Scott Bessent est un gérant macro connu pour son parcours chez George Soros, mais son bilan en tant que gestionnaire indépendant est plus nuancé et permet d’apprécier objectivement son talent.
Bessent a rejoint Soros Fund Management en 1991. Il a participé, en tant que membre de l’équipe au célèbre « short de la livre sterling » en 1992, qui a rapporté plus d’un milliard de dollars au fonds.
De 2011 à 2015, en tant que Chief Investment Officer, il a contribué à des performances solides, notamment un short sur le yen japonais en 2013 qui a généré environ 1 à 1,2 milliard de dollars de profits.
Certaines sources lui attribuent une contribution globale de l’ordre de 10 milliards de dollars de gains pour Soros durant cette période.
Ces résultats suggèrent sans le démontrer une compétence dans l’analyse géopolitique et macroéconomique, particulièrement lorsqu’il opère au sein d’une structure établie avec des ressources importantes.
Après son départ de Soros en 2000, Bessent a lancé Bessent Capital (environ 1 milliard de dollars d’actifs). Le fonds a fermé en 2005 après des performances clairement insuffisantes sinon médiocres .
En 2015, il crée Key Square Group avec Michael Germino, un fonds macro axé sur la géopolitique et l’économie. Il lève environ 4,5 milliards de dollars, dont 2 milliards en investissement d’ancrage de Soros.
Le fonds démarre bien (+13 % en 2016) notamment grâce au Brexit et à l’élection de Trump. Cependant, les années suivantes sont décevantes :
- 2017 : environ -7 %
- 2018-2021 : performances plates ou négatives (entre -2 % et -8,5 % selon les années)
- 2022 : +30 % environ (pari réussi sur une inflation plus persistante que prévu par la Fed)
- 2023 et 2024 : gains à deux chiffres (notamment grâce aux paris sur l’élection de Trump)
Sur l’ensemble de la période, le rendement annualisé reste modeste (estimé autour de 3 %, loin des attentes pour un fonds macro de cette envergure dans un marché haussier prolongé.
Conséquence directe : les actifs sous gestion chutent de 5,1 milliards de dollars fin 2017 à 577 millions fin 2023. Le nombre d’investisseurs institutionnels passe de 180 à 20.
Soros retire ses capitaux en 2018 conformément semble-t-il à un accord préalable.
En autonomie, le bilan de Soros est nettement contrasté
Que révèle ce parcours sur son talent ?Bessent excelle peut être dans les gros paris macro bien identifiés, mais en tant que gestionnaire indépendant responsable de la performance globale et de la rétention des clients, son « track-record » est irrégulier.
C’est un échec.
Les longues périodes de sous-performance ont entraîné une fuite massive de capitaux, ce qui est un indicateur clair dans l’industrie des hedge funds. Un talent de premier plan se mesure à la capacité à générer des rendements constants et aussi à conserver les actifs sous gestion sur le long terme.
Scott Bessent pour reprendre une terminologie que ne renierait pas Trump, Bessent est un « looser ».
Ses performances indépendantes montrent un ou deux coups brillants ponctuels, mais aussi une irrégularité qui a limité la croissance et la pérennité de ses propres fonds.
C’est précisément la régularité qui, dans ce métier est la marque, la preuve du talent, or Bessent a administré la preuve inverse.
Les interventions de Bessent en tant que Secrétaire au Trésor, et ses propos incitent à ses poser la question : est il vraiment habile en tant que praticien des marchés on peut en douter ?
C’est le premier point mais il y en a un second: est-ce qu’être praticien des marchés suffit pour naviguer au milieu d’une crise des fonds d’état qui est certes américaine , mais qui a aussi des allures mondiales. La crise des fonds d’état va bien au de la d’un phenomène de marché. C’est la fin d’un certain régime économique.
La crise américaine est lié à des problèmes géopolitiques par réorientation des flux, par disparition des acheteurs étrangers. Elle est aussi liée à des modèles de croissance et des modèles sociaux.
Personnellement je doute que l’expérience d’un gérant de hedge fund suffise pour naviguer une crise de la dette souveraine aux dimensions mondiales, liée à des enjeux géopolitiques et au retrait progressif des acheteurs étrangers.
Ses interventions actuelles au Trésor – doublement des rachats d’obligations longues à au moins 4 milliards de dollars par opération, déclarations selon lesquelles les rendements « ne reflètent pas les fondamentaux », promesse de consolidation budgétaire et affirmation que les États-Unis « peuvent croître pour sortir de la dette » s’inscrivent dans une logique de trader : dénégations, « j »awboning », signaux de liquidité, tentative de forcer le marché.
Or, l’effet a été de courte durée. Les rendements à 30 ans, après une baisse temporaire, sont repartis à la hausse, et les analystes ont qualifié ces mesures de « pansement sur une plaie par balle »; on dirait chez nous pansement sur une jambe de bois.
L’habitude des marchés de tester la crédibilité des autorités rend les manipulations de Bessent risquées lorsque le parcours antérieur en tant qu’indépendant n’inspire pas une confiance absolue.
On peut tout à fait légitimement douter que Bessent soit un praticien d’une habileté exceptionnelle en toutes circonstances.
Il est un macro-trader, placé dans le bon sens dans certains contextes, mais son historique indépendant et la réaction mitigée des marchés à ses interventions actuelles tempèrent l’enthousiasme.
Plus fondamentalement je m’interroge : l’expérience de praticien des marchés suffit-elle face à une crise de dette souveraine mondiale ?
La dette américaine a franchi le seuil symbolique des 40 000 milliards de dollars. Les rendements longs ont touché des plus hauts depuis près de deux décennies. Surtout, la demande étrangère s’érode : les avoirs de la Chine, du Japon et du Royaume-Uni ont diminué significativement. Nous ne sommes pas dans des logiques de marché, les détenteurs de Treasuries sont motivés par de facteurs complexes, beaucoup plus fondamentaux que les données de marché!
Cette « disparition » relative des acheteurs étrangers n’est pas purement technique. Elle s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu (tarifs, rivalités stratégiques, interventions de change, conflits régionaux) et dans une fragmentation plus large de l’économie mondiale.
Un praticien des marchés sait lire les flux, anticiper les mouvements de taux et intervenir sur la liquidité. Bessent le fait. Mais une crise de fonds d’État de cette ampleur exige bien davantage :
- Une crédibilité budgétaire durable (réduction structurelle des déficits, pas seulement des annonces de « consolidation » ou de croissance magique).
- Une coordination avec la Fed et les alliés.
- Une gestion diplomatique pour maintenir ou reconquérir la confiance des créanciers étrangers.
- Une vision politique capable de concilier dépenses (défense, politique intérieure) et soutenabilité de la dette.
- Une vision historique de la situation systémique
Les rachats d’obligations et le jawboning peuvent calmer temporairement le marché. Ils ne résolvent pas le problème de fond : un monde qui se fracture, une fin des facilités du système Bretton Woods II, une contestation de l’exceptionnalisme, un stock de dette qui s’accroît plus vite que la capacité d’absorption des investisseurs. Tout cela signifie un monde où les grandes banques centrales asiatiques et les fonds souverains réduisent leur exposition pour des raisons stratégiques.
Historiquement, les crises de dette souveraine se dénouent rarement par de simples techniques de marché ; elles demandent des ajustements fiscaux, des réformes et des compromis géopolitiques.
Mon opinion:
Les doutes sur l’habileté purement « marché » de Bessent sont légitimes au regard de son bilan indépendant et de l’efficacité limitée de ses interventions récentes.
Mais plus important encore, en tant que praticien il ne dispose pas de l’envergure, des outils pour naviguer une crise de dette mondiale liée au retrait des acheteurs étrangers, aux mutations systémiques globales, aux hoquets de la financiarisation. Et aux tensions géopolitiques.
Le Trésor n’est pas un hedge fund. La provocation et les coups de mentons ne sont pas forcément productifs…
On finira par s’en apercevoir!
EN PRIME
UNE DECLARATION PARTICULIEREMENT MAL VENUE!
C’EST LA CROISSANCE QUI VA RESOUDRE LE PROBLEME DE L’EXCES DE DETTES §
il est surqualifié comparé à l’inénarrable romanesque Dick le Maire !
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