Prêt pour le feu d’artifice? Il y a de l’argent pour tout! Normal, l’argent c’est de la dette!

Le chant du cygne de Wall Street

Gloire à Dieu !

Les investisseurs se réjouissent de pouvoir enfin investir dans SpaceX. Après des années à supplier Elon de les laisser entrer, ils vont pouvoir mettre leur épargne dans la fusée la plus chère de l’univers. C’est cette fusée qui va conduire leurs économies la haut, au paradis du Pognon.

C’est beau, l’amour.

L’impulsivité frénétique alimente la prise de risque excessive des investisseurs particuliers ? Parfait, c’est exactement ce qu’il manquait pour que le marché reste sain et équilibré.

Rien de tel qu’une bonne dose d’euphorie collective pour prendre des décisions rationnelles.

L’introduction en bourse idéale de SpaceX vient de bouleverser les marchés à jamais ? Évidemment. On n’avait encore jamais vu une IPO qui allait «changer le monde». Mais celle ci va le faire, elle le fait deja.

On avait juste eu Tesla, Bitcoin, Nvidia, l’IA… mais là, c’est différent.

Promis. Le secteur financier progresse grâce à l’anticipation d’une manne pour les banques d’investissement. Goldman Sachs et Morgan Stanley vont chacun empocher 100 millions de dollars de commissions. Sans compter les à-côtés. Tranquillement. Sans rien faire. Juste pour avoir le droit d’organiser la fête.

Le capitalisme financier dans ce qu’il a de plus pur.

La frénésie autour de SpaceX est lancée.

Les semi-conducteurs +9,4 % en une semaine ( +89 % depuis janvier !), le Nasdaq qui monte, le Russell 2000 qui bat des records, les courtiers qui frôlent leurs plus hauts historiques…

Pendant ce temps, les MAG7 font tranquillement -2,5 % et se prennent -8 % depuis leur pic de fin mai. Tout va bien. Tout est cohérent.

Difficile d’imaginer un signe plus révélateur qu’un sommet de marché majeur qui se construit. Je vous rappelle si vous l’avez oublié qu’un sommet ce n’est pas un évènement, mais un processus, une marche souvent longue, et il manquait Spacex dans le paysage du processus.

Quand tout le monde crie au génie, que les petites capitalisations font +18 % en quelques mois, que les banques d’affaires se frottent les mains et que même Trump parle d’accord imminent avec l’Iran pour faire monter l’ambiance… c’est probablement le moment idéal de se demander : est-ce qu’on est encore en train d’investir, ou est-ce qu’on est simplement en train de danser sur le volcan ?

Mais bon… cette fois c’est différent, hein.

Comme les 47 fois précédentes.

IL Y A DU POGNON POUR TOUT!

8 juin – Wall Street Journal  :

« Levées de fonds et introductions en bourse atteignant des sommes à onze chiffres. Émissions obligataires record sur trois continents. Annonce anodine d’une levée de fonds de 85 milliards de dollars.

Voilà à quoi ressemble Wall Street à l’aube du déploiement de l’intelligence artificielle.

Les entreprises technologiques sont avides de liquidités pour investir dans les centres de données, et les investisseurs les déploient par tous les moyens possibles, partout dans le monde – une frénésie de levées de fonds qui a globalement soutenu les marchés en alimentant les progrès technologiques, tout en mettant à l’épreuve leur capacité à absorber ces flux.

L’annonce par Alphabet de sa levée de fonds de 85 milliards de dollars n’en est que le dernier exemple. SpaceX, Anthropic et OpenAI s’apprêtent à entrer en bourse, ce qui pourrait faire de cette année la plus importante jamais enregistrée en termes de fonds levés par le biais d’introductions en bourse.

Parallèlement, les géants de l’IA, Alphabet, Amazon.com, Meta Platforms, Microsoft et Oracle, ont émis pour 159 milliards de dollars d’obligations à l’échelle mondiale cette année, contre 108 milliards pour l’ensemble de l’année dernière et seulement 17 milliards en… 2024…

Il y a de l’argent pour tout !

L’Amérique imprime, emprunte et prête à une vitesse vertigineuse. La machine à produire le crédit tourne à plein régime et ne semble plus connaître de limites.

Une avalanche de dette non financière!

Au premier trimestre 2026, la dette non financière (DNF) américaine a progressé à un rythme annualisé de 4 577 milliards de dollars, contre 3 829 milliards au trimestre précédent. C’est presque le double du rythme moyen annuel observé entre 2010 et 2019 (1 874 milliards).

Cette explosion touche tous les acteurs :

Gouvernement fédéral : +2 256 milliards (la moitié de la croissance totale).

Entreprises : +8,83 % sur un an (le double du rythme de 2025).

Dépôts à terme : +5,67 %, plus forte hausse depuis 2022.

La dette publique bat tous les records.

L’encours des titres du Trésor a atteint 30 642 milliards de dollars (+572 milliards en un trimestre). Sur un an, il a grimpé de 2 194 milliards. Depuis 2007, la dette publique a été multipliée par plus de 6, passant de 31 % à 96 % du PIB.

En ajoutant les titres d’Agences, le total atteint 136 % du PIB : un record absolu.

Le vrai feu d’artifice : le secteur financier.

C’est surtout l’explosion du crédit dans le secteur financier qui alimente la bulle. Au T1, les emprunts du secteur financier ont bondi de 2 514 milliards de dollars (taux annualisé), soit une hausse de 9,87 % — plus du double des prévisions pour 2025.

Les chiffres les plus fous concernent les courtiers/négociants, les brokers-dealers :

Actifs totaux : +414 milliards en un trimestre (+26,4 % annualisé), record historique à 6 689 milliards.

Actifs de pension (repos) : +82 milliards (+16,5 % annualisé), record à 2 072 milliards.

Titres de créance détenus : +109 milliards (+33,6 % annualisé), record à 1 408 milliards.

Titres du Trésor détenus : +174 % en 14 trimestres.

Comment tout cela est-il financé ?

Par une explosion des engagements de pension (repos) : +213 milliards en un trimestre (+30 % annualisé) pour atteindre 3 041 milliards — niveau jamais vu depuis 2008. Sur 14 trimestres, +88 %.

Les fonds monétaires ne sont pas en reste : +99 milliards au T1, total record de 8 290 milliards (+12,1 % sur un an, +63 % en 14 trimestres). Ils ont massivement investi dans les pensions et les titres du Trésor.

Conclusion : de l’argent pour tout… sauf la modération

Entreprises, État, banques, courtiers, hedge funds, fonds monétaires : tout le monde se goinfre , à des niveaux records, à des vitesses records. La liquidité coule à flots. Les bilans explosent. Les marchés s’enivrent. Il y a de l’argent pour tout. La seule question qui reste est de savoir jusqu’à quand.

Bien que moins dynamique que Wall Street, le système bancaire se défend quand même très bien: les actifs des banques ont grimpé de 568 milliards de dollars, soit une hausse annualisée de 7,8 %, au premier trimestreLe total des prêts bancaires a connu une solide progression de 239 milliards de dollars , 5,7 % en rythme annuel, pour atteindre un niveau record de 16 906 milliards de dollars.


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