A lire
Dans les sociétés occidentales contemporaines, l’observation d’une évolution marquée vers la relativisation des faits, la propagande institutionnelle, le révisionnisme historique sélectif et la falsification par omission ou par emphase n’est plus contestable.
Ce phénomène, souvent désigné sous le terme de « post-vérité », ne relève pas seulement d’une crise accidentelle de confiance.
Il s’enracine dans des courants philosophiques et scientifiques du XXe siècle, mais trouve surtout son acuité dans son utilisation stratégique par les pouvoirs en place et les élites pour modeler un nouveau corps social, plus conforme à la reproduction d’un système dont elles tirent profit.
Les fondements intellectuels sont multiples à partir des années 1860 avec la multiplication des travaux iconoclastes sur les notions de valeur, de verité et d’absolu. Une étape importante du relativisme philosophique à la crise de la vérité objective a été franchie par Michel Foucault. Il est une figure centrale de cette évolution.
Dans ses analyses du « pouvoir-savoir » (power/knowledge), il montre que la vérité n’est pas une entité extérieure et neutre, mais qu’elle est produite au sein de « régimes de vérité » propres à chaque société : discours acceptés comme vrais, mécanismes de validation, statuts accordés aux énonciateurs.
La vérité, selon lui, est indissociable des relations de pouvoir ; elle les renforce et en est le produit.
Inspiré notamment par Nietzsche, Foucault invite à une fascinante généalogie des savoirs : examiner non pas « qu’est-ce que la vérité ? », mais « comment la vérité fonctionne-t-elle comme instrument de pouvoir ? ».
Cette perspective est à l’évidence légitime en tant qu’ outil critique, mais elle a souvent été vulgarisée en un relativisme radical («toutes les vérités se valent») dans les milieux académiques et médiatiques post-modernes.
Des penseurs comme Althusser ou Jacques Derrida ou des courants issus des science sociales et sciences humaines ont renforcé l’idée que les faits scientifiques eux-mêmes sont construits socialement, influencés par des intérêts et des contextes.
Parallèlement, des découvertes en psychologie cognitive, en sociologie des médias et en épistémologie ont montré les limites de la rationalité humaine : biais cognitifs, effet de confirmation, construction sociale des réalités.
Ces apports, précieux pour comprendre nos vulnérabilités, ont peu à peu servi à justifier une équivalence morale ou factuelle entre discours opposés.
Ainsi ce qui était du domaine de la verité est devenu du domaine de l’opinion, et l’opinion , cela se fabrique!
Le résultat est une ère où les faits objectifs peinent à s’imposer face aux narratifs émotionnels, identitaires et surtout utilitaires.
L’instrumentalisation de ces avancées cognitives par les élites est devenue quasi industrielle, manufacturée! La Verité est descendue du ciel pour aller se faire fabriquer par les entreprises et officines de communication, les cabinets d’ingénierie sociale , les services de renseignement et, bien sur, le business.
Fabriquer le consentement et remodeler le corps social est devenu l’oeuvre politique par excellence. Ce qui contredit et nullifie toute vision démocratique bien entendu!
Personne cependant n’en discute. C’est un projet non formulé, non dit, un non-su radical.
Le point décisif n’est évidemment pas la validité intellectuelle de ces théories, le point décisif est dans que leur récupération par les pouvoirs.
Il est aussi et surtout dans le developpement inégal; les masses vivent sous les anciennes croyances, sous les anciens critères, sous les anciens absolus mais les élites leurs mercenaires , eux vivent dans le nouveau monde , dans un monde libéré de tout cela.
Le pouvoir des élites, réside, se joue dans cet intervalle, dans ce gap!
Elles dominent en ne respectant pas les règles que les masses encore s’imposent. On en voit la demonstration éclatante dans l’affaire Epstein! C’est un cas d’école qui mêle Transgression et les Savoirs les plus évolués au service du Controle.
Il y a une sorte de béance entre d ‘un coté le monde post vérité des élites et de l’autre le monde des absolus, des invariants dans lequel vivent les citoyens et c’est dans cette béance que se trouve, s’origine, le pouvoir, c’est dans cette faille.
Vous comprenez mieux, bien sur, pourquoi il faut supprimer la culture générale, l’enseignement classique à l’école et les remplacer par les enseignements de type technique ou professionnel: il faut former des dominés, des travailleurs soumis: il ne faut pas que les masses puissent accéder à ces nouveaux savoirs autrement que dans une vulgate inversée! Car si elles y accédaient, elles démystifieraient les soi disant pouvoirs des élites dominantes.
Les uns vivent dans les règles, les autres dans la transgression et c’est dans cet intervalle que git une grande partie du Pouvoir.
Georges Bataille a superbement exposé cette dialectique du pouvoir et de la transgression.
Le phénomène est particulièrement clair s’agissant de la Monnaie, les masses vivent dans un monde ou la monnaie a encore une valeur supposée fixe, elles vivent dans un monde ou la monnaie tombe du ciel, sacrée, comme du temps des monnaies garanties par Minerve, les maîtres eux ont assimilé depuis longtemps la frivolité et l’élasticité des choses monétaires et financières et ils en jouent! Si les peuples avaient compris, les maitres seraient désarmés.
C’est dans ce décalage, dans ce developpement inégal qui constitue un Trésor que puise le pouvoir!
Le development inegal est particulièrement net en politique, il suffit d’observer la ringardise des discours et des réflexions des partis qui pourtant se positionnent comme partis du Progrès: les Insoumis en France!
Noam Chomsky et Edward S. Herman, dans Manufacturing Consent (1988), avaient parfaitement décrit un « modèle de propagande » où les médias, loin d’être indépendants, filtrent fabriquent, tordent information au service des élites économiques et politiques.
Aujourd’hui, cette fabrication du consentement s’appuie sur les outils du relativisme post-moderne :
-Relativisation sélective : on déconstruit les « grands récits » (nation, histoire occidentale, sciences « dominantes ») quand ils contrarient les intérêts du moment, tout en sacralisant d’autres narratifs
-Révisionnisme historique : glorification partielle de figures ou mouvements controversés (comme dans le cas ukrainien avec l’OUN-M) tout en minimisant leurs aspects criminels, au nom d’un récit géopolitique utile.
-Discours d’expertise : les élites technocratiques et médiatiques produisent un « régime de vérité » qui légitime les politiques économiques, migratoires ou sanitaires dominantes, en disqualifiant les critiques comme « populistes », « conspirationnistes » ou « désinformation ».
Un nouveau corps social se forme, par l’éducation, les médias numériques et les normes culturelles. « On », le grand « on » façonne des individus plus fragmentés, plus dépendants des validations algorithmiques et institutionnelles, moins attachés à une vérité objective commune.
Cela favorise la docilité, la reproduction d’un système mondialisé ou d’un progressisme techno-managérial, où la fluidité identitaire et la consommation remplacent les anciennes solidarités et repères.
Foucault lui-même analysait le pouvoir comme diffus et productif : il ne réprime pas seulement, il crée des sujets. Les élites contemporaines économiques, politiques, culturelles exploitent cette dynamique pour produire un individu « docile » au système : flexible, tolérant à l’incertitude factuelle, sensible aux injonctions morales sélectives.
Le sociologue philosophe Michel Clouscard a exposé tout cela, …il a été exclu du parti Communiste!
Ce phénomène est occidental, mais pas exclusivement. Certes cette tendance est particulièrement visible en Occident, car celui-ci se revendique historiquement des Lumières, de la raison et de la vérité objective. Pourtant, il existe aillerus : la Russie, la Chine ou d’autres puissances pratiquent un révisionnisme d’État souvent plus centralisé et autoritaire.
La différence réside dans les contre-pouvoirs : pluralisme académique (même érodé), archives accessibles, débats persistants. Ces « anticorps » permettent encore une résistance grace à historiens rigoureux, des plateformes moins censurées, ou des citoyens encore sceptiques.
Comme le soulignait Foucault dans une perspective plus nuancée, la bataille pour la vérité est d’abord une bataille sur les règles qui définissent ce qui compte comme vrai.
La vérité, même située et historique, a la vie dure, elle reste ce qui résiste à l’épreuve des preuves et du débat contradictoire à condition de la défendre activement.