaux pendant 8 ans.
    Tous les éléments de sa stratégie se dévoilent peu à peu face à un occident pas encore dispersé
    qui se croit fort de de sa multitude. C’est un effet pervers classique de solidité apparente de tous les assemblages en château de cartes. Tous les décisionnaires chez nous ne font pas le poids
    car la plupart ne sont que des élus opportunistes et arrivistes juste capable d’aboyer
    avant de réfléchir.

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  2. Le suicide européen est inscrit dans la « transition énergétique ». C’est bien un acte suicidaire commandé/commandité en haut lieu par des élites qui ont pour objectif le « zéro carbone » d’ici 2050. Ils misent tout sur un un mixte énergétique qui comprend le nucléaire, du gaz (qui sont devenus entre temps et rès récemment, au grand damne des militants intégristes verts, climato-compatibles) et biensur le photovoltaïque et les éoliennes sensés couvrir 70% de la consommation énergétique globale d’ici là.

    Avec cela, on se demande bien comment ils vont pouvoir lier « l’inclusivité » numérique globale et technologique avec le courant transhumaniste à la clé alors meme qu’ils se rendent aussi dépendants des matières 1ères essentielles importées qu’il faudra payer avec de l’argent issue de profits substantiels liés à la croissance alors meme que la chute du PIB occidental est prévisible puisque l’énergie est ce qui fait fonctionner le moteur économique et détermine la puissance de nations. Je ne mentionne pas tous les sacrifices que devront faire les populations à qui on exige la « sobriété énergétique » (sacré euphémisme orwellien), du rationnement alimentaire et énergétique… La connerie idéologique va rencontrer frontalement les limites qu’imposeront les réalités humaines, ses exigences légitimes. Cette idéologie punitive aura tôt fait d’exclure toute perception par les citoyens de toute idée de bon sens politique mais aussi que ceux-ci soient capables de donner du sens et un cap enviable à des peuples aussi mal gouvernés et pour le dire simplement: trahis.

    « Notre feuille de route montre les actions prioritaires qui sont nécessaires aujourd’hui pour garantir que l’opportunité de zéro émission nette d’ici 2050 – étroite mais toujours réalisable – ne soit pas perdue. L’ampleur et la rapidité des efforts exigés par cet objectif critique et formidable – notre meilleure chance de lutter contre le changement climatique et de limiter le réchauffement climatique à 1,5 ° C – en font peut-être le plus grand défi auquel l’humanité ait jamais été confrontée », a déclaré Fatih Birol, directeur de l’AIE ».

    « Près de 90 % de la production d’électricité provient (NDT: quand on sera en 2050) de sources renouvelables, l’éolien et le solaire photovoltaïque représentant ensemble près de 70 %. La majeure partie du reste provient de l’énergie nucléaire. L’énergie solaire est la plus grande source d’approvisionnement énergétique total au monde. Les combustibles fossiles passent de près des quatre cinquièmes de l’approvisionnement énergétique total aujourd’hui à un peu plus d’un cinquième. Les combustibles fossiles qui restent sont utilisés dans des biens où le carbone est incorporé dans le produit comme les plastiques, dans des installations équipées de captage du carbone et dans des secteurs où les options technologiques à faibles émissions sont rares ».https://www.iea.org/news/pathway-to-critical-and-formidable-goal-of-net-zero-emissions-by-2050-is-narrow-but-brings-huge-benefits

    On comprend pourquoi K.Schwab a signifié que le prix payé pour les énergies fossiles n’était pas encore assez élevé… Plus il sera cher, plus la technologie pseudo-verte deviendrait concurrentielle. « Les prix de l’essence sont trop bas et doivent être augmentés afin de « sauvegarder la démocratie », selon le Forum économique mondial (FEM) de Klaus Schwab qui a publié un décret demandant une hausse des prix de l’énergie ».https://olivierdemeulenaere.wordpress.com/

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