Ediorial de fin d’année: l’Occident ne sait plus se faire mal, il restera un ventre mou, une baudruche.

En matière économique, financière et monétaire, l’Occident ne sait plus payer le prix de ses privilèges. Comme en matière militaire .

Jamais une récession imminente n’a été aussi largement attendue. Elle est voulue, comme une nécessité qui s’impose face à un changement terrible dans le régime des prix: ils montent …enfin!

Les discours officiels ne s’en cachent pas, il faut resserer les politiques monétaires au point d’engendrer un ralentissement économique qui reconstitue l’armée de réserve des chômeurs. Le prix relatif du travail ne doit pas monter, il doit baisser.

Les actions américaines ont souffert de la pire année depuis la crise financière de 2008. 

Les marchés boursiers et obligataires globaux ont perdu plus de 30 trillions de dollars en 2022. Par comparaison le PIB mondial doit être de l’ordre de 100 trillions et les dettes au sens étroit de 350 trillions.

Le Nasdaq, le marché phare mondial clôt son premier effondrement de quatre trimestres depuis le crash de Dot-Com. 

Elon Musk devient la première personne à perdre 200 milliards de dollars.

La plus grande bulle financière de l’histoire a-t-elle été percée?

Vous savez que nous répondons à cette question par la négative.

Non elle n’ pas été percée, elle a simplement laissé passer un peu d ‘air aux endroits les plus poreux et les plus fragiles. La masse, la grande masse du système bullaire mondial a été préservée et surtout tente de se maintenir en lévitation.

La gestion à été habile, exceptionnelle, elle a réussi à neutraliser les bulles les plus criantes, les excès les plus aberrants tout en laissant intacts les segments du système les plus porteurs, porteurs comme on dit des murs porteurs dans un édifice.

On a évité le systémique grâce à la technique du resserrement mais surtout grace à son caractèere cosmétique; ce fut un resserrement spectacle!

Si les excès sur les marchés ont été résorbés, le crédit privé et le crédit bancaire points aux matelas d’excédents antérieurs de liquidités ont permis d’encaisser et d’amortir le resserrement-spectacle et les chocs au point que les grandes institutions ont été épargnées.

Le grand secret: chut

La croissance rapide du crédit s’est poursuivie. Il a galopé!

D’après le Z.1 de la Fed, nous savons que l’expansion historique du crédit américain s’est poursuivie sans relâche au cours des trois premiers trimestres de l’année. La dette non financière (NFD) a augmenté de 5,438 trillions désaisonnalisés et annualisés (SAAR) au cours du premier trimestre, de 4,318 trillions au deuxième trimestre et de 3,284 trillions au cours du troisième trimestre. 

La croissance du crédit hypothécaire au premier semestre a été la plus forte depuis 2007. Pendant les trois premiers trimestres, le crédit à la consommation a augmenté au rythme le plus rapide depuis 2001.

Le boom des prêts en cours a interessé personne! Les prêts bancaires ont augmenté de 1,076 000 000 $, soit 11,4 % en rythme annualisé, au cours des trois premiers trimestres de 2022. Sur quatre trimestres, les prêts bancaires ont bondi d’un montant sans précédent de 1 504 000 000 $, soit 12,3 %. 

En fait on avait tiré les leçons des erreurs de 2006 et 2007, on avait pris soin de bien disséminer les risques, de les refiler au public afin de ne faire aucun mal aux TBTF.

Par ailleurs on a mieux compris la logique du système qui est né de la Grande Dérégulation des années 80: on peut utiliser les marchés boursiers comme espaces de destruction de l’écume spéculative à condition que les institutions structurelles ne s’y trouvent pas piégées.

Cela a bien fonctionné, sauf pour le point faible du système mondial, la Grande Bratagne.

 La « bulle de tout » s’est transformée en bulle de presque tout.

Ceci impose de préparer assez rapidement le pivot car les matelas et amortisseurs commencent à être entamés. Heureusement l’inflation vient à la rescousse, elle chute brutalement et finalement vient reconstituer la crédibilité des banques centrales; elle était bien temporaire n’est ce pas! .

Même si on laisse de coté pour l’instant la question de l’inflation résiduelle future , la question de son niveau absolu et que l’on se contente de se congratuler avec des chiffres séquentiels, en fait rien n’est résolu!

La question qui reste en suspens dans le processus engagé est celle de l’immobilier, c’est un paquebot lourd , il prend l’eau et l’expérience de l’histoire montre que souvent il crée de mauvaises surprises pour les apprentis sorciers. La pesanteur de l’immobilier n’est pas comparable à la légèreté frivole des bulles financières.

La triste réalité est que des centaines de millions de gens sans méfiance ont perdu une partie de leur sécurité financière et qu’ils sont menacés d’en perdre encore beaucoup plus avec la chute des prix immobiliers si le pivot des taux ne vient pas rapidement.

Les classes moyennes n’avaient nullement imaginé qu’elles étaient sur le point d’être frappés par le triple coup dur de l’effondrement des bourses, du renchérissement du crédit et de l’inflation galopante des prix à la consommation.

Pour les classes moyennes toutes ces dernières années n’ont été qu’une grande illusion; une illusion qui sera completée par les hausses d ‘impot et la dégradation des versemenst et des conditions des retraites.

On a cogné sur les mains faibles

Bitcoin a chuté de 64% en 2022. C’était une surperformance relative de la crypto-monnaie. Solana s’est effondré à 94 %, Cardano à 81 % et Ethereum à 68 %. Binance Coin a chuté de 52 %, XRP de 59 % et Dogecoin de 60 %. Les faillites initiales de l’industrie comprenaient le fonds spéculatif Three Arrows Capital, 3AC basé à Singapour, Voyager Digital, Celsius Network, BlockFi, Core Scientific et, bien sûr, FTX. Wunderkind Sam Bankman-Fried (SBF), dont la «richesse» maximale de la bulle est estimée à 26 milliards de dollars, commencera la nouvelle année en détention ordonnée par le tribunal au domicile californien de ses parents sur une caution de 250 millions de dollars (face à huit chefs d’accusation fédéraux de «fraude électronique, blanchiment d’argent et complot, passible d’un maximum de 115 ans de prison fédérale »).

Les actions de Tesla se sont effondrées de 65 % cette année, Meta/Facebook 64 %, Zoom 63 %, Rivian 82 %, Netflix 51 %, Nvidia 50 %, Amazon 50 %, Intel 49 %, Micron 46 %, Qualcomm 40 %, Alphabet/Google 39 %, Moderna 29 %, Microsoft 29 % et Apple 27 %. L’indice des semi-conducteurs de Philadelphie a chuté de 35,8 %, l’indice NYSE Arca Computer Technology ayant chuté de 32,4 %. 

Generac a été le plus gros déclin du S&P500, perdant 71% de sa valeur. Dans le DJIA, Salesforce a perdu 47,8 %, Disney 43,9 %, 3M 32,5 % et Nike 29,8 %. L’indice Bloomberg REIT a chuté de 29,2 %.

Mon cadre analytique a parfaitement résisté au déroulement de cette année: en particulier celui qui distingue une Péripherie et un Centre /un Coeur du système.

On a réussi à détruire les Périphéries tout en préservant les Coeurs! On a fait lacher les mains faibles du système reprenant la bonne vielle tactique de la dynastie Rothschild quand ils voulaient détruire des ennemis ou des suiveurs. Ce qui a reconstitué la panoplie des Centres et a regonflé les amortisseurs du système.

Les bulles spéculatives ont éclaté dans la frange périphérique à haut risque – crypto, actions, dette d’entreprise et marchés émergents .

Les pays pauvres ou faibles ont été laminés!

Le peso argentin a perdu 42,0 %, la livre turque 28,9 %, le peso colombien 15,9 %, le forint hongrois 13,1 %, la roupie indienne 10,2 %, le dollar taïwanais 9,9 %, la roupie indonésienne 8,5 %, le peso philippin 8,5 %, le renminbi chinois 7,9 %, le zloty polonais 7,8 % et le rand sud-africain 6,5 %.

Au « Centre de la galaxie mondiale, le « roi dollar » s’est envolé . 

Après avoir commencé l’année à 95,67, le Dollar Index a atteint 115 le 28 septembre.

L’épisode de la boucle catasrophique du maillon faible britannique.

Il a fallu lacher un peu de rigueur pour sauver les amis -ou maîtres britanniques- quand leur marché obligataire s’est trouvé au bord de l’effondrement. La réduction des risques/désendettement à l’échelle mondiale menaçait d’entrer dans une « boucle catastrophique » de liquidations forcées.

Le renflouement de la Banque d’Angleterre a marqué le plus haut de l’année pour l’indice du dollar (114,78), ainsi que des sommets pour les principaux indicateurs de risque. 

Les indicateurs de détresse les plus élevés de 2022 ont été enregistrés le 28 septembre avec les CDS américains de qualité investissement en forte hausse (114 points de base), les CDS américains à haut rendement (640 points de base), les CDS de JPMorgan (114 points de base), les CDS d’obligations bancaires européennes (289 points de base) et les CDS européens à haut rendement (289 points de base). CDS de rendement (695 pb).

C’est dire si il y avait urgence à intervenir. Les effets de contagion étaient puissants. 

Les rendements grecs ont bondi de 60 points de base en six séances pour atteindre un plus haut de cinq ans à 4,84 %, tandis que les rendements italiens ont augmenté de 62 points de base pour atteindre un sommet de près de dix ans à 4,64 %. 

La stabilité/solidité de l’Euro-vassal était menacée!

Le choc en retour commençait , avec de gros risques de dislocation; il était temps pour le Centre , pour le Coeur de lacher du lest.

Les rendements des bons du Trésor US à dix ans avaient bondi de 57 points de base en sept séances pour atteindre un sommet intrajournalier de 4,01 % le mercredi 28 septembre – se négociant au-dessus de 4 % pour la première fois depuis 2008.

Les grandes banques mondiales émettaient des signes de détresse impossibles à ignorer, Les CDS des banques mondiales ont grimpé en flèche. Les prix des CDS des banques américaines ont atteint leurs sommets depuis la pandémie.. Les rendements obligataires des marchés émergents libellés en dollars ont grimpé en flèche. 

Bref on était au bord du gouffre.

Le renflouement de la Banque d’Angleterre a marqué le plus haut de l’année pour l’indice du dollar (114,78), ainsi que des sommets pour les principaux indicateurs de risque.

La communauté des banquiers centraux a mis un genou à terre. 

La vice-présidente de la Fed, Lael Brainard, a prononcé un discours le 10 octobre exposant « des arguments en faveur de la prudence alors que la banque centrale augmente les taux d’intérêt ».  James Bullard a suggéré un changement de politique en 2023, tandis que Neel Kashkari envisageait une pause.

Le « Fed put » était, comme nous n’avons jamais cessé de le répéter, toujours en place, il est systémique, on ne peut s’en passer dans le cadre de ce système absurde et criminel de la dérégulation/financiarisation.

Voila pourquoi le travail n’a été fait qu’en partie et même pas à moitié, à peine au quart de ce qu’il aurait fallu oser faire.

La lutte contre l’inflation n’est qu’un discours d’ambiance destiné à gérer les perceptions et le tout est fondé sur l’illusion suprême que ce sont les perceptions qui gouvernent le réel.

Plus que jamais nous restons dans l’imaginaire, dans l’inflationnisme comme mode de non-gestion et comme refus de nos limites et de la finitude.

Un épisode de désendettement mondial a été maîtrisé mais il a du être interrompu quand il a commencé à produire ses effets ; voila ce qu’il faut retenir de 2022.

L’Occident ne sait plus se faire mal.

L’Occident restera un ventre mou, bidon, une baudruche.

Je termine par mon Schwarzenegger favori:

La musculation c’est quand cela commence à faire mal que cela fait du bien.

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3 réflexions sur “Ediorial de fin d’année: l’Occident ne sait plus se faire mal, il restera un ventre mou, une baudruche.

  1. L’inflation est en train de tuer l’économie réelle.
    La FED s’en rend elle compte?
    Si les taux réels restent négatifs,on continue vers l’implosion de l’économie réelle.
    Si les taux réels redeviennent positifs,la bulle financière implose.
    Nous allons donc vers le meme résultat global…..

    Les banques centrales ne maitrisent plus grand chose.Elles suivent les tendances inflationistes tout en essayant de maintenir des taux réels négatifs dans une fourchette « raisonable »(autour de -3%?).

    L’inflation est voulue et sera maintenue coute que coute car elle permet de baisser progressivement les taux réels.elle sera aussi alimentée par la transition écologique utilisée pour augmenter les prix de l’énergie.
    Bonne année Bruno,et un grand merci pour votre travail obstiné.

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  2. En attendant, grand merci pour cette année feu d’artifice de contre propagande, d’éditoriaux décapants, d’éclairages assassins des turpitudes des ploutos et de la bêtise du troupeau, de travail accompli et à accomplir pour les lecteurs..

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  3. La stratégie actuelle des banques centrales pour lutter contre l’inflation me fait penser à la technique UHT pour stériliser le lait .

    Avec cette technique on monte très vite le lait à haute température pour tuer les bactéries mais quelques secondes seulement pour qu’il conserve l’essentiel de ses qualités nutritionnelles et organoleptiques.

    Là c’est pareil, on monte les taux très rapidement avec pour objectif de stériliser l’inflation mais en espérant pouvoir les redescendre aussi vite pour sauver l’essentiel.

    L’expérience est en cours et jusqu’ici tout va bien.

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