Le retour du « debasement trade » : l’or retrouve son statut de valeur refuge
Robin J. Brooks, Senior Fellow au Brookings Institution et ancien économiste en chef de l’IIF (Institute of International Finance) ainsi que stratège FX chez Goldman Sachs
Brooks pose une question centrale : le « debasement trade » est-il de retour ?
Ce trade désigne la fuite des investisseurs vers des actifs rares et non monétisables – principalement l’or et les métaux précieux – face aux craintes d’une dépréciation progressive des monnaies fiduciaires.
Ces craintes découlent de politiques budgétaires non soutenables dans de nombreux pays du G10, de dettes publiques élevées et du risque croissant que les gouvernements tentent de monétiser ces dettes via l’inflation ou via une capture fiscale de la politique monétaire.
Le mouvement a vraiment pris son essor après le discours de Jackson Hole de Jerome Powell le 22 août 2025. Powell y avait signalé le début d’un cycle d’assouplissement monétaire alors que l’inflation restait élevée. L’or et l’argent ont alors connu une hausse spectaculaire. Les tensions géopolitiques (notamment les discussions autour du Groenland début 2026) ont amplifié le phénomène.
Cependant, le trade a connu des à-coups. Pendant la guerre avec l’Iran (mars-juin 2026), l’or a perdu temporairement son caractère de valeur refuge : il s’est comporté comme un actif à fort bêta, affichant une corrélation plus élevée avec le S&P 500 que le bitcoin lui-même. Les prix ont corrigé fortement, l’or retombant autour de 4 000 dollars l’once après avoir approché les 5 500 dollars.
Les signes d’un rebond sont en train d’émerger Selon Brooks, la situation est en train de se corriger. Les données de corrélation des variations quotidiennes avec le S&P 500 montrent clairement l’évolution :
- Historiquement (janvier 2011 – août 2025) : corrélation très faible pour l’or.
- Pendant le pic du debasement trade (août 2025 – février 2026) : hausse modérée.
- Pendant la guerre (mars-juin 2026) : pics élevés pour l’or, l’argent, le platine et le palladium.
- Depuis le MoU (juin-août 2026) : nette baisse de ces corrélations pour l’or, qui redevient moins corrélé aux actions.
L’or retrouve progressivement son rôle traditionnel de protection. Depuis la réunion de la Fed du 29 juillet 2026, le prix de l’once a rebondi de manière significative depuis la zone des 4 000 dollars.
Brooks souligne également que le bitcoin n’a jamais vraiment fait partie de ce trade de manière durable. Il a sous-performé les métaux précieux depuis le début du mouvement, confirmant qu’il n’agit pas comme une valeur refuge pure au même titre que l’or.
Les fondamentaux restent intacts. Le moteur structurel du debasement trade n’a pas disparu.
Dans un article concomitant intitulé « The Global Fiscal Train Wreck », Brooks rappelle que les déficits budgétaires restent élevés (émission de dette américaine équivalente à 7 % du PIB sur une année récente en période non-crise), que les rendements longs remontent mondialement, et que la pression sur les banques centrales pour plafonner les taux s’accentue.
Cela renforce les craintes d’une capture fiscale de la politique monétaire.
Les discussions autour de la crédibilité de la Fed (avec Kevin Warsh) jouent également un rôle catalyseur. Contrairement à certains moments de 2026 où le marché anticipait un resserrement plus marqué, les conditions actuelles rappellent davantage le contexte post-Jackson Hole 2025.
Brooks estime que les bases sont de nouveau en place pour une reprise du mouvement. Les prochains catalyseurs à surveiller incluent les données d’inflation (CPI) et le prochain symposium de Jackson Hole.
Si les craintes budgétaires et monétaires persistent, l’or et les devises de pays à faible dette (franc suisse, couronne suédoise) devraient continuer à être recherchés.
Le debasement trade n’est pas un mouvement linéaire. Il a déjà connu des phases de correction liées au positionnement excessif, aux taux réels et à la géopolitique. Mais tant que les déséquilibres budgétaires structurels des économies avancées demeurent non résolus, la recherche de refuges hors monnaies fiduciaires a de fortes chances de se poursuivre.
En résumé, selon l’analyse de Brooks, oui : après une phase de « liquidation » où l’or s’était comporté comme un actif risqué, le debasement trade montre des signes clairs de retour, porté par le rétablissement du statut de « safe haven » de l’or et par des fondamentaux budgétaires toujours détériorés.
