La stratégie d’encerclement politico juridique de la Russie.

Ce texte est intéressant.

Il présente cependant un biais, un biais radical, ontologique si le terme peut être torturé.

Il est pensé et écrit par quelqu’un qui est traversé par la culture, le vocabulaire, les structures et les formes de pensée du « milliard doré ».

On peut voir les choses tout a fait autrement puisque le combat que mène la Russie et qui aussi un peu celui de la Chine, c’est précisément pour une autre façon de voir le monde, de l’organiser, de l’habiter, et de cohabiter.

Les points de vue ne se complètent pas, ils ne s’opposent pas non non plus, ils ressortent de deux univers différents. Ils sont parallèles, ils ne se rencontrent pas et c’est peut être a ce niveau que se noue et se joue le drame.

ОПУБЛИКОВАНО 14.10.2022 · ОБНОВЛЕНО 14.10.2022

L’impression d’une entrée en guerre de l’Europe contre la Russie se précise.

Cette entrée en guerre n’est pas réalisée, pour l’instant, sous la forme d’une confrontation militaire directe, même si le discours européen monte dangereusement en puissance, mais elle se dirige juridiquement pour une contestation de l’étaticité de la Russie.

Et pour cela, le discours médiatique de l’ennemi, centré sur Poutine entraînant une Russie, devenue «terroriste» lorsqu’elle se défend, s’accentue dans un espace médiatique, qui ne supporte plus la nuance.

Une stratégie à trois niveaux se met en place contre la Russie.

En dehors de l’armement de l’Ukraine, l’étau, qui se resserre autour de la Russie, fonctionne sur trois plans à la fois :

-celui des organismes internationaux, qui doivent en faire un Etat-paria ;

-celui de la communication, qui doit contrôler totalement le discours public, afin de faire de Poutine un monstre déséquilibré et la Russie un Etat criminel à la déroute, justifiant alors une action armée contre elle ;

celui de la justice internationale, qui doit ainsi arriver comme un Deus ex Machina sauver la face du monde global atlantiste. 

L’ONU et le Conseil de l’Europe dans la constitution 

de la «Russie, Etat terroriste»

Les organismes internationaux mis en place suite à la Seconde Guerre mondiale ont perdu depuis la chute de l’URSS leur qualité «internationale», pour se transformer en organes de gouvernance globale, faute de pluralité de centres de pouvoir. Si la Russie est revenue sur la scène internationale, elle n’est pas encore en mesure de constituer un pôle de pouvoir politique alternatif. Les différentes organisations régionales fonctionnent sur le plan économique, mais leur capacité de résistance politique est très faible, d’autant plus qu’ils ont parfaitement intégré les dogmes du monde global (et reprennent même aujourd’hui la grande peur médiatique de la grande famine globale).

Dans ce contexte général et dans celui du conflit provoqué en Ukraine depuis 2004 contre la résistance russe, la radicalisation de la ligne de ces organes accompagne la montée en puissance de la dimension militaire. Dans un premier temps, l’ONU a lancé une procédure extraordinaire contre un membre permanent du Conseil de sécurité, à savoir la nomination d’un rapporteur spécial pour les droits de l’homme en Russie. La justification est simple : le peuple russe serait pris en otage par un régime totalitaire, il faut donc sauver le peuple russe — de lui-même, manifestement. Il est vrai que cette démarche s’appuie que le rapport de la très américaine Freedom House, dont l’objectivité n’est pas même discutée, puisqu’elle n’existe pas.

«‘With this vote, Council members have pledged their support to Russian civilians and civil society groups as they are under attack from an increasingly violent and totalitarian State,’ said Phil Lynch, Executive Director of the International Service for Human Rights.»

Ensuite, l’AG de l’ONU a été sommée de se prononcer contre les référendums tenus dans les régions de Donetsk, Lougansk, Kherson et Zaporojié, où les populations votantes ont demandé leur rattachement à la Fédération de Russie. Il est vrai que l’entrée de ces territoires en Russie conduit à un changement de qualité des tirs menés contre ces territoires et à un changement de statut du conflit (voir notre texte ici). Le vote est sans grande surprise, même si Borrell est inquiet du niveau d’abstention — l’unanimité exigée dans tout système totalitaire n’ayant pas été obtenue:

Ce vote montre bien que si la Russie arrive à déstabiliser le monde global, et la géographie des abstentions le montre parfaitement, elle n’a pas encore pu monter un pôle de pouvoir alternatif pouvant imposer son ordre du jour ou imposer l’ordre du jour globaliste.

Parallèlement, le Conseil de l’Europe, dont l’Assemblée parlementaire (APCE) a été totalement phagocytée par les pays russophobes, adopte à 99 voix sur 100 une résolution, qui n’a qu’une valeur politique, certes, mais dont il ne faut pas sous-estimer le poids comme feuille de route. Suite à la condamnation de la Russie pour son «agression» de l’Ukraine (n’oublions pas que le conflit ukrainien, pour les autorités atlantistes, est sorti de son contexte et ne commencerait qu’en février avec l’intervention militaire russe) et le rattachement des territoires, fait trois propositions, qui méritent d’être relevées :

  1. Condamnation politique de la Russie et soutien inconditionnel et multiforme à l’Ukraine : cette position est non négociable et manifestement supérieure à l’intérêt national, qui n’a plus raison d’être dans le monde global, puisque le conflit doit durer jusqu’à la disparition de la Russie, quel qu’en soit le prix à payer par les pays européens.
  2. Réforme du fonctionnement de l’ONU, avec un renforcement des pouvoirs de l’AG (que les Atlantistes peuvent plus facilement manipuler) au détriment du Conseil de sécurité (où la Russie détient un droit de veto) : d’une part, cette proposition marque la fin de la reconnaissance de la souveraineté des Etats, qui se verraient imposer dans ce cas des décisions qu’ils ne partagent pas ; d’autre part, cette réforme de l’ONU non seulement conduirait à sa disparition, mais toute réforme fondamentale de l’agencement international ne peut être que le fait des vainqueurs. Or, à ce jour, le conflit est en cours. 
  3. reconnaissance de la Russie comme Etat terroriste : cette déclaration revient à la rupture de toute relation diplomatique avec la Russie, ce qui dans ce contexte de conflit militaire ouvert, équivaut au regard des effets politiques à une déclaration de guerre.

Le contrôle total du discours public global pour la 

constitution de l’image de l’ennemi

Le discours permet de former la réalité, puisqu’il va influencer la manière dont les gens vont réagir au monde qui les entoure. Les médias et les plateformes de diffusion tolèrent de moins en moins un discours différent du discours atlantiste, anti-russe et va-t-en-guerre. Par exemple, la qualité du porte-parole de l’ambassade de Russie à Paris dérange, car il arrive parfaitement à montrer toute en finesse et avec force la faiblesse de la position radicale atlantiste sur les plateaux télé. La réaction est simple : il ne faut plus lui donner la parole. 

Les plateformes, comme par exemple Linkedin, suppriment à tour de bras tout ce qui ne peut être dit. Aujourd’hui, l’Ukraine est intouchable, ses crimes ne peuvent être dit car ils ne peuvent a priori exister, donc cela contrevient aux règles de la politique éditoriale. Ainsi, silence sur les exécutions sommaires de Koupiansk ! (voir notre texte ici).

La force du système libéral était sa capacité à intégrer la contestation, à maintenir un relatif pluralisme dans les strictes limites du champ idéologique accepté. Mais le libéralisme est mort, vive le globalisme et il n’y a plus de place pour le pluralisme — même relatif. Un vide intellectuel est créé, rempli par une propagande de très bas étage. L’une ses branches est dirigée contre le Président russe directement :

Cette rhétorique justifie alors de poser directement la question de l’assassinat d’un Chef d’Etat, et d’en discuter avec une ancienne ambassadrice de France en Russie, sans que cela ne pose aucun problème aux organes de surveillance de l’audiovisuel en France, ni aux juristes, oubliant tous d’un coup de baguette magique, qu’un tel discours ressort du pénal. Mais comme il s’agit de Poutine, donc de l’ennemi, le droit de l’ennemi surpasse le droit pénal et met fin à l’Etat de droit.

Et cela, parce que, selon Macron, nous ne sommes pas en guerre  — tout en s’installant dans la guerre. Et en étant dans une guerre «hybride». La pensée complexe est toujours là pour introduire la Novlangue. L’important est que, dans la logique atlantiste, la Russie est responsable de vouloir mondialiser le conflit — c’est elle qui, manifestement, dirige l’OTAN.

Ainsi, le ton peut monter, puisqu’il s’agit de l’ennemi. L’ennemi, en tant que tel, doit être abattu. Troisème étape de cette fuite en avant — la légitimation de l’attaque potentielle contre la Russie, de l’agression militaire. Ici, la pseudo-menace nucléaire russe est avancée, quand les Atlantistes ne cessent de menacer de lancer des armes nucléaires sur la Russie, qui répond pour sa part qu’elle répondra. Cette «réponse» devient une «agression» et justifie préventivement l’intensification des menaces — verbales. Par les «experts», comme ce général de plateau parfaitement discipliné, instrumentalisé par les médias en raison de son nom à consonance russe :

Et l’UE, qui n’a pas d’armée mais est prête à envoyer les autres se battre (c’est-à-dire les armées nationales), part en guerre.

La «justice» appelée à estampiller la victoire du monde global sur la Russie — 

avant la fin des combats

Logiquement, la justice internationale entre en jeu à la fin des guerres, puisqu’elle est la «justice» des vainqueurs contre les vaincus, devant construire le discours historique pour les générations suivantes — tant que le rapport des forces ne change pas. Or, nous entendons beaucoup d’appels à juger la Russie pour «ses crimes» devant un tribunal international, alors que le conflit est en cours. La méthode yougoslave, écrivant la figure du coupable au fur et à mesure du conflit armé, semble être de retour, même si elle ne fut pas une réussite, ni juridiquement, ni politiquement.

Dans sa résolution, le Conseil de l’Europe appelle la Russie à collaborer et à reconnaître les actes de la CPI (dont elle ne fait pas partie) et de la CIJ (où elle ne participe pas aux «enquêtes», menées à charge) afin de reconnaître elle-même les crimes, qui lui sont imputés. En effet, le suicide est toujours plus simple à gérer que le meurtre. Juridiquement, la position est très faible, mais qu’importe, même la CPI se reconnaît compétente :

«L’Ukraine pourrait extrader des suspects de crimes de guerre russes vers la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, même si Moscou n’en est pas membre, a déclaré cet après-midi le procureur de la juridiction, dans le cas où leur procès ne peut pas avoir lieu en Ukraine pour des raisons juridiques.

La Russie n’est pas un État membre de la CPI, créée en 2002 pour juger les individus accusés des pires atrocités commises dans le monde, telles que les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et les génocides. Toutefois, «juridiquement oui, cela ne représenterait pas un obstacle à notre juridiction», a déclaré Karim Khan lors d’une conférence de presse au siège d’Eurojust.»

En effet, pourquoi s’arrêter à de tels détails, comme celui de l’obligation du consentement de l’Etat en droit international. Pour autant, la faiblesse étant évidente, une autre voie, elle politiquement très chancelante, est ouverte, celle de la création d’un tribunal ad hoc sur la base du Conseil de l’Europe. Il faut noter que la sortie annoncée de cette institution par la Russie traîne un peu, un certain sénateur russe en charge des relations internationales avançait des arguments de ronds de cuir («on a payé notre contribution pour l’année, on doit y rester jusqu’au bout de l’exercice budgétaire» — c’est vrai, «faut pas gâcher» …). Cette hésitation idéologico-institutionnelle russe ouvre la porte à des attaques de plus en plus précises.

Partant du principe que l’autre occupe toujours la place qu’on lui laisse occuper, ce tango entre le monde atlantiste et la Russie reste guidé par l’Occident. Et comme nous le voyons, les frappes ciblées et renforcées depuis trois jours n’ont pas (encore) fondamentalement changé la donne, puisqu’aucune décision politique forte ne les a accompagnées, ce qui laisse la voie ouverte à l’intensification du conflit.

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