L’hommage de Zelensky à Andriy Melnyk ravive les débats sur la Kollaboration ukrainienne. Le révisionnisme s’enhardit.

L’hommage de Volodymyr Zelensky à Andriy Melnyk ravive les débats sur la collaboration ukrainienne avec les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale

Le 27 mai 2026, Sapir a relayé sur X un message du politologue canadien Ivan Katchanovski.

Ce dernier accusait le président ukrainien Volodymyr Zelensky de glorifier Andriy Melnyk, figure historique de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) dans sa faction Melnyk (OUN-M).

Selon Katchanovski, cette faction a participé activement à des massacres de Juifs, de Polonais et d’Ukrainiens aux côtés des forces allemandes entre 1941 et 1944.

Jacques Sapir qualifie ces affirmations de « stricte vérité » et regrette que, en France, l’ampleur de l’implication des milices ukrainiennes pro-nazies dans le génocide reste largement méconnue, tant en Ukraine qu’en Pologne.

Les faits sont pourtant incontestables. L’OUN-M, Organisation des nationalistes ukrainiens, créée en 1929, se divisa en 1940 en deux factions rivales : l’OUN-B (Bandera) et l’OUN-M (Melnyk).

Andriy Melnyk, chef de l’OUN-M, a prôné une collaboration étroite avec l’Allemagne nazie dans l’espoir d’obtenir l’indépendance de l’Ukraine.

Dès l’invasion allemande de l’Union soviétique en juin 1941, des membres de l’OUN-M intégrèrent rapidement les structures de police et d’administration mises en place par l’occupant.

Ivan Katchanovski, dans un chapitre de son ouvrage, détaille plusieurs cas concrets :

Des dirigeants de l’OUN-M, dont Ivan Kediulych, commandèrent la police de Kiev (Kurin de Kiev) dès l’automne 1941. Ces unités participèrent à l’organisation et à l’exécution des fusillades de Babi Yar (Babyn Yar), où près de 34 000 Juifs furent assassinés fin septembre 1941, ainsi qu’à d’autres massacres de civils ukrainiens, russes et de prisonniers de guerre.

Le bataillon Schutzmannschaft n° 31 (également appelé Légion ukrainienne d’autodéfense), formé par l’OUN-M et les services de sécurité allemands (SiPo/SD) en Volhynie fin 1943, comptait dans ses rangs de nombreux anciens policiers impliqués dans les tueries de Juifs, Polonais et Ukrainiens à Kremenets, Lutsk et Volodymyr-Volynsky (plus de 20 000 victimes dans cette seule région).

Une partie de ces forces rejoignit ensuite l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), tandis que d’autres furent intégrées à la division SS Galicie.

Ces faits, étayés par des archives soviétiques, polonaises et allemandes, sont reconnus par tous les historiens.

L’hommage récent de Zelensky à Andriy Melnyk, présente celui ci comme un « héros ukrainien ».

Cet acte s’inscrit dans une tradition très large de réhabilitation, en Ukraine, de figures de l’OUN et de l’UPA depuis l’indépendance de 1991, accentuée après 2014 et surtout depuis 2022.

Les autorités ukrainiennes soulignent souvent le rôle de ces mouvements dans la lutte contre l’Union soviétique, tout en minimisant ou en niant leur participation aux crimes de guerre nazis.

Cette glorification pose évidemment un problème moral et historique majeur : elle occulte la responsabilité de certaines milices ukrainiennes dans la Shoah par balles en Ukraine (plus de 1,5 million de Juifs tués sur le territoire ukrainien entre 1941 et 1944) et dans les massacres de populations polonaises en Volhynie et Galicie orientale (1943-1944).

En Europe et en France, où la mémoire de la Seconde Guerre mondiale est en cours de falsification éhontée , le revisionnisme sévit à grande échelle, encouragé au plus hauts niveaux.

Les travaux d’historiens français et internationaux ?notamment ceux de l’IFRI ont largement documenté ces liens sulfureux , y compris les relations post-guerre entre certains vétérans de l’OUN-M et les services de renseignement occidentaux.

Les faits rapportés par Ivan Katchanovski reposent sur des sources archivistiques solides et ne sont pas contestés dans leur substance par la majorité des historiens spécialisés.

EN PRIME

Laisser un commentaire