En 2022, la révulsion de la grosse baleine britannique a sonné le glas de l’assainissement.

Rédigé par 

Bruno Bertez 9 janvier 2023

Que retenir de 2022 ? Qu’un épisode de désendettement mondial a été lancé, mais qu’il a dû être interrompu quand il a commencé à produire ses effets.

Nous avons vu vendredi dernier comment le krach a été évité en 2022.

Le resserrement des banques centrales a permis de résorber en partie les excès sur les marchés, tandis que le crédit privé et le crédit bancaire ont permis d’encaisser et d’amortir les chocs, au point que les grandes institutions ont été épargnées.

En réalité, les dettes non-financières n’ont fait que croître durant l’année. Mais les risques ont été disséminés dans le système, pour ne pas faire trop mal. C’est au sein des secteurs les plus risqués, où se trouvaient les pires excès, les périphéries, que le choc a été brutal.

On a cogné sur les mains faibles

Le Bitcoin a chuté de 64% en 2022. C’était une surperformance relative de la première des cryptomonnaies par rapport à l’ensemble du secteur. Le jeton Solana s’est effondré de 94%, Cardano de 81% et Ethereum de 68%. De plus, le fonds spéculatif Three Arrows Capital (3AC, basé à Singapour), Voyager Digital, Celsius, BlockFi, Core Scientific et, bien sûr, FTX, ont fait faillite durant l’année.

A la tête de FTX, le jeune prodige Sam Bankman-Fried (SBF), dont la « richesse » maximale lors de la bulle avait été estimée à 26 Mds$, commencera la nouvelle année en détention ordonnée par le tribunal au domicile californien de ses parents sur une caution de 250 M$. Il fait face à huit chefs d’accusation au niveau fédéral, pour « fraude électronique, blanchiment d’argent et complot », le tout étant passible d’un maximum de 115 ans de prison.

Les actions de Tesla se sont effondrées de 65%, celles de Meta/Facebook 64%, Zoom 63%, Rivian 82%, Netflix 51%, Nvidia 50%, Amazon 50%, etc.

Mon cadre analytique a parfaitement résisté au déroulement de cette année : en particulier celui qui distingue une périphérie et un centre, et un cœur du système.

On a réussi à détruire les périphéries, tout en préservant les cœurs ! On a fait lâcher les mains faibles du système en reprenant la bonne vieille tactique de la dynastie Rothschild quand ils voulaient détruire des ennemis ou des suiveurs. Ce qui a reconstitué la panoplie des centres et a regonflé les amortisseurs du système.

Les bulles spéculatives ont éclaté dans la frange périphérique à haut risque – crypto, actions, dette d’entreprise et marchés émergents.

Les pays pauvres ou faibles ont en effet été laminés. Le peso argentin a perdu 42%, la livre turque 28,9%, le peso colombien 15,9%, le forint hongrois 13,1%, la roupie indienne 10,2%, le dollar taïwanais 9,9%… Alors que, au centre de la galaxie mondiale des devises, le « roi dollar » s’est envolé.

Après avoir commencé l’année à 95,67, le Dollar Index a atteint 115 le 28 septembre.

Quand l’obligataire s’effrite

Il a fallu lâcher un peu de rigueur pour sauver les amis britanniques, quand leur marché obligataire s’est trouvé au bord de l’effondrement. La réduction des risques/désendettement à l’échelle mondiale menaçait alors d’entrer dans une « boucle catastrophique » de liquidations forcées.

Le renflouement de la Banque d’Angleterre a marqué le plus haut de l’année pour le Dollar Index (114,78), ainsi que des sommets pour les principaux indicateurs de risque.

Les indicateurs de détresse les plus élevés de 2022 ont ainsi été enregistrés le 28 septembre avec les credit default swap (CDS) américains de qualité investissement en forte hausse (114 points de base), tout comme les CDS américains à haut rendement (640), les CDS de JPMorgan (114), les CDS d’obligations bancaires européennes (289) et les CDS européens à haut rendement (289).

C’est dire s’il y avait urgence à intervenir. Les effets de contagion étaient puissants.

Les rendements grecs ont bondi de 60 points de base en six séances pour atteindre un plus haut de cinq ans à 4,84%, tandis que les rendements italiens ont augmenté de 62 points de base pour atteindre un sommet de près de dix ans à 4,64 %.

La stabilité/solidité de l’euro-vassal était menacée !

Le choc en retour commençait, avec de gros risques de dislocation. Il était temps pour le centre, pour le cœur, de lâcher du lest.

Les rendements des bons du Trésor américain à dix ans avaient bondi de 57 points de base en sept séances pour atteindre un sommet intra journalier de 4,01% le mercredi 28 septembre – se négociant au-dessus de 4% pour la première fois depuis 2008.

Les grandes banques mondiales émettaient des signes de détresse impossibles à ignorer : les CDS des banques mondiales ont grimpé en flèche, et les prix des CDS des banques américaines ont atteint leurs sommets depuis la pandémie. Tandis que les rendements obligataires des marchés émergents libellés en dollars ont grimpé en flèche.

Bref, on était au bord du gouffre.

L’inflationnisme maintenu

Le renflouement de la Banque d’Angleterre a marqué le plus haut de l’année pour l’indice du dollar (114,78), ainsi que des sommets pour les principaux indicateurs de risque.

La communauté des banquiers centraux a mis un genou à terre.

La vice-présidente de la Fed, Lael Brainard, a prononcé un discours le 10 octobre exposant « des arguments en faveur de la prudence, alors que la banque centrale augmente les taux d’intérêt ». James Bullard, président de la Fed de St. Louis, a suggéré un changement de politique en 2023, tandis que Neel Kashkari (Fed de Minneapolis) envisageait une pause.

Le « Fed put » était, comme nous n’avons jamais cessé de le répéter, toujours en place. Il est systémique. On ne peut s’en passer dans le cadre de ce système absurde et criminel de la dérégulation/financiarisation.

Voilà pourquoi le travail n’a été fait qu’en partie et même pas à moitié de ce qu’il aurait fallu oser faire.

La lutte contre l’inflation n’est qu’un discours d’ambiance destiné à gérer les perceptions. Le tout est fondé sur l’illusion suprême que ce sont les perceptions qui gouvernent le réel.

Plus que jamais, nous restons dans l’imaginaire, dans l’inflationnisme comme mode de non-gestion et comme refus de nos limites et de la finitude.

Un épisode de désendettement mondial a été maîtrisé, mais il a dû être interrompu quand il a commencé à produire ses effets. Voilà ce qu’il faut retenir de 2022.

L’Occident ne sait plus se faire mal.

L’Occident restera un ventre mou, bidon, une baudruche.

Je termine par mon Schwarzenegger favori : la musculation, c’est quand cela commence à faire mal que cela fait du bien.

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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