« Nous fournissons les armes, vous fournissez les cadavres », nouvelles révélations de jacques Baud. Les medias occidentaux ont construit une réalité virtuelle!

Lisez ce texte, relisez le et vous ne verrez plus le conflit en Ukraine de la même façon. Vous approcherez de la réalité, vous fracasserez la bulle de l’imaginaire, du virtuel dans laquelle les médias, vos gouvernements, les élites ont voulu vous enfermer. Sortez de la caverne, écarquillez vos yeux devant le vrai monde.

Que cela vous serve de leçon pour tout, en particulier pour la question sanitaire et pour la question de l’organisation de votre appauvrissement.

Apprenez à douter sur ce cas concret ; à critiquer et a mépriser ceux qui vous mentent.

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TRADUCTION BRUNO BERTEZ

Le Postil (TP) : Vous venez de publier votre dernier livre sur la guerre en Ukraine — Opération Z , aux éditions Max Milo. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ? Qu’est-ce qui vous a amené à écrire ce livre et que souhaitez-vous transmettre aux lecteurs ?

Jacques Baud (JB) : L’objectif de ce livre est de montrer comment la désinformation propagée par nos médias a contribué à pousser l’Ukraine dans la mauvaise direction. Je l’ai écrit sous la devise « de la façon dont nous comprenons les crises découle la façon dont nous les résolvons ».

En cachant de nombreux aspects de ce conflit, les médias occidentaux nous ont donné une image caricaturale et artificielle de la situation, ce qui a eu pour effet de polariser les esprits. Cela a conduit à un état d’esprit répandu qui rend pratiquement impossible toute tentative de négociation.

La représentation unilatérale et biaisée fournie par les médias grand public n’est pas destinée à nous aider à résoudre le problème, mais à promouvoir la haine de la Russie. Ainsi, l’exclusion des athlètes handicapés, des chats , voire des arbres russes des compétitions, le renvoi des chefs d’orchestre, la dé-plateforme d’artistes russes, comme Dostoïevski , ou encore le changement de nom des tableaux visent à exclure la population russe de la société ! 

En France, les comptes bancaires d’individus aux noms à consonance russe ont même été bloqués. Les réseaux sociaux Facebook et Twitter ont systématiquement bloqué la divulgation des crimes ukrainiens sous prétexte de « discours de haine » mais autorisent l’appel à la violence contre les Russes.

Aucune de ces actions n’a eu d’effet sur le conflit, sauf pour stimuler la haine et la violence contre les Russes dans nos pays. Cette manipulation est si mauvaise qu’on préfère voir mourir des Ukrainiens plutôt que de chercher une solution diplomatique. Comme l’ a dit récemment la sénatrice républicaine Lindsey Graham , il s’agit de laisser les Ukrainiens se battre jusqu’au dernier homme.

Il est communément admis que les journalistes travaillent selon des normes de qualité et d’éthique pour nous informer de la manière la plus honnête possible. Ces normes sont fixées par la Charte de Munich de 1971. En écrivant mon livre, j’ai découvert qu’aucun média grand public francophone en Europe ne respecte cette charte en ce qui concerne la Russie et la Chine. En fait, ils soutiennent sans vergogne une politique immorale envers l’Ukraine, décrite par Andrés Manuel López Obrador, président du Mexique, comme « Nous fournissons les armes, vous fournissez les cadavres !

Pour mettre en lumière cette désinformation, je voulais montrer que des informations permettant de dresser un portrait réaliste de la situation étaient disponibles dès février, mais que nos médias ne les ont pas relayées auprès du public. 

Mon but était de montrer cette contradiction.

Afin d’éviter de devenir moi-même un propagandiste en faveur d’un côté ou de l’autre, je me suis appuyé exclusivement sur des sources d’opposition occidentales, ukrainiennes (depuis Kiev) et russes. Je n’ai pris aucune information des médias russes.

TP : On dit couramment en Occident que cette guerre a « prouvé » que l’armée russe est faible et que son équipement est inutile. Ces affirmations sont-elles vraies ?

JB : Non. Après plus de six mois de guerre, on peut dire que l’armée russe est efficace et efficiente, et que la qualité de son commandement et contrôle dépasse de loin ce que l’on voit en Occident. Mais notre perception est influencée par un reportage centré sur la partie ukrainienne et par des déformations de la réalité.

Premièrement, il y a la réalité sur le terrain. Rappelons que ce que les médias appellent les « Russes » est en fait une coalition russophone, composée de combattants russes professionnels et de soldats des milices populaires du Donbass. Les opérations dans le Donbass sont principalement menées par ces milices, qui combattent sur « leur » terrain, dans des villes et villages qu’elles connaissent et où elles ont des amis et de la famille. Ils avancent donc prudemment pour eux-mêmes, mais aussi pour éviter les pertes civiles. Ainsi, malgré les prétentions de la propagande occidentale, la coalition bénéficie d’un très bon soutien populaire dans les zones qu’elle occupe.

Ensuite, rien qu’en regardant une carte, on s’aperçoit que le Donbass est une région avec beaucoup de zones bâties et habitées, ce qui signifie un avantage pour le défenseur et une vitesse de progression réduite pour l’attaquant en toutes circonstances.

Deuxièmement, il y a la façon dont nos médias décrivent l’évolution du conflit. L’Ukraine est un pays immense et les cartes à petite échelle montrent à peine les différences d’un jour à l’autre. De plus, chaque camp a sa propre perception de la progression de l’ennemi. Si l’on prend l’exemple de la situation du 25 mars 2022, on constate que la carte du quotidien français Ouest-France (a) ne montre quasiment aucune avancée de la Russie, tout comme le site suisse RTS (b). La carte du site russe RIAFAN (c) est peut-être de la propagande, mais si on la compare avec la carte de la Direction du renseignement militaire français(DRM) (d), nous voyons que les médias russes sont probablement plus proches de la vérité. 

Toutes ces cartes ont été publiées le même jour, mais le journal français et les médias d’État suisses n’ont pas choisi d’utiliser la carte DRM et ont préféré utiliser une carte ukrainienne. Cela montre que nos médias fonctionnent comme des organes de propagande.

Figure 1 – Comparaison des cartes présentées dans nos médias le 25 mars 2022. C’est cette manière de présenter l’offensive russe qui a conduit à affirmer que l’armée russe est faible. Il montre également que les informations fournies par les médias russes semblent plus proches de la réalité que celles fournies par l’Ukraine.

Troisièmement, nos « experts » ont eux-mêmes déterminé les objectifs de l’offensive russe. En prétendant que la Russie voulait s’emparer de l’Ukraine et de ses ressources, s’emparer de Kiev en deux jours, etc., nos experts ont littéralement inventé et attribué aux Russes des objectifs que Poutine n’évoquait jamais. En mai 2022, Claude Wild, l’ambassadeur de Suisse à Kiev, déclarait sur RTS que les Russes avaient « perdu la bataille de Kiev ». Mais en réalité, il n’y a jamais eu de « bataille pour Kiev ». Il est évidemment facile de prétendre que les Russes n’ont pas atteint leurs objectifs – s’ils n’ont jamais essayé de les atteindre !

Quatrièmement, l’Occident et l’Ukraine ont créé une image trompeuse de leur adversaire. En France, en Suisse et en Belgique, aucun des experts militaires de la télévision n’a connaissance des opérations militaires et de la manière dont les Russes mènent les leurs. Leur « expertise » vient des rumeurs de la guerre en Afghanistan ou en Syrie, qui ne sont souvent que de la propagande occidentale. Ces experts ont littéralement falsifié la présentation des opérations russes.

Ainsi, les objectifs annoncés dès le 24 février par la Russie étaient la « démilitarisation » et la « dénazification » de la menace qui pèse sur les populations du Donbass. Ces objectifs sont liés à la neutralisation des capacités, et non à la saisie de terres ou de ressources. Pour le dire franchement, en théorie, pour atteindre leurs objectifs, les Russes n’ont pas besoin d’avancer – il suffirait que les Ukrainiens eux-mêmes viennent se faire tuer.

Autrement dit, nos politiciens et nos médias ont poussé l’Ukraine à défendre le terrain comme en France pendant la Première Guerre mondiale. Ils ont poussé les troupes ukrainiennes à défendre chaque mètre carré de terrain dans des situations de « dernier rempart ». Ironiquement, l’Occident n’a fait que faciliter la tâche des Russes.

En fait, comme pour la guerre contre le terrorisme, les Occidentaux voient l’ennemi tel qu’ils aimeraient qu’il soit, et non tel qu’il est. Comme l’a dit Sun Tzu il y a 2 500 ans, c’est la meilleure recette pour perdre une guerre.

Un exemple est la soi-disant « guerre hybride » que la Russie est censée mener contre l’Occident. En juin 2014, alors que l’Occident tente d’expliquer l’intervention (imaginaire) de la Russie dans le conflit du Donbass, l’expert russe Mark Galeotti « révèle » l’existence d’une doctrine qui illustrerait le concept russe de guerre hybride . Connue sous le nom de «doctrine Gerasimov», elle n’a jamais vraiment été définie par l’Occident quant à sa composition et à la manière dont elle pourrait assurer le succès militaire. Mais il est utilisé pour expliquer comment la Russie mène la guerre dans le Donbass sans y envoyer de troupes et pourquoi l’Ukraine perd constamment ses batailles contre les rebelles. En 2018, réalisant qu’il avait tort, Galeotti s’est excusé – avec courage et intelligence – dans un article intitulé « Je suis désolé d’avoir créé la doctrine Gerasimov » publié dans Revue de politique étrangère .

Malgré cela, et sans savoir ce que cela signifiait, nos médias et politiciens ont continué à prétendre que la Russie menait une guerre hybride contre l’Ukraine et l’Occident. En d’autres termes, nous avons imaginé un type de guerre qui n’existe pas et nous y avons préparé l’Ukraine. C’est aussi ce qui explique le défi pour l’Ukraine d’avoir une stratégie cohérente pour contrer les opérations russes.

L’Occident ne veut pas voir la situation telle qu’elle est réellement. La coalition russophone a lancé son offensive avec une force globale inférieure à celle des Ukrainiens dans un rapport de 1-2:1. Pour réussir lorsque vous êtes en infériorité numérique, vous devez créer des supériorités locales et temporaires en déplaçant rapidement vos forces sur le champ de bataille.

C’est ce que les Russes appellent « l’art opérationnel » (operativnoe iskoustvo). Cette notion est mal comprise en Occident. Le terme « opérationnel » utilisé à l’OTAN a deux traductions en russe : « opérationnel » (qui fait référence à un niveau de commandement) et « opérationnel » (qui définit une condition). C’est l’art de manœuvrer des formations militaires, un peu comme un jeu d’échecs, afin de vaincre un adversaire supérieur.

Par exemple, l’opération autour de Kiev n’avait pas pour but de « tromper » les Ukrainiens (et l’Occident) sur leurs intentions, mais de forcer l’armée ukrainienne à maintenir des forces importantes autour de la capitale et donc de les « piéger ». En termes techniques, c’est ce qu’on appelle une « opération de mise en forme ». Contrairement à l’analyse de certains « experts », il ne s’agissait pas d’une « opération de tromperie », qui aurait été conçue très différemment et aurait impliqué des forces beaucoup plus importantes. L’objectif était d’empêcher un renforcement du corps principal des forces ukrainiennes dans le Donbass.

La principale leçon de cette guerre à ce stade confirme ce que l’on sait depuis la Seconde Guerre mondiale : les Russes maîtrisent l’art opératif.

TP : Les questions sur l’armée russe soulèvent la question évidente : quelle est la qualité de l’armée ukrainienne aujourd’hui ? Et surtout, pourquoi n’entend-on pas tant parler de l’armée ukrainienne ?

JB : Les militaires ukrainiens sont certainement de braves soldats qui accomplissent leur devoir consciencieusement et courageusement. Mais mon expérience personnelle montre que dans presque toutes les crises, le problème est à la tête. L’incapacité à comprendre l’adversaire et sa logique et à avoir une image claire de la situation réelle est la principale raison des échecs.

Depuis le début de l’offensive russe, on peut distinguer deux manières de mener la guerre. Du côté ukrainien, la guerre est menée dans les espaces politiques et informationnels, tandis que du côté russe, la guerre est menée dans l’espace physique et opérationnel. Les deux camps ne se battent pas dans les mêmes espaces. 

C’est une situation que j’ai décrite en 2003 dans mon livre, La guerre asymétrique ou la défaite du vainqueur . L’ennui, c’est qu’au bout du compte, c’est la réalité du terrain qui prévaut.

Du côté russe, les décisions sont prises par les militaires, tandis que du côté ukrainien, Zelensky est omniprésent et l’élément central dans la conduite de la guerre. Il prend des décisions opérationnelles, apparemment souvent contre l’avis des militaires. Cela explique la montée des tensions entre Zelensky et l’armée. Selon les médias ukrainiens, Zelensky pourrait limoger le général Valery Zoluzhny en le nommant ministre de la Défense.

L’armée ukrainienne a été intensivement entraînée par des officiers américains, britanniques et canadiens depuis 2014. Le problème est que depuis plus de 20 ans, les Occidentaux combattent des groupes armés et des adversaires dispersés et engagent des armées entières contre des individus. Ils mènent des guerres au niveau tactique et ont en quelque sorte perdu la capacité de se battre aux niveaux stratégique et opérationnel. Cela explique en partie pourquoi l’Ukraine mène sa guerre à ce niveau.

Mais il y a une dimension plus conceptuelle. Zelensky et l’Occident voient la guerre comme un rapport de forces numérique et technologique. C’est pourquoi, depuis 2014, les Ukrainiens n’ont jamais tenté de séduire les rebelles et ils pensent désormais que la solution viendra des armes fournies par l’Occident. L’Occident a fourni à l’Ukraine quelques dizaines de canons M777 et des lanceurs de missiles HIMARS et MLRS, tandis que l’Ukraine disposait en février de plusieurs milliers de pièces d’artillerie équivalentes. Le concept russe de « corrélation des forces » prend en compte beaucoup plus de facteurs et est plus holistique que l’approche occidentale. C’est pourquoi les Russes gagnent.

Pour se conformer à des politiques irréfléchies, nos médias ont construit une réalité virtuelle qui donne le mauvais rôle à la Russie. Pour ceux qui observent attentivement le déroulement de la crise, on pourrait presque dire qu’ils ont présenté la Russie comme une « image miroir » de la situation en Ukraine. Ainsi, lorsque les discussions sur les pertes ukrainiennes ont commencé, la communication occidentale s’est tournée vers les pertes russes (avec des chiffres donnés par l’Ukraine).

Les soi-disant « contre-offensives » proclamées par l’Ukraine et l’Occident à Kharkov et à Kherson en avril-mai n’étaient que de simples « contre-attaques ». La différence entre les deux est que la contre-offensive est une notion opérationnelle, tandis que la contre-attaque est une notion tactique, dont la portée est beaucoup plus limitée. Ces contre-attaques étaient possibles car la densité des troupes russes dans ces secteurs était alors de 1 Battle Group (BTG) par 20 km de front. En comparaison, dans le secteur du Donbass, qui était le principal objectif, la coalition russe avait 1 à 3 BTG par km. Quant à la grande offensive d’août sur Kherson, censée s’emparer du sud du pays, elle semble n’avoir été qu’un mythe pour maintenir le soutien occidental.

Aujourd’hui, nous constatons que les prétendus succès ukrainiens étaient en fait des échecs. Les pertes humaines et matérielles imputées à la Russie correspondaient en fait davantage à celles de l’Ukraine. Mi-juin, David Arakhamia, négociateur en chef et proche conseiller de Zelensky, parlait de 200 à 500 morts par jour, et il évoquait des pertes (morts, blessés, capturés, déserteurs) de 1 000 hommes par jour . Si l’on ajoute à cela les demandes d’armement renouvelées de Zelensky, on constate que l’idée d’une victoire de l’Ukraine apparaît assez illusoire.

Parce que l’économie de la Russie était considérée comme comparable à celle de l’Italie , on a supposé qu’elle serait tout aussi vulnérable. Ainsi, l’Occident – ​​et les Ukrainiens – pensaient que les sanctions économiques et l’isolement politique de la Russie provoqueraient rapidement son effondrement, sans passer par une défaite militaire. C’est en effet ce que l’on comprend de l’interview d’Oleksei Arestovich, le conseiller et porte-parole de Zelensky, en mars 2019. Cela explique aussi pourquoi Zelensky n’a pas tiré la sonnette d’alarme début 2022, comme il le dit dans son interview au Washington Post . Je pense qu’il savait que la Russie répondrait à l’offensive que l’Ukraine préparait dans le Donbass (c’est pourquoi le gros de ses troupes se trouvait dans cette zone) et pensait que les sanctions conduiraient rapidement à l’effondrement et à la défaite de la Russie. C’est quoi Bruno Le Maire , le ministre français de l’Economie, avait « prédit ». De toute évidence, les Occidentaux ont pris des décisions sans connaître leur adversaire.

Comme l’a dit Arestovich, l’idée était que la défaite de la Russie serait le ticket d’entrée de l’Ukraine à l’OTAN . Ainsi, les Ukrainiens ont été poussés à préparer une offensive dans le Donbass afin de faire réagir la Russie, et ainsi obtenir une défaite facile par des sanctions dévastatrices. C’est cynique et cela montre à quel point l’Occident, mené par les Américains, a abusé de l’Ukraine pour ses propres objectifs.

Le résultat est que les Ukrainiens ne cherchaient pas la victoire de l’Ukraine, mais la défaite de la Russie . Ceci est très différent et explique le récit occidental des premiers jours de l’offensive russe, qui prophétisait cette défaite.

Mais la réalité est que les sanctions n’ont pas fonctionné comme prévu, et l’Ukraine s’est retrouvée entraînée dans des combats qu’elle avait provoqués, mais pour lesquels elle n’était pas prête à se battre aussi longtemps.

C’est pourquoi, dès le départ, le récit occidental a présenté un décalage entre les médias rapportés et la réalité sur le terrain. Cela a eu un effet pervers : cela a encouragé l’Ukraine à répéter ses erreurs et l’a empêchée d’améliorer sa conduite des opérations. Sous prétexte de combattre Vladimir Poutine, nous avons poussé l’Ukraine à sacrifier inutilement des milliers de vies humaines.

Dès le début, il était évident que les Ukrainiens répétaient constamment leurs erreurs (et même les mêmes erreurs qu’en 2014-2015) et que des soldats mouraient sur le champ de bataille. De son côté, Volodymyr Zelensky réclamait de plus en plus de sanctions, y compris les plus absurdes, parce qu’il était amené à croire qu’elles étaient décisives.

Je ne suis pas le seul à avoir remarqué ces erreurs, et les pays occidentaux auraient certainement pu arrêter ce désastre. Mais leurs dirigeants, enthousiasmés par les informations (fantaisistes) sur les pertes russes et pensant ouvrir la voie à un changement de régime, ont ajouté sanctions sur sanctions, refusant toute possibilité de négociation. 

Comme l’a dit le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire, l’objectif était de provoquer l’effondrement de l’économie russe et de faire souffrir le peuple russe

C’est une forme de terrorisme d’Etat : il s’agit de faire souffrir la population pour la pousser à se révolter contre ses dirigeants (ici, Poutine). Je ne l’invente pas. Ce mécanisme est détaillé par Richard Nephew, chef des sanctions au département d’État sous Obama et actuellement coordinateur sur la lutte contre la corruption mondiale, dans son livre intitulé, The Art of Sanctions . 

Ironiquement, c’est exactement la même logique que l’État islamique a invoquée pour expliquer ses attentats en France en 2015-2016. La France n’encourage probablement pas le terrorisme, mais elle le pratique.

Les grands médias ne présentent pas la guerre telle qu’elle est, mais telle qu’ils voudraient qu’elle soit. C’est un pur vœu pieux. Le soutien public apparent aux autorités ukrainiennes, malgré des pertes énormes (certains mentionnent 70 000 à 80 000 morts), est obtenu par l’interdiction de l’opposition , une chasse impitoyable aux responsables qui ne sont pas d’accord avec la ligne gouvernementale et une propagande « miroir » qui attribue aux Russes les mêmes échecs que les Ukrainiens. Tout cela avec le soutien conscient de l’Occident.

TP : Que penser de l’explosion de la base aérienne de Saki en Crimée ?

JB : Je ne connais pas les détails de la situation sécuritaire actuelle en Crimée. . On sait qu’avant février il y avait des cellules de combattants volontaires de Praviy Sektor (une milice néo-nazie) en Crimée, prêtes à commettre des attentats de type terroriste. Ces cellules ont-elles été neutralisées ? Je ne sais pas; mais on peut le supposer, puisqu’il y a apparemment très peu d’activités de sabotage en Crimée. Cela dit, n’oublions pas que les Ukrainiens et les Russes vivent ensemble depuis de nombreuses décennies et qu’il y a certainement des individus pro-Kiev dans les zones prises par les Russes. Il est donc réaliste de penser qu’il pourrait y avoir des cellules dormantes dans ces zones.

Il s’agit plus vraisemblablement d’une campagne menée par le service de sécurité ukrainien (SBU) dans les territoires occupés par la coalition russophone. Il s’agit d’une campagne terroriste visant des personnalités et des responsables ukrainiens pro-russes. Il fait suite à des changements majeurs à la direction du SBU , à Kiev , et dans les régions, dont Lvov, Ternopol depuis juillet. C’est probablement dans le cadre de cette même campagne que Darya Dugina a été assassinée le 21 août. L’objectif de cette nouvelle campagne pourrait être de donner l’illusion qu’il existe une résistance permanente dans les zones prises par les Russes et ainsi relancer l’aide occidentale, qui commence à fatiguer.

Ces activités de sabotage n’ont pas vraiment d’impact opérationnel et semblent plutôt liées à une opération psychologique. Il se peut qu’il s’agisse d’actions comme celle de Snake Island début mai, destinées à démontrer à l’opinion publique internationale que l’Ukraine agit.

Ce que les incidents de Crimée montrent indirectement, c’est que la résistance populaire revendiquée par l’Occident en février n’existe pas. Il s’agit très probablement de l’action d’agents clandestins ukrainiens et occidentaux (probablement britanniques). Au-delà des actions tactiques, cela montre l’incapacité des Ukrainiens à activer un mouvement de résistance significatif dans les zones saisies par la coalition russophone.

TP : Zelensky a dit : « La Crimée est ukrainienne et nous ne l’abandonnerons jamais ». Est-ce de la rhétorique ou y a-t-il un plan pour attaquer la Crimée ? Y a-t-il des agents ukrainiens en Crimée ?

JB : Tout d’abord, Zelensky change très souvent d’avis. En mars 2022, il fait une proposition à la Russie, se déclarant prêt à discuter d’une reconnaissance de la souveraineté russe sur la péninsule. C’est sur l’intervention de l’Union européenne et de Boris Johnson les 2 et 9 avril qu’il a retiré sa proposition, malgré l’intérêt favorable de la Russie.

Il est nécessaire de rappeler quelques faits historiques. La cession de la Crimée à l’Ukraine en 1954 n’a jamais été formellement validée par les parlements de l’URSS, de la Russie et de l’Ukraine à l’époque communiste. De plus, le peuple de Crimée a accepté d’être soumis à l’autorité de Moscou et non plus de Kiev dès janvier 1991. En d’autres termes, la Crimée était indépendante de Kiev avant même que l’Ukraine ne devienne indépendante de Moscou en décembre 1991.

En juillet, Aleksei Reznikov, le ministre ukrainien de la Défense, a parlé haut et fort d’une contre-offensive majeure sur Kherson impliquant un million d’hommes pour restaurer l’ intégrité territoriale de l’Ukraine . En réalité, l’Ukraine n’a pas réussi à rassembler les troupes, les blindés et la couverture aérienne nécessaires à cette offensive farfelue. Les actions de sabotage en Crimée peuvent se substituer à cette « contre-offensive ». Ils semblent être plus un exercice de communication qu’une véritable action militaire. Ces actions semblent plutôt viser à rassurer les pays occidentaux qui s’interrogent sur la pertinence de leur soutien inconditionnel à l’Ukraine.

TP : Pourriez-vous nous parler de la situation autour de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia ?

JB : A Energodar, la centrale nucléaire de Zaporizhzhia (ZNPP), a été la cible de plusieurs attaques d’artillerie, que les Ukrainiens et les Russes attribuent à la partie adverse.

Ce que l’on sait, c’est que les forces de la coalition russe occupent le site du ZNPP depuis début mars. L’objectif à l’époque était de sécuriser rapidement la ZNPP, afin d’éviter qu’elle ne soit prise dans les combats et ainsi éviter un accident nucléaire. Le personnel ukrainien qui en avait la charge est resté sur place et continue de travailler sous la supervision de la société ukrainienne Energoatom et de l’agence ukrainienne de sûreté nucléaire (SNRIU). Il n’y a donc pas de combat autour de l’usine.

Il est difficile de voir pourquoi les Russes bombarderaient une centrale nucléaire qui est sous leur contrôle . Cette allégation est d’autant plus singulière que les Ukrainiens eux-mêmes affirment qu’il y a des troupes russes dans les locaux du site . Selon un « expert » français, les Russes attaqueraient la centrale électrique qu’ils contrôlent pour couper l’ électricité allant vers l’Ukraine . Non seulement il y aurait des moyens plus simples de couper l’électricité à l’Ukraine (un interrupteur, peut-être ?), mais la Russie n’a pas arrêté l’approvisionnement en électricité des Ukrainiens depuis mars. De plus, je vous rappelle que la Russie n’a pas arrêté le flux de gaz naturel vers l’Ukraine et a continué à payer à l’Ukraine les frais de transit pour le gaz vers l’Europe. C’est Zelensky qui a décidé de fermer le pipeline Soyouzen mai.

De plus, il faut rappeler que les Russes se trouvent dans une zone où la population leur est généralement favorable et on comprend mal pourquoi ils prendraient le risque d’une contamination nucléaire de la région.

En réalité, les Ukrainiens ont des motifs plus crédibles que les Russes qui peuvent expliquer de telles attaques contre le ZNPP. , qui ne s’excluent pas mutuellement : une alternative à la grande contre-offensive sur Kherson, qu’ils ne sont pas en mesure de mettre en œuvre, et pour empêcher les référendums prévus dans la région. De plus, les appels de Zelensky à démilitariser la zone de la centrale électrique et même à la restituer à l’Ukraine seraient pour lui un succès politique et opérationnel. On pourrait même imaginer qu’ils cherchent à provoquer délibérément un accident nucléaire afin de créer un « no man’s land » et ainsi rendre la zone inutilisable pour les Russes.

En bombardant la centrale, l’Ukraine pourrait également tenter de faire pression sur l’Occident pour qu’il intervienne dans le conflit , sous prétexte que la Russie cherche à déconnecter la centrale du réseau électrique ukrainien avant l’automne. Ce comportement suicidaire, comme l’a déclaré le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, serait conforme à la guerre menée par l’Ukraine depuis 2014.

Il existe des preuves solides que les attaques contre Energodar sont ukrainiennes. Les fragments de projectiles tirés sur le site de l’autre côté du Dniepr sont d’ origine occidentale . Il semble qu’ils proviennent de missiles britanniques BRIMSTONE , qui sont des missiles de précision, dont l’utilisation est surveillée par les Britanniques. Apparemment, l’Occident est au courant des attaques ukrainiennes contre le ZNPP. Cela pourrait expliquer pourquoi l’Ukraine n’est pas très favorable à une commission d’enquête internationale et pourquoi les pays occidentaux posent des conditions irréalistes à l’envoi d’enquêteurs de l’AIEA, une agence qui n’a pas fait preuve d’une grande intégrité jusqu’à présent.

TP : On rapporte que Zelensky libère des criminels pour combattre dans cette guerre ? Cela signifie-t-il que l’armée ukrainienne n’est pas aussi forte qu’on le pense généralement ?

JB : Zelensky fait face au même problème que les autorités issues d’Euromaïdan en 2014. A cette époque, les militaires ne voulaient pas se battre car ils ne voulaient pas affronter leurs compatriotes russophones. Selon un rapport du Home Office britannique, les réservistes refusent massivement d’assister aux sessions de recrutement. En octobre-novembre 2017, 70 % des conscrits ne se présentent pas au rappel. Le suicide est devenu un problème . Selon le procureur militaire en chef ukrainien Anatoly Matios, après quatre ans de guerre dans le Donbass, 615 militaires s’étaient suicidés . Les désertions se sont multipliées et ont atteint jusqu’à 30% des forces dans certaines zones opérationnelles, souvent au profit des rebelles.

Pour cette raison, il est devenu nécessaire d’intégrer des combattants plus motivés, hautement politisés, ultra-nationalistes et fanatiques dans les forces armées pour combattre dans le Donbass. Beaucoup d’entre eux sont des néo-nazis. C’est pour éliminer ces combattants fanatiques que Vladimir Poutine a évoqué l’objectif de la « dénazification ».

Aujourd’hui, le problème est légèrement différent. Les Russes ont attaqué l’Ukraine et les soldats ukrainiens ne sont a priori pas opposés à les combattre. Mais ils se rendent compte que les ordres qu’ils reçoivent ne correspondent pas à la situation sur le champ de bataille. Ils ont compris que les décisions qui les concernent ne sont pas liées à des facteurs militaires, mais à des considérations politiques. Les unités ukrainiennes se mutinent en masse et refusent de plus en plus de se battre. Ils disent se sentir abandonnés par leurs commandants et qu’on leur confie des missions sans les ressources nécessaires pour les exécuter.

C’est pourquoi il devient nécessaire d’envoyer des hommes prêts à tout . Parce qu’ils sont condamnés, ils peuvent être maintenus sous pression. C’est le même principe que le maréchal Konstantin Rokossovki, condamné à mort par Staline, mais sorti de prison en 1941 pour lutter contre les Allemands. Sa condamnation à mort n’a été levée qu’après la mort de Staline en 1956.

Afin d’éclipser l’utilisation de criminels dans les forces armées, les Russes sont accusés de faire la même chose. Les Ukrainiens et les Occidentaux utilisent constamment la propagande « miroir ». Comme dans tous les conflits récents, l’influence occidentale n’a pas conduit à une moralisation du conflit.

TP : Tout le monde parle de la corruption de Poutine ? Mais qu’en est-il de Zelensky ? Est-il le « saint héroïque » que l’on nous dit tous d’admirer ?

JB : En octobre 2021, les Pandora Papers montraient que l’Ukraine et Zelensky étaient les plus corrompus d’Europe et pratiquaient l’évasion fiscale à grande échelle. Fait intéressant, ces documents ont apparemment été publiés avec l’aide d’une agence de renseignement américaine, et Vladimir Poutine n’est pas mentionné. Plus précisément, les documents mentionnent des individus « associés » avec lui, qui auraient des liens avec des avoirs non divulgués, qui pourraient appartenir à une femme, dont on pense qu’elle a eu un enfant avec lui.

Pourtant, lorsque nos médias rendent compte de ces documents, ils mettent systématiquement une photo de Vladimir Poutine, mais pas de Volodymyr Zelensky.

Figure 2 – Bien qu’il ne soit pas mentionné dans les Pandora Papers, Vladimir Poutine y est constamment associé. Alors que Volodymyr Zelensky n’est jamais mentionné dans nos médias, même s’il est largement impliqué.

Je ne suis pas en mesure d’évaluer à quel point Zelensky est corrompu. Mais il ne fait aucun doute que la société ukrainienne et sa gouvernance le sont. J’ai contribué modestement à un programme de l’OTAN « Renforcer l’intégrité » en Ukraine et j’ai découvert qu’aucun des pays contributeurs ne se faisait d’illusions sur son efficacité, et tous voyaient le programme comme une sorte de « façade » pour justifier le soutien occidental.

Il est peu probable que les milliards versés par l’Occident à l’Ukraine parviennent au peuple ukrainien. Un récent rapport de CBS News a déclaré que seulement 30 à 40 % des armes fournies par l’Occident arrivent sur le champ de bataille. Le reste enrichit les mafias et autres personnes corrompues. Apparemment, certaines armes occidentales de haute technologie ont été vendues aux Russes, comme le système français CAESAR et vraisemblablement le HIMARS américain. Le rapport de CBS News a été censuré pour éviter de saper l’aide occidentale, mais il n’en reste pas moins que les États-Unis ont refusé de fournir des drones MQ-1C à l’Ukraine pour cette raison.

L’Ukraine est un pays riche, mais c’est aujourd’hui le seul pays de l’ex-URSS dont le PIB est inférieur à celui qu’il avait lors de l’effondrement de l’Union soviétique. Le problème n’est donc pas Zelensky lui-même, mais tout le système, qui est profondément corrompu, et que l’Occident entretient dans le seul but de combattre la Russie.

Zelensky a été élu en avril 2019 sur le programme d’un accord avec la Russie. Mais personne ne l’a laissé mener à bien son programme. Les Allemands et les Français l’ont délibérément empêché d’appliquer les accords de Minsk. La transcription de la conversation téléphonique du 20 février 2022 entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine montre que la France a délibérément tenu l’Ukraine à l’écart de la solution. De plus, en Ukraine, des forces politiques d’extrême droite et néonazies l’ont publiquement menacé de mort. Dmitry Yarosh, commandant de l’armée des volontaires ukrainiens, a déclaré en mai 2019 que Zelensky serait pendus’il a exécuté son programme. En d’autres termes, Zelensky est coincé entre son idée de parvenir à un accord avec la Russie et les exigences de l’Occident. De plus, l’Occident se rend compte que sa stratégie de guerre par les sanctions a échoué. Avec l’aggravation des problèmes économiques et sociaux, l’Occident aura plus de mal à reculer sans perdre la face. Une issue pour la Grande-Bretagne, les États-Unis, l’UE ou la France serait de supprimer Zelensky. C’est pourquoi, avec la détérioration de la situation en Ukraine, je pense que Zelensky commence à se rendre compte que sa vie est menacée.

En fin de compte, Zelensky est un pauvre type, car ses meilleurs ennemis sont ceux dont il dépend : le monde occidental.

TP : Il existe de nombreuses vidéos (horribles) sur les réseaux sociaux de soldats ukrainiens se livrant à de graves crimes de guerre ? Pourquoi y a-t-il un « angle mort » en Occident pour de telles atrocités ?

JB : Tout d’abord, il faut être clair : dans chaque guerre, chaque belligérant commet des crimes de guerre. Les militaires qui commettent délibérément de tels crimes déshonorent leur uniforme et doivent être punis.

Le problème se pose lorsque les crimes de guerre font partie d’un plan ou résultent d’ordres donnés par le commandement supérieur. Ce fut le cas lorsque les Pays-Bas ont laissé leurs militaires autoriser le massacre de Srebrenica en 1995 ; la torture en Afghanistan par les troupes canadiennes et britanniques , sans oublier les innombrables violations du droit international humanitaire par les États-Unis en Afghanistan, en Irak, à Guantanamo et ailleurs avec la complicité de la Pologne, de la Lituanie ou de l’Estonie. Si ce sont des valeurs occidentales, alors l’Ukraine est à la bonne école.

En Ukraine, le crime politique est devenu monnaie courante, avec la complicité de l’Occident. Ainsi, ceux qui sont favorables à une négociation sont éliminés. C’est le cas de Denis Kireyev, l’un des négociateurs ukrainiens, assassiné le 5 mars par le service de sécurité ukrainien (SBU) parce qu’il était considéré comme trop favorable à la Russie et comme un traître . La même chose est arrivée à Dmitry Demyanenko, un officier du SBU, qui a été assassiné le 10 mars, également parce qu’il était trop favorable à un accord avec la Russie. Rappelons qu’il s’agit d’un pays qui considère que recevoir ou donner de l’aide humanitaire russe relève du « collaborationnisme ».

Le 16 mars 2022, un journaliste de la chaîne de télévision Ukraine 24 évoque le criminel de guerre nazi Adolf Eichmann et appelle au massacre d’enfants russophones . Le 21 mars, le médecin militaire Gennadiy Druzenko déclare sur la même chaîne qu’il a ordonné à ses médecins de castrer les prisonniers de guerre russes . Sur les réseaux sociaux, ces déclarations sont rapidement devenues de la propagande pour les Russes et les deux Ukrainiens se sont excusés pour l’avoir dit, mais pas pour le fond. Les crimes ukrainiens commencent à être révélés sur les réseaux sociaux et, le 27 mars, Zelensky craint que cela ne compromette le soutien occidental. S’en est suivi, assez opportunément, le massacre de Bucha le 3 avril, dont les circonstances restent floues.

La Grande-Bretagne, qui assurait alors la présidence du Conseil de sécurité de l’ONU, a refusé à trois reprises la demande russe de créer une commission d’enquête internationale sur les crimes de Bucha. Le député socialiste ukrainien Ilya Kiva a révélé sur Telegram que la tragédie de Bucha avait été planifiée par les services spéciaux britanniques du MI6 et mise en œuvre par le SBU.

Le problème fondamental est que les Ukrainiens ont remplacé « l’art opérationnel » par la brutalité. Depuis 2014, pour lutter contre les autonomistes, le gouvernement ukrainien n’a jamais tenté d’appliquer des stratégies basées sur le « hearts & minds », que les Britanniques utilisaient dans les années 1950-1960 en Asie du Sud-Est, beaucoup moins brutales mais beaucoup plus efficace et durable. Kiev a préféré mener une opération antiterroriste (ATO) dans le Donbass et utiliser les mêmes stratégies que les Américains en Irak et en Afghanistan. Combattre les terroristes autorise toutes sortes de brutalités. C’est l’absence d’une approche holistique du conflit qui a conduit à l’échec de l’Occident en Afghanistan, en Irak et au Mali.

L’opération de contre-insurrection (COIN) nécessite une approche plus sophistiquée et holistique. Mais l’OTAN est incapable de développer de telles stratégies comme j’en ai été témoin en Afghanistan. La guerre dans le Donbass est brutale depuis 8 ans et a entraîné la mort de 10 000 citoyens ukrainiens et de 4 000 militaires ukrainiens. A titre de comparaison, en 30 ans, le conflit en Irlande du Nord a fait 3 700 morts. Pour justifier cette brutalité, les Ukrainiens ont dû inventer le mythe d’une intervention russe dans le Donbass.

Le problème est que la philosophie des nouveaux dirigeants de Maïdan était d’avoir une Ukraine racialement pure . En d’autres termes, l’unité du peuple ukrainien ne devait pas être réalisée par l’intégration des communautés, mais par l’exclusion des communautés de «races inférieures». Une idée qui aurait sans doute plu aux grands-pères d’Ursula von der Leyen et Chrystia Freeland ! Cela explique pourquoi les Ukrainiens ont peu d’empathie pour les minorités russe, magyare et roumaine du pays. Cela explique à son tour pourquoi la Hongrie et la Roumanie ne veulent pas que leurs territoires soient utilisés pour la fourniture d’armes à l’Ukraine.

C’est pourquoi tirer sur leurs propres citoyens pour les intimider n’est pas un problème pour les Ukrainiens. C’est ce qui explique l’épandage de milliers de mines antipersonnel PFM-1 (« papillon »), qui ressemblent à des jouets, sur la ville russophone de Donetsk en juillet 2022. Ce type de mine est utilisé par un défenseur, pas un attaquant. dans son domaine d’activité principal. De plus, dans cette zone, les milices du Donbass se battent « chez elles », avec des populations qu’elles connaissent personnellement.

Je pense que des crimes de guerre ont été commis des deux côtés, mais que leur couverture médiatique a été très différente. Nos médias ont abondamment rapporté les crimes (vrais ou faux) attribués à la Russie. D’un autre côté, ils sont restés extrêmement silencieux sur les crimes ukrainiens. Nous ne connaissons pas toute la vérité sur le massacre de Bucha, mais les preuves disponibles soutiennent l’hypothèse selon laquelle l’Ukraine a organisé l’événement pour dissimuler ses propres crimes. En gardant ces crimes silencieux, nos médias en ont été complices et ont créé un sentiment d’impunité qui a encouragé les Ukrainiens à commettre d’autres crimes.

TP : La Lettonie veut que l’Occident (l’Amérique) désigne la Russie comme un « État terroriste ». Qu’en pensez-vous ? Cela signifie-t-il que la guerre est réellement terminée et que la Russie a gagné ?

JB : Les revendications estonienne et lettone répondent à l’appel de Zelensky à désigner la Russie comme Etat terroriste. Fait intéressant, ils surviennent en même temps qu’une campagne terroriste ukrainienne se déchaîne en Crimée, dans la zone occupée de l’Ukraine et sur le reste du territoire russe. Il est également intéressant de noter que l’Estonie était apparemment complice de l’attaque de Darya Dugina en août 2022.

Il semble que les Ukrainiens communiquent en miroir les crimes qu’ils commettent ou les problèmes qu’ils ont, afin de les dissimuler. Par exemple, fin mai 2022, alors que la reddition d’Azovstal à Marioupol montrait des combattants néonazis, ils ont commencé à alléguer qu’il y avait des néonazis dans l’armée russe. En août 2022, alors que Kiev menait des actions à caractère terroriste contre la centrale d’Energodar en Crimée et sur le territoire russe, Zelensky a appelé à ce que la Russie soit considérée comme un État terroriste.

En fait, Zelensky continue de croire qu’il ne peut résoudre son problème qu’en battant la Russie et que cette défaite dépend des sanctions contre la Russie. Déclarer la Russie État terroriste conduirait à un isolement supplémentaire. C’est pourquoi il lance cet appel. Cela montre que l’étiquette « terroriste » est plus politique qu’opérationnelle, et que ceux qui font de telles propositions n’ont pas une vision très claire du problème. Le problème est qu’il a des implications pour les relations internationales. C’est pourquoi le Département d’État américain craint que la demande de Zelensky ne soit mise en œuvre par le Congrès.

TP : L’un des résultats les plus tristes de ce conflit entre l’Ukraine et la Russie est la façon dont l’Occident a montré le pire de lui-même. Où pensez-vous que nous irons à partir d’ici? Encore la même chose, ou y aura-t-il des changements qui devront être apportés en ce qui concerne l’OTAN, les pays neutres qui ne le sont plus, et la manière dont l’Occident cherche à « gouverner » le monde ?

JB : Cette crise révèle plusieurs choses. Premièrement, que l’OTAN et l’Union européenne ne sont que des instruments de la politique étrangère américaine. Ces institutions n’agissent plus dans l’intérêt de leurs membres, mais dans l’intérêt des États-Unis. 

Les sanctions adoptées sous la pression américaine se retournent contre l’Europe, qui est la grande perdante de toute cette crise : elle subit ses propres sanctions et doit faire face aux tensions résultant de ses propres décisions.

Les décisions prises par les gouvernements occidentaux révèlent une génération de dirigeants jeunes et inexpérimentés (comme la première ministre finlandaise Sanna Marin) ; ignorants, mais pensant qu’ils sont intelligents (comme le président français Emmanuel Macron); doctrinaire (comme la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen); et fanatiques (comme les dirigeants des États baltes). Ils partagent tous certaines des mêmes faiblesses, dont la moindre n’est pas leur incapacité à gérer une crise complexe.

Lorsque le responsable est incapable de comprendre la complexité d’une crise, nous répondons avec courage et dogmatisme. C’est ce que nous voyons se produire en Europe. Les pays d’Europe de l’Est, en particulier les États baltes et la Pologne, se sont montrés de fidèles serviteurs de la politique américaine. Ils ont également fait preuve d’une gouvernance immature, conflictuelle et à courte vue. Ce sont des pays qui n’ont jamais intégré les valeurs occidentales, qui continuent de célébrer les forces du Troisième Reich et de discriminer leur propre population russophone.

Je ne parle même pas de l’Union européenne, qui s’est farouchement opposée à toute solution diplomatique et n’a fait qu’ajouter de l’huile sur le feu.

Plus vous êtes impliqué dans un conflit, plus vous êtes impliqué dans son issue. Si vous gagnez, tout va bien. Mais si le conflit est un échec, vous en porterez le fardeau. C’est ce qui est arrivé aux États-Unis lors des récents conflits et ce qui se passe en Ukraine. La défaite de l’Ukraine devient la défaite de l’Occident.

Un autre grand perdant de ce conflit est clairement la Suisse. Son statut de neutralité a soudainement perdu toute crédibilité. Début août, la Suisse et l’Ukraine ont conclu un accord qui permettrait à l’ambassade de Suisse à Moscou d’offrir une protection aux citoyens ukrainiens en Russie. Cependant, pour entrer en vigueur, il doit être reconnu par la Russie. Assez logiquement, la Russie a refusé et a déclaré que « la Suisse avait malheureusement perdu son statut d’État neutre et ne pouvait agir comme intermédiaire ou représentant. 

C’est une évolution très sérieuse car la neutralité n’est pas simplement une déclaration unilatérale. Elle doit être acceptée et reconnue par tous pour être efficace. Pourtant, non seulement la Suisse s’est alignée sur les pays occidentaux, mais elle a été encore plus extrême qu’eux. On peut dire qu’en quelques semaines, la Suisse a ruiné une politique reconnue depuis près de 170 ans. C’est un problème pour la Suisse, mais cela peut aussi être un problème pour d’autres pays. Un État neutre peut offrir une issue à une crise. Aujourd’hui, les pays occidentaux cherchent une porte de sortie qui leur permettrait de se rapprocher de la Russie dans la perspective d’une crise énergétique sans perdre la face. La Turquie a assumé ce rôle, mais il est limité, car elle fait partie de l’OTAN.

Figure 3 – Pays et organisations ayant appliqué des sanctions à la Russie. Bien que la Suisse soit un pays neutre, elle occupe la première place. Selon nos propres sources, cela a été fait sous la pression et le chantage des États-Unis. Néanmoins, c’est un coup dur porté au principe même de neutralité qui aura des conséquences dans d’autres conflits futurs.

L’Occident a créé un rideau de fer 2.0 qui affectera les relations internationales pour les années à venir. Le manque de vision stratégique de l’Occident est étonnant. Alors que l’OTAN s’aligne sur la politique étrangère américaine et se réoriente vers la Chine, la stratégie occidentale n’a fait que renforcer l’axe Moscou-Pékin.

TP : Que pensez-vous que cette guerre signifie finalement pour l’Europe, les États-Unis et la Chine ?

JB : Pour répondre à cette question, il faut d’abord répondre à une autre question : « Pourquoi ce conflit est-il plus condamnable et sanctionnable que les précédents conflits déclenchés par l’Occident ?

Après les catastrophes d’Afghanistan, d’Irak, de Libye et du Mali, le reste du monde attendait de l’Occident qu’il aide à résoudre cette crise avec bon sens. L’Occident a répondu exactement à l’opposé de ces attentes. Non seulement personne n’a pu expliquer pourquoi ce conflit était plus répréhensible que les précédents, mais la différence de traitement entre la Russie et les États-Unis a montré qu’on accordait plus d’importance à l’agresseur qu’aux victimes. 

Les efforts pour provoquer l’effondrement de la Russie contrastent avec l’impunité totale des pays qui ont menti au Conseil de sécurité de l’ONU, pratiqué la torture, causé la mort de plus d’un million de personnes et créé 37 millions de réfugiés.

Cette différence de traitement est passée inaperçue en Occident. Mais le « reste du monde » a compris que nous sommes passés d’un « ordre international fondé sur le droit » à un « ordre international fondé sur des règles » déterminé par l’Occident.

Sur un plan plus matériel, la confiscation de l’or vénézuélien par les Britanniques en 2020, des fonds souverains afghans en 2021, puis des fonds souverains russes en 2022 par les États-Unis, a suscité la méfiance des alliés de l’Occident. Cela montre que le monde non occidental n’est plus protégé par la loi et dépend du bon vouloir de l’Occident.

Ce conflit est probablement le point de départ d’un nouvel ordre mondial. 

Le monde ne va pas changer d’un coup, mais le conflit a attiré l’attention du reste du monde. Car quand on dit que la « communauté internationale » condamne la Russie, on parle en fait de 18 % de la population mondiale.

Certains acteurs traditionnellement proches de l’Occident s’en éloignent progressivement.

 Le 15 juillet 2022, Joe Biden rend visite à Mohammed bin Salman (MbS) avec deux objectifs : empêcher l’Arabie saoudite de se rapprocher de la Russie et de la Chine, et lui demander d’augmenter sa production de pétrole. Mais quatre jours plus tôt, MbS a fait une demande officielle pour devenir membre des BRICS, et une semaine plus tard, le 21 juillet, MbS a appelé Vladimir Poutine pour confirmer qu’il respecterait la décision de l’OPEP+. En d’autres termes : pas d’augmentation de la production de pétrole. C’était une gifle à la face de l’Occident et de son représentant le plus puissant.

L’Arabie saoudite a maintenant décidé d’accepter la monnaie chinoise comme moyen de paiement pour son pétrole. Il s’agit d’un événement majeur, qui tend à indiquer une perte de confiance dans le dollar. Les conséquences sont potentiellement énormes. Le pétrodollar a été créé par les États-Unis dans les années 1970 pour financer leur déficit. En forçant d’autres pays à acheter des dollars, cela permet aux États-Unis d’imprimer des dollars sans être pris dans une boucle inflationniste. Grâce au pétrodollar, l’économie américaine, qui est essentiellement une économie de consommation, est soutenue par les économies d’autres pays du monde. La disparition du pétrodollar pourrait avoir des conséquences désastreuses pour l’économie américaine, comme le dit l’ancien sénateur républicain Ron Paul.

De plus, les sanctions ont rapproché la Chine et la Russie, toutes deux visées par l’Occident. Cela a accéléré la formation d’un bloc eurasien et renforcé la position des deux pays dans le monde. L’Inde, que les États-Unis ont méprisée en tant que partenaire « de seconde classe » du « Quad », s’est rapprochée de la Russie et de la Chine, malgré les différends avec cette dernière.

Aujourd’hui, la Chine est le principal fournisseur d’infrastructures du tiers monde. En particulier, sa manière d’interagir avec les pays africains est plus en phase avec les attentes de ces pays. La collaboration avec les anciennes puissances coloniales comme la France et le paternalisme impérialiste américain ne sont plus les bienvenus. Par exemple, la République centrafricaine et le Mali ont demandé à la France de quitter leur pays et se sont tournés vers la Russie.

Lors du sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), les États-Unis ont fièrement annoncé une contribution de 150 millions de dollars pour « renforcer leur position dans la concurrence géopolitique plus large avec la Chine ». Mais en novembre 2021, le président Xi Jinping a offert 1,5 milliard de dollars aux mêmes pays pour lutter contre la pandémie et favoriser la reprise économique. En utilisant leur argent pour faire la guerre, les États-Unis n’ont plus d’argent pour forger et consolider des alliances.

La perte d’influence de l’Occident vient du fait qu’il continue à traiter le « reste du monde » comme des « petits enfants » et néglige l’utilité d’une bonne diplomatie.

La guerre en Ukraine n’est pas le déclencheur de ces phénomènes, qui ont commencé il y a quelques années, mais elle en est très certainement une révélation et un accélérateur.

TP : Les médias occidentaux insistent sur le fait que Poutine pourrait être gravement malade. Si Poutine meurt subitement, cela fera-t-il une quelconque différence pour la guerre ?

JB : Il semble que Vladimir Poutine soit un cas médical unique au monde : il a un cancer de l’estomac, une leucémie a, une maladie inconnue mais incurable et en phase terminale , et serait déjà mort . Pourtant, en juillet 2022, lors du Forum sur la sécurité d’Aspen, le directeur de la CIA, William Burns, a déclaré que Poutine était « en trop bonne santé » et qu’il n’y avait « aucune information suggérant qu’il était en mauvaise santé ». Cela montre comment travaillent ceux qui se prétendent journalistes !

C’est un vœu pieux et, à l’extrémité supérieure du spectre, cela fait écho aux appels au terrorisme et à l’ élimination physique de Vladimir Poutine.

L’Occident a personnalisé la politique russe à travers Poutine, car c’est lui qui a promu la reconstruction de la Russie après les années Eltsine. Les Américains aiment être champions quand il n’y a pas de concurrents et voient les autres comme des ennemis. C’est le cas de l’Allemagne, de l’Europe, de la Russie et de la Chine.

Mais nos « experts » connaissent peu la politique russe. Car en réalité, Vladimir Poutine est plutôt une « colombe » dans le paysage politique russe. Compte tenu du climat que nous avons créé avec la Russie, il ne serait pas impossible que sa disparition conduise à l’émergence de forces plus agressives. N’oublions pas que des pays comme l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne ou la Géorgie n’ont jamais développé les valeurs démocratiques européennes. Ils ont toujours des politiques discriminatoires envers leurs Russes ethniques qui sont loin des valeurs européennes, et ils se comportent comme des agents provocateurs immatures. Je pense que si Poutine devait disparaître pour une raison quelconque, les conflits avec ces pays prendraient une nouvelle dimension.

TP : Dans quelle mesure la Russie est-elle unifiée actuellement ? La guerre a-t-elle créé une opposition plus sérieuse que celle qui existait auparavant en Russie ?

JB : Non, au contraire. Les dirigeants américains et européens ont une mauvaise compréhension de leur ennemi : le peuple russe est très patriote et cohésif. L’obsession occidentale de « punir » le peuple russe n’a fait que le rapprocher de ses dirigeants. En fait, en cherchant à diviser la société russe dans le but de renverser le gouvernement, les sanctions occidentales – y compris les plus stupides – ont confirmé ce que le Kremlin dit depuis des années : que l’Occident a une haine profonde des Russes. Ce qui était autrefois considéré comme un mensonge est maintenant confirmé dans l’opinion russe. La conséquence est que la confiance du peuple dans le gouvernement s’est renforcée.

Les cotes d’approbation accordées par le Centre Levada (considéré par les autorités russes comme un « agent étranger ») montrent que l’opinion publique s’est resserrée autour de Vladimir Poutine et du gouvernement russe. En janvier 2022, le taux d’approbation de Vladimir Poutine était de 69 % et celui du gouvernement de 53 %. Aujourd’hui, la cote d’approbation de Poutine est stable à environ 83 % depuis mars, et celle du gouvernement est à 71 %. En janvier, 29% n’approuvaient pas les décisions de Vladimir Poutine, en juillet ce n’était que 15%.

Selon le Centre Levada, même l’opération russe en Ukraine bénéficie d’une majorité d’opinions favorables. En mars, 81 % des Russes étaient favorables à l’opération ; ce chiffre est tombé à 74%, probablement en raison de l’impact des sanctions fin mars, puis il est remonté. En juillet 2022, l’opération recueille 76 % de soutien populaire .

Figure 4 – Tous les Russes ne soutiennent pas l’opération spéciale en Ukraine, mais les trois quarts de la population le font. Les crimes de guerre ukrainiens, les sanctions occidentales et la bonne gestion de l’économie par les autorités russes expliquent ce soutien. Source ]

Le problème est que nos journalistes n’ont ni culture ni discipline journalistique et ils les remplacent par leurs propres convictions. C’est une forme de complot qui vise à créer une fausse réalité basée sur ce que l’on croit et non sur les faits. 

Par exemple, peu savent (ou veulent savoir) qu’Aleksey Navalny a déclaré qu’il ne rendrait pas la Crimée à l’Ukraine . Les actions de l’Occident ont complètement anéanti l’opposition, non pas à cause de la « répression de Poutine », mais parce qu’en Russie, la résistance à l’ingérence étrangère et le profond mépris de l’Occident pour les Russes est une cause bipartite. Exactement comme la haine des Russes en Occident. C’est pourquoi des personnalités comme Aleksey Navalny, qui n’ont jamais eu une très grande popularité, ont complètement disparu du paysage médiatique populaire.

De plus, même si les sanctions ont eu un impact négatif sur l’économie russe, la manière dont le gouvernement a géré les choses depuis 2014 montre une grande maîtrise des mécanismes économiques et un grand réalisme dans l’appréciation de la situation. Il y a une hausse des prix en Russie, mais elle est beaucoup plus faible qu’en Europe, et tandis que les économies occidentales augmentent leurs taux directeurs, la Russie baisse les siens.

La journaliste russe Marina Ovsyannikova a été illustrée comme une expression de l’opposition en Russie. Son cas est intéressant car, comme d’habitude, on ne dit pas tout.

Le 14 mars 2022, elle a provoqué des applaudissements internationaux en interrompant le programme d’information russe First Channel avec une affiche appelant à mettre fin à la guerre en Ukraine . Elle a été arrêtée et condamnée à une amende de 280 $.

En mai, le journal allemand Die Welt lui propose un poste en Allemagne , mais à Berlin, des militants pro-ukrainiens manifestent pour que le journal mette fin à sa collaboration avec elle . Le média Politico a même suggéré qu’elle pourrait être un agent du Kremlin !

Du coup, en juin 2022, elle quitte l’Allemagne pour vivre à Odessa, sa ville natale. Mais au lieu d’être reconnaissants, les Ukrainiens l’ont inscrite sur la liste noire des Mirotvorets où elle est accusée de trahison, « participation aux opérations spéciales d’information et de propagande du Kremlin » et « complicité avec les envahisseurs ».

Le site Mirotvorets est une « liste noire » d’hommes politiques, de journalistes ou de personnalités qui ne partagent pas l’opinion du gouvernement ukrainien. Plusieurs des personnes figurant sur la liste ont été assassinées. En octobre 2019, l’ONU a demandé la fermeture du site, mais cela a été refusé par la Rada . A noter qu’aucun de nos grands médias n’a condamné cette pratique très éloignée des valeurs qu’ils prétendent défendre. Autrement dit, nos médias soutiennent ces pratiques autrefois attribuées aux régimes sud-américains.

Figure 5 – Darya Dugina marquée comme « Liquidée ».

Ovsyannikova est ensuite retournée en Russie, où elle a manifesté contre la guerre , qualifiant Poutine de « tueur », et a été arrêtée par la police et assignée à résidence pendant trois mois. À ce moment-là, nos médias ont protesté.

A noter que la journaliste russe Darya Dugina, victime d’un attentat à la bombe à Moscou le 21 août 2022, figurait sur la liste Mirotvorets et son dossier portait la mention « liquidé ». Bien sûr, aucun média occidental n’a mentionné qu’elle était visée par le site Mirotvorets, considéré comme lié au SBU, ce qui tendrait à étayer les accusations de la Russie.

La journaliste allemande Alina Lipp, dont les révélations sur les crimes ukrainiens et occidentaux dans le Donbass sont troublantes, a été placée sur le site Mirotvorets . De plus, Alina Lipp a été condamnée par contumace à trois ans de prison par un tribunal allemand pour avoir affirmé que les troupes russes avaient « libéré » des zones en Ukraine et ainsi « glorifié des activités criminelles ». Comme on peut le voir, les autorités allemandes fonctionnent comme les éléments néo-nazis en Ukraine. Les politiciens d’aujourd’hui font honneur à leurs grands-parents !

On peut conclure que même s’il y a des gens qui s’opposent à la guerre, l’opinion publique russe soutient massivement son gouvernement. Les sanctions occidentales n’ont fait que renforcer la crédibilité du président russe.

En fin de compte, mon propos n’est pas de prendre la même approche que nos médias et de remplacer la haine de la Russie par celle de l’Ukraine. Au contraire, c’est pour montrer que le monde n’est ni noir ni blanc et que les pays occidentaux sont allés trop loin. Ceux qui ont de la compassion pour l’Ukraine auraient dû pousser nos gouvernements à mettre en œuvre les solutions politiques convenues en 2014 et 2015. Ils n’ont rien fait et poussent maintenant l’Ukraine à se battre. Mais nous ne sommes plus en 2021. Aujourd’hui, nous devons accepter les conséquences de nos non-décisions et aider l’Ukraine à se redresser. Mais cela ne doit pas se faire aux dépens de sa population russophone, comme nous l’avons fait jusqu’à présent, mais avec la population russophone, de manière inclusive. Si je regarde les médias en France, en Suisse et en Belgique, on est encore très loin du but.

TP : Merci beaucoup, M. Baud, pour cette discussion des plus éclairantes.

Cette entrée a été publiée dans Eurasie , Europe , Géopolitique , Interview , Russie , What’s Current and tagged Amérique , société . Ajoutez le permalien à vos favoris .

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2 réflexions sur “« Nous fournissons les armes, vous fournissez les cadavres », nouvelles révélations de jacques Baud. Les medias occidentaux ont construit une réalité virtuelle!

  1. « Une issue pour la Grande-Bretagne, les États-Unis, l’UE ou la France serait de supprimer Zelensky. C’est pourquoi, avec la détérioration de la situation en Ukraine, je pense que Zelensky commence à se rendre compte que sa vie est menacée ». Je conserve cette éventualité, le cas échéant.

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  2. Bonjour Mr Bertez,

    J ai toujours plaisir de vous suivre dans la lecture de vos articles et dans vos pistes de réflexion concernant le fonctionnement de notre monde actuel.

    L Ukraine est comparable à la France de 1940 où les anglos saxons luttaient à mort contre la menace communiste.

    Aujourd’hui c est l affrontement de survie pour le capitalisme anglo saxon contre le nationalisme du reste du monde en Ukraine.

    Cordialement.

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