Note: cette opinion de Howell n’est pas incompatible avec mon article précédent qui dit qu’il y a de l’argent pour tout, au contraire, il le complète en considérant que nous sommes sur un pic de liquidités.
Howell, le « Roi de la Liquidité » : La marée globale est en train de se retirer
Dans une interview réalisée le 11 juin 2026, Michael Howell, Managing Director de GL Indexes (anciennement CrossBorder Capital) et l’un des plus grands experts mondiaux des flux de liquidité et des mouvements de capitaux, livre une analyse claire sur l’état actuel des marchés financiers.
Vous connaissez Howell, je le suis et je vous en parle souvent.
Selon lui, le cycle de liquidité globale a atteint son pic et commence à se contracter, avec des implications majeures pour les actifs risqués, l’or, les cryptomonnaies et l’économie réelle.
1. La liquidité globale a passé son sommet. Howell observe que les conditions de liquidité mondiale se resserrent. Ce resserrement n’est pas encore principalement dû à un durcissement des banques centrales, mais à la vigueur de l’économie réelle, notamment aux États-Unis.
Une économie dynamique absorbe les liquidités, les détournant des marchés financiers vers l’activité productive.
Conséquence : l’argent ne peut être à deux endroits en même temps. Lorsque la liquidité migre vers l’économie réelle, les actifs financiers en pâtissent.
2. L’or et les cryptomonnaies : les « canaris dans la mine »? Ce sont les actifs les plus sensibles à la liquidité.
Ils ont déjà réagi :
L’or et les cryptomonnaies ont subi des corrections marquées.
Ces mouvements précèdent généralement ceux des actions et des obligations.
Selon Howell, les métaux précieux et les cryptos réagissent en moyenne dans les 3 mois suivant un changement dans l’abondance des liquidité, contre 6 mois pour les obligations et 9 mois pour les actions.
L’économie réelle, elle, met 15 à 18 mois à ressentir pleinement l’impact.
3. Inflation, taux d’intérêt et soutenabilité de la dette. L’inflation américaine (mesurée par le CPI) remonte. Howell estime que les taux d’intérêt devraient logiquement suivre la croissance nominale du PIB (autour de 7 % actuellement), ce qui impliquerait des rendements obligataires proches de 6 %. Or, les taux actuels restent nettement inférieurs.
Il note que les autorités interviennent déjà pour contenir la hausse des rendements. Cependant, avec une dette publique et privée massive, le système pourra-t-il supporter durablement des taux significativement plus élevés ?
4. Perspectives sur les marchés et les matières premières
Actions : Le marché boursier américain affiche une performance forte, mais Howell y voit les signes d’une bulle parabolique en phase tardive. Un resserrement prolongé de la liquidité devrait peser sur les valorisations.
Obligations : Les courbes de rendement s’aplatissent, signal typique d’un cycle de liquidité en fin de phase.
Pétrole et matières premières : Howell anticipe une forte hausse de l’or noir, potentiellement vers 200 dollars le baril, dans un contexte de cycle inflationniste des commodities.
Or et argent : Malgré la correction récente, ils restent attractifs à long terme, surtout portés par la demande chinoise et les injections de liquidité passées de la PBOC. L’or est particulièrement corrélé à la liquidité chinoise.
5. Le rôle clé de la Chine. Howell souligne le ralentissement brutal des injections de liquidité par la Banque populaire de Chine. Ce qui s’est fait sentir sur le marche boursier chinois tres nettement.
Ce changement « remarquable » soulève des questions sur la stabilité financière chinoise et pourrait exercer une pression supplémentaire sur l’or à terme, tout en renforçant le rôle géopolitique du métal jaune.
Conclusion : vigilance et repositionnement:Michael Howell ne prévoit pas une catastrophe immédiate, mais insiste sur le fait que nous entrons dans une phase plus risquée du cycle. Les investisseurs doivent surveiller attentivement les indicateurs de liquidité, car ils constituent selon lui le facteur le plus déterminant des performances d’actifs.
Dans un environnement de liquidité en contraction relative, la priorité devrait aller à la préservation du capital et à une allocation prudente : actifs réels (matières premières, métaux précieux), diversification géographique et vigilance accrue sur les valorisations élevées des marchés actions.
Michael Howell reste l’un des analystes les plus suivis sur ces questions.
La marée monte… et elle descend aussi.
Source : Interview de Michael Howell par Vladyslav Grabarskyy, 11 juin 2026.