Aller plus loin dans « La fabrication de l’ennemi », The Economist.

A lire : La fabrication de l’ennemi de Pierre Conesa

« Nous allons vous rendre le pire des services, nous allons vous priver d’ennemi ! » avait prédit en 1989 Alexandre Arbatov, conseiller de Gorbatchev.

La disparition de l’ennemi soviétique — solide, constant, cohérent — a ébranlé la cohésion occidentale et rendu plus incertaine sa puissance. Pour combler ce « chômage technique » stratégique, États, think tanks, services de renseignement et faiseurs d’opinion se sont mis à « fabriquer de l’ennemi » : rival planétaire, ennemi proche, intime, caché, Mal absolu ou conceptuel.

Dans La fabrication de l’ennemi ou Comment tuer avec sa conscience pour soi (Robert Laffont, 2011), Pierre Conesa montre comment cette construction permet non seulement de souder une nation et d’occuper le complexe militaro-industriel, mais aussi de rendre acceptable, voire moral, l’acte de tuer ou de consentir à des sacrifices collectifs.

L’ennemi n’est pas toujours entièrement fictifbien sur, mais sa représentation est souvent amplifiée, simplifiée et essentialisée pour servir un récit manichéen : nous, les justes ; eux, la menace.

Appliquée au conflit russo-ukrainien, cette grille d’analyse éclaire les dynamiques actuelles.

D’un côté, Vladimir Poutine dénonce les « gesticulations belliqueuses » européennes comme une provocation délibérée destinée à persuader les populations d’accepter l’augmentation des dépenses militaires et le financement de Kiev.

De l’autre, une partie des élites et médias occidentaux (dont The Economist) présente la Russie comme une puissance révisionniste dont l’économie est « orientée vers la guerre », justifiant ainsi un réarmement accéléré de l’Europe et un soutien sans faille à l’Ukraine.

Ces deux narratifs symétriques illustrent parfaitement la « fabrication de l’ennemi » : chacun construit une image de l’adversaire qui légitime ses choix stratégiques et budgétaires tout en délégitimant ceux de l’autre camp.

Loin d’être neutre, cette mécanique cognitive et politique permet de transformer des réalités complexes en affrontement existentiel, où chaque camp se pose en défenseur vertueux face à une menace essentialisée.

La construction d’une menace externe selon la perspective russe : Poutine qualifie les actions l’OTAN de « provocation délibérée » visant à créer une menace. Objectif : faire accepter aux populations européennes des hausses de budgets défense et le soutien à Kiev.

Perspective occidentale : La Russie est dépeinte comme une puissance expansionniste prête à menacer l’Europe (scénarios d’incursion d’ici 2027-2030). Cela justifie le réarmement (3 à 5 % du PIB) et le maintien du soutien militaire à l’Ukraine

Les deux camps utilisent l’amplification médiatique et la peur pour obtenir un consensus.

Peskov parle de « lavage de cerveau des contribuables » ; The Economist et d’autres titres insistent sur la nécessité de « se préparer à la guerre ». Chaque partie se présente comme rationnelle et défensive, accusant l’autre de propagande.

Ces techniques, classiques selon Conesa, soudent les sociétés autour d’un ennemi mais risquent d’entretenir une spirale de méfiance qui complique toute désescalade.

EN PRIME

The Economist , l’organe de presse britannique du clan Rothschild, milite depuis longtemps pour une guerre contre la Russie.

Hélas pour The Economist et son fondé de pouvoirs, Macron, la population d’Europe occidentale n’a aucun intérêt à mourir pour ceux qui profitent de tels conflits.

NOTE; Les Rothschild de Londres sont très engagés en Ukraine voir ci dessous EN PRIME

Diverses enquêtes menées en Europe ont montré que les gens ne sont pas intéressés par la « défense de leur pays » lorsque cette « défense » est proposée sur la rive est du Dniepr.

Les rédacteurs ont donc invité un chercheur financé par les États-Unis à proposer des idées sur la manière d’inciter les Européens à la guerre.

Nathalie Tocci, professeure James Anderson de pratique à la School of Advanced International Studies Europe de l’université Johns Hopkins, a accepté l’invitation ( archive ) :

Les dirigeants européens comprennent que le conflit est plus proche que jamais, d’où la forte augmentation des budgets de défense, illustrée lors du récent sommet de l’OTAN à Ankara.Depuis l’invasion à grande échelle lancée par la Russie en 2022, les dirigeants européens ont souvent exprimé leur admiration pour la résilience ukrainienne. Mais derrière cette admiration se cache une autre crainte : celle de ne pas faire preuve de la même détermination. Il ne s’agit pas d’un courage inné chez les Ukrainiens qui ferait défaut aux Européens. Tout repose sur les situations fondamentalement différentes, tant sur le plan physique que psychologique, des nations en guerre et en paix. L’esprit nécessaire à la dissuasion peut-il être mobilisé en Europe sans pour autant s’engager pleinement dans un conflit ?

La réponse de Mme Tocci, comme nous le verrons, est « non ! »

S’ensuit un discours ampoulé de « science politique » sur le « triste » sort des populations qui refusent de mourir dans une guerre lointaine qui ne présente absolument aucun intérêt pour elles.

La solution consiste donc à ignorer la volonté du peuple et à étendre la guerre jusqu’à ce qu’elle devienne une affaire personnelle pour ceux qui n’y sont pas encore impliqués :

L’un des moyens de renforcer la détermination des populations consiste à déployer des troupes au sol en Ukraine .

Depuis des mois, une coalition européenne de pays volontaires élabore des plans pour envoyer une « force de réassurance » en Ukraine après un cessez-le-feu. Ces discussions sont au point mort, car aucune trêve n’est en vue.

Les autorités russes n’ont laissé planer aucun doute : toute force étrangère en Ukraine, qu’il s’agisse de « forces de réassurance » (réassurance contre quoi exactement ?) ou sous toute autre forme, sera considérée comme hostile et vouée à la destruction.

Mais, semble croire Mme Tocci, la destruction de nos troupes est précisément ce qu’il faut pour entraîner le reste du continent dans une guerre contre la seule superpuissance européenne (nucléaire) :

Une force de réassurance européenne serait donc peu utile à l’Ukraine. Mais son déploiement dès maintenant, avant un hypothétique cessez-le-feu, pourrait être bénéfique à l’Europe, incitant ses citoyens à adopter une mentalité mieux préparée à la guerre. Certes, cela exposerait des soldats européens au danger – une telle initiative provoquerait la fureur du Kremlin – mais le continent est déjà plongé dans un conflit hybride, même si beaucoup refusent de le reconnaître.

Devrions-nous donc envoyer nos « soldats au péril de leur vie », c’est-à-dire les faire tuer, pour « le bien de l’Europe » ?

Et provoquer une guerre sanglante avec de nombreux morts et blessés n’a aucune importance… car nous sommes déjà imprégnés d’une construction de propagande appelée guerre « hybride » ? (Tocci fait probablement référence à ces « attaques hybrides » de « drones russes » au-dessus de Copenhague , que, comme l’a rapporté plus tard The Economist  , personne n’avait même vues) :

En juin, la police danoise a clos son enquête, déclarant qu’elle n’était pas en mesure de confirmer la présence de drones, et encore moins de déterminer qui les avait envoyés.

Quel est donc, Madame Tocci, le « bénéfice » de voir ses frères tués ( archivé ) ?

Si des soldats européens étaient stationnés en Ukraine, la réalité nous frapperait de plein fouet. Et peut-être qu’une partie du courage, de l’humilité et de la créativité ukrainiens pourrait inspirer d’autres sociétés européennes. Les troupes européennes ne seraient pas envoyées au combat par simple générosité, mais pour contribuer à la préparation à la guerre et empêcher qu’elle ne s’étende au reste du continent.

Ah bon ? Envoyer des soldats allemands, français et italiens en Ukraine pour tuer des Russes permettrait « peut-être » d’instaurer une « réalité » qui n’existe pas aujourd’hui ? Cela empêcherait la guerre de « s’étendre au reste de l’Europe » ?

Ainsi, l’envoi de soldats allemands, français et italiens pour tuer des soldats russes en Ukraine dissuaderait la Russie, au lieu de la provoquer, d’envoyer des missiles Orechnik, voire des missiles nucléaires plus puissants, sur Berlin, Paris ou Rome ? (Si vous le croyez, veuillez contacter le parrain de Mme Tocci .)

Ce ne serait évidemment pas le cas.

Mais, comme l’écrit Mme Tocci « à l’invitation » de The Economist , empêcher une guerre européenne de plus grande ampleur n’est pas le véritable objectif d’une telle entreprise.

Son objectif est d’« inciter les citoyens à adopter un état d’esprit qui les prépare mieux à la guerre ». Pour ce faire, dit-elle, il faudrait provoquer une guerre qui nous engloutirait tous.

Je vous encourage, Madame Tocci, à montrer l’exemple en la matière. Le commandant en chef ukrainien, le général Syrsky, surnommé « le boucher », vous trouvera assurément un rôle à votre mesure dans l’un de ses régiments d’assaut.

Ht « b  » de MoA

EN PRIME

L’Ukraine est cliente des Rothschild ce pays appartient à leur zone d’influence

  • Conseiller financier officiel du ministère des Finances ukrainien depuis 2017.
    Ils ne sont pas les principaux créanciers ni « propriétaires » de la dette ukrainienne, mais ils agissent comme conseiller indépendant pour restructurer la dette souveraine, négocier avec les détenteurs d’obligations (bondholders) et gérer les emprunts internationaux.
  • Restructurations majeures :
    • En 2024, Rothschild & Co a joué un rôle clé dans la restructuration de plus de 20 milliards de dollars de dette (euro-obligations). Cela a permis à l’Ukraine d’obtenir une décote nominale de 37 % (environ 8,5 milliards d’économie) et des économies de service de la dette de plus de 11 milliards sur trois ans. Les négociations se sont déroulées à Paris, avec des acteurs comme BlackRock, Pimco ou Amundi. reuters.com
    • Ils ont également conseillé Ukrzaliznytsia (chemins de fer ukrainiens) pour restructurer environ 1 milliard de dollars de dettes anciennes (époque Yanoukovitch).
  • Leur rémunération est souvent en success fee : plusieurs dizaines de millions d’euros ou hryvnias selon les mandats
  • Les Rothschild n’engagent pas leurs capitaux, ils ne « possèdent » pas la dette ukrainienne ni ne sont les principaux prêteurs. La dette est détenue par des fonds d’investissement, des États (via le Club de Paris), le FMI, la Banque mondiale, etc.

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