Les obligations du Trésor américain à long terme: d’une valeur refuge à un actif risqué

Les obligations du Trésor américain à long terme : d’une valeur refuge à un actif risqué. Cest logique car les obligations du Trésor Americain sont la BULLE MERE, la mere de toutes les bulles du tout en bulles.

Le graphique du iShares 20+ Year Treasury Bond ETF (TLT), qui suit les obligations du Trésor américain à échéance de 20 ans et plus, raconte une histoire spectaculaire.

De 2003 à 2020, le prix a connu une longue trajectoire haussière, avec des pics successifs, pour atteindre un sommet historique autour de 170 dollars en 2020-2021.

Depuis, la chute a été brutale : le titre évolue aujourd’hui (août 2026) autour de 82 dollars, soit une perte d’environ 50 % par rapport à son sommet.

Ce n’est pas une simple correction. C’est la plus grande perte jamais enregistré par le TLT depuis sa création en 2002 (maximum historique d’environ -48 % en octobre 2023, toujours autour de -42 % aujourd’hui).

Les bons du Trésor à long terme, longtemps considérés comme l’actif sans risque par excellence, le refuge absolu en période de turbulence, se sont transformés en instruments extrêmement volatils.

Pourquoi cette chute historique ?La cause principale est mécanique : le prix des obligations évolue à l’inverse des taux d’intérêt. Après les taux proches de zéro de l’ère COVID, la Fed a relevé agressivement ses taux pour lutter contre l’inflation. Les rendements des obligations à 20-30 ans sont passés de moins de 1,5 % à plus de 5 %. Résultat , une destruction de valeur massive pour les détenteurs de longue duration.

Cette perte n’est pas seulement théorique. Banques, fonds de pension et compagnies d’assurance détiennent d’énormes portefeuilles d’obligations d’État à long terme. Les pertes restent pour l’instant latentes grace au laxisme comptable et reglementaire, (marked to fantasy ), mais elles pèsent lourdement sur les bilans.

Une crise de liquidité, un stress bancaire ou une vague de retraits de type run bancaire pourraient forcer des ventes et transformer ces pertes sur le papier en pertes réelles.

On se souvient encore de Silicon Valley Bank en 2023 : la hausse des taux et les pertes non réalisées sur les Treasuries avaient joué un rôle central.

A-t-on déjà vu dans l’histoire une remontée après de telles pertes ?C’est la question cruciale. La réponse est nuancée, mais globalement positive… avec des bémols importants.Dans l’histoire moderne du TLT (depuis 2002), les baisses précédentes ont tous été récupérés :

  • -26 % en 2008-2009 (crise financière) la récupération s’est faite en un peu plus de deux ans.
  • -20 % en 2012-2013 (taper tantrum) la récupération s’est faite en environ 15 mois.
  • -18 % en 2016 la récupération s’est faite en deux ans et demi.

Aucun de ces épisodes n’approche cependant les 48-50 % actuels.

Ce qui suggère que l’on n’est plus dans le cyclique mais dans le fondamental, l’existentiel systémique.

C’est du jamais-vu à cette échelle pour un ETF d’obligations d’État américaines à long terme.

En remontant plus loin, la période Volcker (fin des années 1970 – début des années 1980) offre le parallèle le plus intéressant. Les taux à long terme ont grimpé jusqu’à 15 %. Les pertes nominales sur les obligations à longue duration ont été de l’ordre de 20-25 % en peak-to-trough (selon les reconstructions synthétiques de type « TLT historique »). Sur les obligations zéro-coupon à 30 ans, les pertes ont atteint des niveaux extrêmes (jusqu’à -70 % voire -85 % selon les mesures).

Pourtant, après le pic des taux de 1981, un bull market multi-décennal s’est enclenché. Les rendements ont chuté de 15 % à près de 0 % en quarante ans, générant des performances exceptionnelles pour les obligations longues. Les investisseurs qui ont tenu ont largement récupéré (et plus) en nominal. En termes réels (après inflation), la recovery a été plus longue et plus douloureuse, car les années 1970-1980 avaient déjà grignoté massivement le pouvoir d’achat.

D’autres épisodes (années 1950-1970, 1994, etc.) montrent que les baisses liées à une hausse des taux finissent presque toujours par s’inverser lorsque le cycle monétaire tourne et que les taux redescendent.

Mais ici la question est differente, la hausse des taux semble liée à la fin d’un système, le systèmede BRETTON WOODS ii qui reposait sur le recyclage des excedents des pays tiers et sur le drainage de l’epargne mondial, ici c’est un système qui mute !

Les obligations d’État américaines n’ont jamais fait défaut ; le principal est remboursé à l’échéance. Pour un véhicule comme le TLT (qui maintient constamment une duration longue), la recovery dépend toutefois d’une baisse significative des taux longs.

Jamais, dans l’ère moderne, une chute nominale de près de 50 % n’avait été enregistrée aussi rapidement. Ces obligations ne sont plus le « safe haven » absolu d’autrefois. Elles restent un excellent hedge contre une récession ou une déflation temporaire , mais elles exposent désormais clairement au risque de duration et au risque fiscal américain.

Les pertes latentes des institutions financières restent une épée de Damoclès au dessus de la stabilité du système..

Laisser un commentaire