Editorial. Vous avez une occasion unique de comprendre ce qui se passe. Le monde va faire de terribles découvertes, de terribles révélations.

Bruno Bertez

Le 2 Octobre 2022.

J’explique depuis le début des années 80 que la finance mondiale est fondée sur des illusions, des mensonges et des tromperies.

Ces illusions, ces mensonges et ces tromperies ont toutes le même objectif: faire croire que la rentabilité, la performance des investissements financiers peuvent être supérieures à ce qu’elles sont naturellement.

Tout a commence il y a longtemps.

Il s’agissait de construire un univers financier autonomisé, dont la taille, la masse peuvent s’écarter durablement et sans limite de l’économie réelle qu’il est censé représenter.

Construire un ensemble imaginaire et imaginé dont on peut faire croire qu’il est aussi bon, aussi liquide et aussi valable que la monnaie, mais qui rapporte.

Construire une univers imaginaire de signes dans lequel on déclare que le risk est mathématique, endogène à ce système , c’est à dire mesuré par sa volatilité et non pas comme dans le réel, non-mesurable.

Bref il s’agissait de construire une autre univers désancré, tout en faisant croire qu’il était encore ancré; tout en faisant croire qu’il était liquide , rentable et sans risque.

L’opération consistait à transférer sur les actifs financiers , le caractère de la monnaie que l’on peut appeler la monnaie-itude.

En clair faire prendre les vessies pour des lanternes.

Transformer le long en court, le peu rentable en hyper rentable, le très risqué en sans-risque, l’eau des égouts en eau claire, le plomb en or, le subprime en triple AAA.

Il s’agissait de l’alchimie. Vous m’avez compris.

Mais c’était possible grâce au changement de rôle des banques centrales celles ci devaient devenir activistes. Elles devaient évoluer du rôle de prêteurs de dernier ressort avec des règles, vers le rôle de garants de la monnaie-itude, rôle discrétionnaire.

La fonction nouvelle de la sphère financière élargie comme espace de création de Valeur puis libérée et enfin autonomisée devait créer l’organe et cet organe été créé au fil des ans depuis les années 80.

Pour assumer et assurer ce rôle de garant de la monnaie-itude de dernier ressort, les banques centrales devaient donc fournir la liquidité , faire baisser les taux, effondrer le prix du différé dans le temps, effondrer le prix du risk bien sur, et transmuter tout problème de solvabilité en question de liquidité. Autrement dit il fallait faire baisser les taux d’intérêt réels malgré la borne du zéro, assurer tous les risques en soutenant les cours boursiers par les QE, faire baisser la volatilité et le prix du risque , proclamer le PUT.

Proclamer le PUT c’est proclamer la monnaie-itude puisque c’est annoncer que toujours on peut spéculer, toujours la banque centrale viendra assurer la liquidité, fournira un filet de sécurité, et fournira la contrepartie par son bilan quand il y aura un pépin.

Le sens profond de la dérégulation, c’est la Loterie de John Law: il s’agit de brancher une colossale loterie sur le marché financier global avec un gérant/gagnant/croupier de la Loterie qui aurait été simplement la Fed, le créateur de dollars, le pourvoyeur de taux bas et d ‘assurances de dernier ressort!

On peut créer de la Valeur sans créer de Richesses, on peut déconnecter durablement la masse des signes monétaires, quasi-monetaires , near-monétaires, de la réalité économique qu’ils sont censés représenter. C’est l’affirmation centrale, princeps.

On peut différer et diff-erer au sens de Derrida. on peut jouer les apprentis sorciers à la Faust et à la Méphistophélès, c’est à dire disjoindre les ombres des corps, autonomiser les ombres, les faire s’agiter sur des espaces de fiction envahissants comme le sont les marchés.

On a réussi à disjoindre la monnaie de son sous-jacent, de ses sous jacents, -l’or, le travail.

L’équivalent général des marchandises est devenu l’équivalent général de tous les désirs, de tous les espoirs, de tous les rêves. Pourquoi ne pas tenter de disjoindre les Valeurs financières de leur sous jacent, la production économique?

Cela s’appelle déconstruire ! On a crée le café sans caféine, le whisky sans alcool, le sexe sans reproduction, le plaisir sans amour, le tableau non figuratif, l’homme sans attribut masculin, l’égalité dans l’inégalité, la mêmitude dans la différence, la propagande sans verité etc ,

On a tout déconstruit, pourquoi ne pas déconstruire la finance? Elle s’y prête merveilleusement bien car la finance est fondée sur la séparation des ombres et des corps, sur le report dans le temps, sur la probabilité, sur la naïveté …

L’investissement productif ne rapporte pas assez, pourquoi ne pas le bonifier par l’ingénierie financière?

La dérégulation a été inspirée par la prétention démiurgique de dépasser le problème de la profitabilité insuffisante, de l’épargne trop limitée , de limites de l’endettement et des fonds propres trop réduits dans les banques .

Cette dérégulation est une sorte dopage à la John Law c’est à dire qu’elle joue sur les probabilités. La probabilité suprême au centre de l’Experience c’est celle que l’argent qui est piégé dans les actifs financiers , dans les quasi-monnaies, dans les billets de loterie: il faut qu’il n’en sorte jamais.

Jamais il ne partira à la recherche de ses contrevaleurs, jamais les Princes ne demanderont le remboursement de leur fausse monnaie en or, jamais ces fausses Valeurs ne repartiront dans le Réel. Toujours, toujours les valeurs financières resteront dans l’univers du papier et des promesses.

D’où l’intérêt d ‘avoir crée le paradigme risk-on/risk-off! Avec cette lecture du monde, l’argent reste piégé entre les valeurs à risk , les actions/obligations et les valeurs dites sans risk , les fonds d’état; ainsi on escamote la réalité qui est que les fonds d’état et les papiers des gouvernements sont risqués eux aussi et qu’en réalité il y a longtemps que les gouvernements sont insolvables. On a fermé le piège dans l’imaginaire, avec la création du paradigme risk-on/risk-off!

Depuis le premier jour on sait que si l’argent un jour sort pour aller dans le Réel , alors le système sautera.

D’où la politique qui a consisté à multiplier les marchés-papier comme ceux du pétrole ou de l’or.

La déconnexion du marché de l’or-papier a ouvert la possibilité de déconnecter la demande d’or du marché de l’or réel. Il s’agissait rendre sans limite, de rendre infinie la capacité de satisfaire la demande d’or en éliminant l’or physique. Il s’agissait de faire « jouer » dans un univers ou on interdisait que la rareté se manifeste par la hausse des prix.

Le marché de l’or papier n’a pas de limite, celui de l’or physique en a une qui a été depuis longtemps dépassée. Le marché de l’or papier est une colossale vente à découvert de l’or physique. C’est un exemple. Mais beaucoup de choses physiques ont été transformées en classes d’actifs comme on dit, c’est à dire en papier.

Titre du FT : « La semaine qui a détruit nos finances personnelles au Royaume-Uni« . 

Non le FT ment. Les « finances personnelles » du Royaume-Uni n’ont pas été ruinées cette semaine. Vous ne détruisez pas le système de retraite britannique en une semaine. Le naufrage dure depuis des années, voire des décennies. Une politique malavisée s’est concentrée sur le gonflement de la valeur des obligations, des actions et d’autres actifs financiers. Un écart considérable s’est développé entre la valeur perçue des actifs financiers et la véritable valeur économique des actifs réels qui sous-tendent les pensions et les finances personnelles britanniques et mondiales. Cette semaine a été marquée par un réajustement désordonné des valeurs obligataires britanniques grossièrement gonflées et la panique associée. Ces types d’ajustements sont brutalement déstabilisants.

Comme je l’ai expliqué le Titanic britannique , mal conçu, mal ajusté a rencontré un iceberg et cet iceberg dont on ne voit que le pointe est colossal.. de taille mondiale.

Tout est dit, de la bouche du cheval, car le FT, plus que le WSJ c’est la bouche du cheval de la finance: en une semaine!

Le FT est la pierre angulaire, la poutre maitresse du système mensonger que l’on a bâti.

Et ici le FT dit , il dit la Vérité du système , à savoir que le système repose sur un mensonge. Il veut nous faire croire que la richesse vient d’être détruite en une semaine! La Verité cristalline pourtant c’est que le problème est réel et qu’il ne date pas d’hier et que la richesse dont on nous parle était fictive. .

« Un écart considérable s’est développé entre la valeur perçue des actifs financiers et la véritable valeur économique des actifs réels qui sous-tendent les pensions et les finances personnelles britanniques et mondiales. »

Cet écart s ‘est creusé pendant des décennies!

Cet écart s’est construit sur la faille, sur le gap, sur le désajustement et en définitive sur cette folie moderne que l’on doit appeler la déconstruction, la destruction du lien entre le réel et les signes qui sont censés le représenter.

De nombreux analystes sont convaincus que la soi-disant « grande crise financière » aurait été évitée si la Réserve fédérale US avait agi tôt pour renflouer Lehman Brothers. Mais ils passent à côté de l’analyse adéquate qui est que des trillions de titres et de produits dérivés étaient mal évalués et pas seulement dans l’univers hypothécaire. Le gouffre entre les valeurs de marché/perçues des actifs financiers et la richesse économique réelle/la capacité de création de richesse, ce gouffre s’est considérablement creusé au cours des 40 dernières années. .

Hier j’ai écrit ceci, je vous conseille de le relire et de l’assimiler, c’est central :

La situation difficile des marchés n’est pas due à un cygne noir, non, le cygne c’est simplement le facteur déclenchant d’une crise qui est inéluctable, nécessaire et déjà écrite; la crise est contenue dans la situation tout comme l’épi de blé à venir est contenu dans le grain qui a été semé.

La crise n’est ni conjoncturelle ni accidentelle, elle est structurelle; radicale.

je l’ai analysée ci dessus de façon abstraite, conceptuelle mais on peut l’exprimer de façon vulgaire:

la structure du marché est pourrie car elle repose sur trois bases:

1) La surévaluation des actifs financiers qui n’est pas soutenue par la richesse économique sous-jacente. 

2) Le Surendettement qui a gagné tout le système . 

3) l’Ingénierie, le transfert, la dissémination, les fausses assurances et la gestion des risques.

Il y a aujourd’hui une surévaluation radicale des actifs financiers pratiquement dans tous les domaines. 

Les marchés des créances ne se sont pas encore entièrement réévalués en réponse à la dynamique de l’inflation, au surendettement et au ralentissement de la croissance.

Les dettes n’ont pas intégré le ralentissement historique de la croissance, et la dépréciation systémique associée à la transition climatique. 

Les actions ne se sont pas dépréciées pour tenir compte du nouveau monde à risque extrêmement élevé, d’instabilité, de vulnérabilité économique, de péril géopolitique, d’impuissance politique, de changement climatique et probablement d’effondrement des bénéfices.

Par dessus tout aucune valorisation ne tient compte de la probable mutation de l’ordre social , politique et géopolitique qui va découler de toute cette conjonction de facteurs négatifs.

L’ordre social, celui qui permet aux uns de s’attribuer les richesses et le travail des autres, va être ébranlé car l’ordre social est toujours une résultante d’un rapport de forces et non un projet, une volonté . Les rapports de forces bougent.

La recherche des effets de levier n’a été possible que dans le monde prétendu parfait que j’ai décrit et analysé ci dessus,. Ce monde , qu’on le veuille ou non est condamné de façon endogène, il s’auto détruit sous nos yeux , il ne survit que dans le simulacre, en artefact.

Soit volontairement soit par crise de destruction des dettes, le système mondial va se désendetter nous ne sommes qu’à la première phase de désendettement. 

Les théories ne produisent pas le réel, c’est l’inverse, les théories sont des productions du réel, des productions qui prennent naissance pour donner rationalité au réel, pour accompagner les mutations du réel comme ce fut le cas en 1980 ou on inventé les idées qui allaient accompagner la dérégulation/financiarisation. Les théories financières ont produit à leur tour l’alchimie financière, l’œuvre au noir des marchés. De nouvelles théories vont voir le jour, se diffuser , l’ingénierie ancienne va mourir de mort violente.

Transformer des trillions de crédits et de dettes risquées de fin de cycle, en titres de qualité investissement, pour gaver les fonds de pension, l’épargne collective et les assurances, c’est fini.

Le monde va faire de terribles découvertes: les actifs anciens ne valent rien ou pas grand chose, il n’y a pas assez de vrais capitaux propres dans le système , il n’y a que des dettes, il n’y a pas assez de profit pour soutenir tout cela, il n’y a que des malversations comptables à la Enron.

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6 réflexions sur “Editorial. Vous avez une occasion unique de comprendre ce qui se passe. Le monde va faire de terribles découvertes, de terribles révélations.

  1. Merci, M Bertez.
    Pourtant, vous dites également que les banques centrales ont encore plein d’outils en réserve avant le chaos ( méga QE apportant de la liquidité, corralito des dépôts bancaires, répression financière…).
    Qu’est-ce qui pourrait déclencher l’Armaggedon, la réconciliation, la vraie ?
    Une guerre ?
    Un cygne noir ?
    Un réajustement géopolitique ?
    Tout à la fois ?

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    1. La destruction est une nécessité.
      Cela n’empêche pas les élites de pouvoir les repousser et d’utiliser tous les ressorts et outils dont ils disposent pour le faire.

      Il y a encore beaucoup d ‘outils et cela peut durer encore longtemps.

      Le facteur declenchant peut survenir demain ou dans 5 ans.

      Le fond de la boite a outils, c’est la connerie humaine;, c’est elle qui perme de faire prendre les vessies pour des lanternes et de repousser les échéances .

      Les élites iront jusqu’au bout -c’est une opinion, mais le bout existe.

      Le nominalisme c’est dire la découverte que les mots peuvent dire autre chose que ce pourquoi ils ont été crées et utilisés dans le passé, ce nominalisme est un outil fantastique dans les mains de ceux qui détiennent les mendias et le pouvoir.

      A force de dire que deux et deux font cinq, cela s’impose
      a force de dire qu’ un hommes est une femme cela s ‘impose
      a force de dire un dollar est un dollar on y croit etc…

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      1. À moins que la destruction qu’ils savent nécessaire et inéluctable ne soit volontairement déclenchée, contrôlée et accompagnée. Puis profiter du chaos pour imposer un nouveau système encore plus subtilement totalitaire.

        C’est moins risqué que « d’aller jusqu’au bout »,, moins risqué que la perte de contrôle aux extrémités… Cela s’est déjà produit dans d’autres sphères n’est-ce pas… la démolition contrôlée.

        (Pour cette raison je doute un peu du pivot de la Fed. Pour le moment, avec la remontée des taux le monde s effondre et le centre $ aspire et s’accapare ce qu il reste de valeurs. Si l effondrement/le déluge est souhaité, il suffit de continuer.)

        Merci pour vos articles. Heureusement que je vous lis depuis un moment, je n’aurais rien compris à celui-ci sinon 🙂

        TD

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