Editorial: Pour refaire un tour sur le manège enchanté, Il faudrait faire dix fois plus de tout ce que l’on a fait qui a conduit aux crises, et pour une fois, on ne peut pas le faire!

En 1987 j’ai assisté à une émission de téléréalité; un crash financier en direct!

Une longue phase de financiarisation a culminé par le krach du lundi noir du mois d’octobre.

Le marché financier mondial s’est disloqué. J’ai cru que c’était la fin du monde, et je l’ai cru d’autant plus facilement que cela correspondait à mes attentes.

Depuis le début des années 80, farouche opposant à la montée de la finance, je critiquais la dérégulation financière et les évolutions de plus en plus déséquilibrées de la finance. de la finance et de la monnaie. Donc je m’attendais à ce krach.

Mais j’ai commis une erreur; j’ai cru que c’était le krach final; la fin d’une Expérience que j’avais identifié comme une répétition de l’expérience de John Law. La création de monnaie et de crédit adossés aux assets, aux actifs , et non pas solvabilisés par les flux et les cash flows . Dans le Système de Law , on crée du crédit adossé à des actifs, cela permet d ‘acheter plus d’actifs, les prix des actifs montent , ils se détachent de la rentabilité, donc on peut s’endetter encore plus en adossant la production de crédit sur les actifs bullaires.

C’est le cercle, qui, caressé devient vicieux.

En fait ce n’était que le premier choc d’une longue série.

Greenspan a nettoyé et monétisé l’éclatement de 1987, il a initié le célèbre « Put ». il est devenu le Maestro, le Magicien.

Cela m’a servi de leçon et je me suis dit que la valeur ajoutée de la réflexion ce n’est pas de prédire le krach et de le commenter à longueur de colonnes, non c’est l’inverse; la valeur ajoutée c’est de comprendre et d ‘expliquer pourquoi, alors que tout conduit au krach et à la destruction celle ci ne vient pas, pourquoi elle est sans cesse repoussée, pourquoi l’Armageddon c’est comme Godot, on l’attend toujours. Le système après un accident terrible a réussît à se survivre et à se régénérer.

J’en ai conclu que l’on entrait vraiment dans un monde nouveau, fait pour durer et j’ai tiré la conclusion que la régulation ancienne par les cycles de taux courts et les budgets était terminée, on allait vers l’illusion que les cycles étaient finis et qu’on pouvait y échapper par la magie de la gestion des apprentis sorciers et autres démiurges.

J’ai appelé cela « le mode de régulation longue par les bulles »; on fabrique des bulles pendant longtemps grâce à la production de crédit de moins en moins cher ,- il en faut de plus en plus- cela agit sur les prix des actifs et crée de la richesse perçue, ce sont les effets de richesse qui déterminent l’activité économique et quand le système est devenu beaucoup, beaucoup trop déconnecté de la réalité alors on monte les taux et on crève la bulle; puis quand la bulle crève on nettoie, on reprend le mouvement de baisse des taux, de la création de crédit et de formation de bulles dans d’autres domaines car il faut changer de cheval porteur de bulle.

.J’ai compris dès cette l’époque que ce serait la première de nombreuses crises à venir.

 Il y a eu les crises Saving and Loans, -les S & L- au début des années 90 ; puis la crise du marché obligataire et des dérivés de 1994 ; puis la crise mexicaine de la « tequila » en 1995 ; puis la dévastatrice bulle des tigres asiatiques en 1997 ; puis la débâcle LTCM/Russie en 1998 ; puis  l’éclatement de la bulle technologique en 2000 ; puis le 11 septembre ; puis la crise de la dette corporate de 2002 ; puis l’effondrement de la bulle du financement hypothécaire dite des subprime en 2008 ; puis la crise de la dette européenne de 2011/2012 ; puis la crise pandémique de 2020 et maintenant la crise multiforme, multi causée de l’énergie, de la guerre , des chaines d’approvisionnements, de la grève sociétale des salariés.

Je prétends que seule mon analyse, solidement insérée dans mon cadre analytique de critique du capitalisme, permet de comprendre sans contorsion ou malhonnêteté intellectuelle comment des catastrophes à répétition, une croissance durablement ralentie, une érosion de la productivité, un système bancaire gravement affaibli se sont transformés en l’un des plus grands marchés boursiers haussiers de l’histoire économique. Et en meme temps comment a été produit un système d’inégalités astronomiques .

Je pense que le système mondial vacille.

Il ne vacille pas à cause de ses excès mais à cause de faits nouveaux à savoir l’irruption du Réel dans la Sphère financière.

La Sphère financière est fondée sur l’infinitude, sur l’absence de limites et le dérivable.

La Sphère du réel reste caractérisée par la rareté, les limites, le fractal, la discontinuité qui la rendent non-dérivable.

Le Réel se réintroduit dans l’imaginaire financier. L’imaginaire financier n’est plus clos.

Et maintenant, avec les bulles chancelantes et les conditions financières mondiales qui se resserrent, je pense que les décideurs politiques mondiaux ont perdu le contrôle de la dynamique des bulles.

De toute évidence, ils ne contrôlent pas la dynamique de l’inflation des prix des biens et des services.

L’inflation relativement modérée des prix à la consommation face à une inflation monétaire massive était le résultat d’une conjonction exceptionnelle dans l’histoire: défaite historique de la classe salariée, mondialisation, montée en puissance de la Chine, l’innovation technologique, digitalisation, montée de la communication et de l’Orwellisation etc.

L’argent, le crédit, la fortune, tout cela est allé se loger dans l’imaginaire financier. L’inflation des actifs financiers et les bulles spéculatives ont tous contribué à réprimer les prix à la consommation en captant les flux de monnaie excédentaires. Les marchés ont agi comme un piège pour retenir le Pognon.

Le Réel s’est réintroduit par de multiples brèches que je n’analyse pas ici . Mais les élites y ont contribué par leur connerie dans la mesure ou elles ont réintroduite la rareté dans un système qui ne peut la supporter! Elles l’ont réintroduite en voulant récupérer -pour imposer l’austérité aux salariés- la thématique climatique et le malthusianisme qui en découle.

Elles ont persuadé comme l’a dit de façon idiote Macron que:

« la période d’abondance est terminée »

Avec la fragmentation mondiale, la dé-globalisation, la préparation de la guerre, le nouveau rideau de fer, les problèmes de la chaîne d’approvisionnement, les déséquilibres entre l’offre et la demande de matières premières, les problèmes de changement climatique, la dislocation sociale, l’inflation des prix des biens et services, les politiques d’argent gratuit ne sont plus possibles alors que plus que jamais elles sont nécessaires!

Pour refaire un tour sur le manège enchanté, Il faudrait faire dix fois plus de tout ce que l’on a fait qui a conduit aux crises, et pour une fois, on ne peut pas le faire!

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5 réflexions sur “Editorial: Pour refaire un tour sur le manège enchanté, Il faudrait faire dix fois plus de tout ce que l’on a fait qui a conduit aux crises, et pour une fois, on ne peut pas le faire!

  1. C’est un jardin extraordinaire
    Ils y a des canards qui parlent anglais
    j’leur donne du pain, ils remuent leur derrière
    …Il y a des oiseaux qui tiennent un buffet
    ils vendent du grain, des petits morceaux de gruyère
    Ils ont pour clients M. LeMaire et l’sous Préfet…

    Las, ils se trouvèrent fort dépourvus
    quand la bise fut venue….*

    Cordialement
    * C. Trenet & J de la Fontaine

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  2. Oui le retour de l’inflation c’est le retour du réel et ça complique la tâche des marionnettistes.

    Les promesses par les bulles c’était le prolongement du système par la carotte mais là les autorités doivent passer au bâton autrement dit à taper sur les revendications salariales plus légitimes que jamais en conséquences de l’inflation.

    On le voit avec la réthorique gouvernementale en France ou l’on nous ressort la tarte à la crème de grévistes privilégiés pour monter les français contre eux.

    Pire encore, on les compare à des terroristes pour mieux aller les massacrer façon gilets jaunes.

    Si les autorités ne peuvent pas réinflater très vite il y aura beaucoup de mains arrachées et d’oeils crevés.

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  3. Si je comprends bien, le monde unipolaire apparu à la suite de l’effondrement de l’URSS et de la globalisation a permis à la sphère financière de s’échapper de la réalité en devenant imaginaire; mais le monde multipolaire qui se dessine aujourd’hui engendre un retour de la finance vers le monde réel.
    En d’autres termes, un monde multipolaire, de par les antagonismes qu’il créé, impose le principe de réalité.

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    1. C’est une façon de le dire qui me convient tout a fait .

      La fin de l’histoire de l’imbécile nain de la réflexion qu’est Francis Fukuyama , cette fin de l’histoire est finie; la page se tourne.

      Les structuralistes ont perdu, les post modernistes qui sont leurs successeurs aussi, le matérialisme historique reprend sa terrible marche dialectique.

      Le réel, le matériel reviennent balayer tout cela et toutes ces cliques;
      les luttes, le sang et les larmes sont le moteur de l’Histoire, pas les masturbations des branleurs de l’imaginaire.

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