En accueillant ses homologues américain et russe en l’espace d’une semaine, le président Xi Jinping démontre que la vision de la Chine repose sur la prééminence plutôt que sur l’hégémonie.
SCMP

Adriel Kasonta est un consultant en risques politiques et un avocat basé à Londres, et diplômé de la London School of Economics and Political Science (LSE).
Publié : 5h30, le 19 mai 2026
Quelques jours seulement après le départ du président américain Donald Trump, suite à son sommet avec le président Xi Jinping, la mise en scène ne sera pas simplement diplomatique. Ce sera un véritable spectacle de « théâtre civilisationnel ».
Pendant des années, les analystes ont présenté la Chine comme une puissance prise en étau entre une Russie revancharde et des États-Unis de plus en plus hostiles. Cette interprétation paraît aujourd’hui obsolète. Pékin ne cherche plus à maintenir un équilibre entre deux pôles rivaux ; elle se positionne comme l’axe autour duquel ces pôles doivent évoluer.
La visite de Poutine, immédiatement après celle de Trump, n’est pas fortuite. Moscou a besoin de toute urgence de savoir ce qui s’est passé à Zhongnanhai et au Palais de l’Assemblée du Peuple. Tout réajustement des relations sino-américaines – concernant les droits de douane, les semi-conducteurs, les sanctions, les terres rares, Taïwan ou l’Ukraine – modifie l’environnement stratégique de la Russie.
Le Kremlin comprend que, dans un monde où les blocs économiques et les contrôles technologiques se renforcent, la Chine n’est pas simplement un partenaire. Elle est le pilier économique de la Russie, son rempart diplomatique et sa base arrière stratégique.
Mais l’enjeu est ailleurs. En accueillant les dirigeants de Washington et de Moscou en l’espace d’une semaine, et ce précisément à Pékin, Xi met en scène une démonstration soigneusement orchestrée du rôle indispensable de la Chine comme médiateur du nouvel ordre mondial.Le symbolisme est essentiel ; la diplomatie se joue autant par l’image que par les communiqués.
La visite de Trump a été marquée par un cérémonial d’une ampleur impériale : honneurs militaires, écoliers agitant des drapeaux, banquets au Palais de l’Assemblée du Peuple et visites privées de Zhongnanhai. Pékin n’accueillait pas simplement un président américain ; il le recevait comme un égal, voire comme un pétitionnaire.