UN TEXTE ALTERNATIF QUE JE NE DESAVOUERAIS PAS. Le marché potentiel des inepties est infini.

Vous trouverez ma synthèse de ce texte exceptionnel ci dessous apres la traduction de la note de The Credit Strategist

THE CREDIT STRATEGIST

La Silicon Valley, Wall Street et K Street fonctionnent désormais sur le même régime : une suspension consentie de l’incrédulité, financée par l’argent facile.

Les valorisations, les « marchés potentiels » et une partie croissante de la richesse nominale ne reposent plus sur la rentabilité intrinsèque, mais sur une finance de type Ponzi (Minsky) : le refinancement permanent d’une dette dont le remboursement est sans cesse reporté.

Tant que la chaîne tient, la richesse paraît réelle.

Quand elle se rompt, elle s’évapore.

Deux mirages se répondent :

l’extravagance intergalactique de l’IA d’un côté ;

la hausse structurelle des taux longs et l’impuissance des États de l’autre.

Ce n’est pas un hasard. C’est le même système.

1. Sand Hill Road comme laboratoire de l’absurde

  • La Silicon Valley brasse une quantité exceptionnelle d’absurdités. Seuls Wall Street et K Street rivalisent.
  • Les bulles se nourrissent de vent (récits) et d’argent facile (liquidités, taux bas, structures passives).
  • À une époque de « débauche monétaire et intellectuelle », des investisseurs misent des milliards, voire des billions, sur des affirmations qui, hors de ce cercle, relèveraient de la science-fiction ou de la fraude de prospectus.

J’apprécie que l’auteur de ce texte mette au même niveau aussi bien la débauche monétaire que la débauche intellectuelle car c’est l’une de mes idées : la demonétisation touche tout , tous les signes, monnaie et parole. Tout devient jeton, token, sans vrai ancrage.

Point stratégique : le problème n’est pas seulement que des jeunes gens disent n’importe quoi. C’est que le système d’allocation du capital a cessé d’exiger la réfutabilité.

2. Le cas Aschenbrenner : la vision comme produit financier

  • Leopold Aschenbrenner, 24 ans, sans expérience financière sérieuse, a géré puis « fait exploser » un fonds techno de 45 milliards de dollars — le montant lui-même est déjà un symptôme.
  • Son idée-force, répétée en dîners à San Francisco : acheter des galaxies. L’IA permettrait bientôt d’exploiter des ressources à l’échelle cosmique ; il fallait donc épargner maintenant pour acquérir des droits au-delà de la Terre.
  • Dans ce milieu, cette foi n’est pas un « red flag » pour conduire à l’asile de fous . Elle est le critère du «visionnaire».
  • Hors de la Valley, on ne sait même pas s’il parle d’astres ou d’avions privés. Dedans, l’ambiguïté est une valeur.

Lecture think tank : le récit cosmique n’est pas une lubie privée. C’est une technologie de légitimation : plus l’horizon est inverifiable, plus le multiple d’aujourd’hui devient indéfendable… et donc indispensable.Le texte clôt le dossier sans ménagement : Aschenbrenner n’achètera aucune galaxie ; « son vaisseau spatial s’est écrasé au décollage ».

3. Musk comme précédent : banaliser l’irréalisable

  • Elon Musk a fixé la barre des déclarations extravagantes chez Tesla, puis l’a relevée chez SpaceX.
  • La stratégie a « plutôt bien réussi », même s’il est loin d’avoir tenu ses objectifs.
  • En banalisant des promesses autrefois assimilables à des infractions boursières, il a ouvert la voie à d’autres prévisions farfelues en toute impunité.
  • Limite rappelée : les mensonges sur des faits avérés restent sanctionnables (exemple Nikola). L’IA, elle, offre un terrain idéal : l’avenir n’est jamais définitivement réfutable.

Mécanisme : le précédent culturel précède le précédent juridique. Une fois le langage de l’impossible normalisé par un acteur héroïsé, les avocats et la SEC n’ont plus qu’à suivre.

4. Anthropic et les 30 000 milliards : le marché potentiel de l’ineptie

  • Selon le texte, Anthropic s’apprêterait à dire aux investisseurs d’IPO que ses opportunités de revenus potentiels dépassent 30 000 milliards de dollars, au-dessus de l’estimation SpaceX à 28,5 .
  • Critique décisive : le marché « potentiel » de presque n’importe quoi peut être aussi vaste qu’on le prétend.
  • Ces acteurs n’ont peut-être pas encore l’AGI. Ils ont déjà percé un mystère plus sûr : le marché potentiel des inepties est infini.
  • Tenter de « battre Musk » sur le chiffre n’a littéralement aucun sens — au même titre que le chiffre de Musk.

Anciennes normes d’informations reglmentées :

  • Autrefois, les avocats boursiers interdisaient ce type d’assertions farfelues et inverifiables dans un prospectus.
  • La dégradation commence avec WeWork (« catalogue exhaustif »).
  • Aujourd’hui : on y met toutes les absurdités, pourvu que le client paie.
  • La SEC agirait comme si l’on pouvait tout dire, dès lors que l’affirmation n’est pas définitivement réfutable et qu’elle est noyée dans un jargon qui la rend inopérante.
  • Doctrine implicite : l’investisseur en fait seul, non protégé , il est livré à lui-même. Peut-être que cela devrait être ainsi. Mais alors il faut le dire clairement : « Si vous croyez Anthropic, Aschenbrenner a une galaxie à vous vendre. »

5. Taux longs : ce n’est pas un cycle, c’est un régimeChiffres avancés par le texte (mi/fin août 2026) :

MarchéTaux 30 ansStatut selon l’auteur
US5,34 %plus haut depuis 2007 (le 10 ans ~4,75 %)
Allemagne3,78 %plus haut depuis la crise de la zone euro (2011)
France4,91 %plus haut depuis 2008
Royaume-Uni5,86 %proche d’un sommet post-1998, « pendant la guerre en Iran »
Japon4,16 %proche du plus haut historique

Causes invoquées, en faisceau :

  • craintes d’inflation, exacerbées par la flambée énergétique liée à une guerre en Iran ;
  • explosion des déficits publics ;
  • endettement record des entreprises, lui-même alimenté par l’IA.

Caractère structurel :

  • Rien n’indique un effort sérieux de réduction des déficits.
  • Aux États-Unis : plancher de déficit annuel « probablement autour de 2 000 milliards » ; dette totale « au-delà de 40 000 milliards ».
  • La seule solution politique proposée : augmenter les dépenses, jamais les réduire.
  • Tous ces États seront contraints à des choix politiques durs et à une forte pression économique.
  • « Les taux d’intérêt augmentent au même rythme que la dette mondiale, et rien ne semble pouvoir freiner cette tendance. »

6. Inflation officielle vs inflation vécue

  • Les taux réels ne sont « que légèrement positifs » si l’on accepte les statistiques officielles — que l’auteur conteste.
  • Dans l’économie réelle (hors économistes et analystes de Wall Street), les taux réels sont négatifs : les biens et services essentiels montent plus vite que l’indice, abaissé par des ajustements statistiques destinés à masquer l’inflation « officielle ».
  • Conséquence : le débat public sur le « resserrement » est un débat sur une carte, pas sur le territoire.

7. Le vrai moteur des prix d’actifs : la liquidité, pas la productivitéRaisons avancées pour la hausse des taux : multiples.
Facteur dominant selon le texte : l’injection massive de liquidités publiques, qui gonfle tous les prix d’actifs financiers.Mécanisme :

  • actions et obligations cotées artificiellement soutenues par les flux vers des véhicules passifs ;
  • ces structures achètent des paniers, donc dévalorisent le titre individuel comme objet d’analyse ;
  • toute la superstructure — actions, obligations, matières premières, immobilier — voit sa valeur nominale gonflée par la dépréciation des monnaies fiduciaires dans lesquelles elle est libellée ;
  • ces valeurs ne sont pas justifiées par la rentabilité intrinsèque.

Extension décisive : le marché de l’IA n’est pas le seul schéma circulaire de type Ponzi. L’économie mondiale tout entière en dépend. L’élément fondamental est la dette.

8. Bessent, Operation Twist et l’échec du signal

  • 19 août : Scott Bessent annonce le doublement des rachats d’obligations longues (10 ans et plus) pour contenir les taux longs.
  • Analogie : Operation Twist Fed 2011-2012 (achat 6-30 ans, vente de court terme). Ce n’est pas du QE : le bilan n’augmente pas.
  • Réaction de marché : baisse jusqu’à ~10 pb, puis effacement en 24 heures ; rendements ensuite au-dessus du niveau pré-annonce.
  • Interprétation : plan de faible envergure, message pré-midterms (avec une intervention yen la semaine précédente).
  • Face à l’absence de réaction, le Trésor évoque l’usage du compte général (~950 milliards) pour des rachats plus amples.
  • Jugement de l’auteur : Bessent ne gère plus un hedge fund — s’il le faisait, il shorterait toutes les souveraines longues. Il répond à une pression politique de plafonner les taux avant les élections.
  • « Aucun moyen n’est assez puissant pour dompter ce requin. »

9. Druckenmiller : le taux long comme dernier garde-fou

Éditorial WSJ du 25 août 2026, « Laissez parler le marché obligataire » :

  • Les marchés agrègent une information qu’aucun comité ne possède. Les prix sont le canal vers les décideurs.
  • Le rendement du Treasury long est le prix le plus important au monde.
  • C’est aussi le seul garant restant de la discipline budgétaire aux États-Unis.
  • Aucun parti ne fera campagne sur la réforme des prestations. Tous deux ont accru les engagements pendant une décennie sans regarder les chiffres.
  • Les démocraties ne redressent pas leurs comptes parce qu’un bureau du budget publie un tableau. Elles les redressent quand le coût de l’inaction devient visible et immédiat : crédits immobiliers prohibitifs, enchères qui échouent, coût politique des taux longs enfin supérieur au coût d’une coupe.

Phrase-clé : chaque point de base de baisse artificielle est une incitation à la procrastination. La compression des taux longs masque le coût des intérêts, atténue l’urgence, permet de dire aux électeurs que la dette est le problème de quelqu’un d’autre.

Sans le signal du marché, il n’y aura certainement pas de réforme. Le « gain » en points de base sera plus que compensé par le coût du retard.

10. Warsh à Jackson Hole : la Fed sait, la politique retarde

  • Kevin Warsh, président de la Fed, également « protégé » de Druckenmiller.
  • Discours attendu, concis, centré sur une inflation obstinément élevée.
  • Conditions financières « pas globalement restrictives » (changement par rapport à juillet) → voie ouverte à une hausse en septembre.
  • Plusieurs indicateurs d’inflation nettement au-dessus de 2 %.
  • Réaffirmation : les taux courts sont l’outil principal du double mandat.
  • Question ouverte : attendra-t-il l’issue des midterms ? « À ce stade, aucune raison de tergiverser, sinon politique. »
  • Il « sait » qu’il doit monter les taux ; il ne peut pas tolérer cinq années de plus d’inflation nettement au-dessus de l’objectif qu’il refuse d’abandonner.
  • L’écart ne se réduit guère, malgré l’optimisme des politiciens et de Wall Street.
  • La demande de dette reste forte. Mais toute cette dette sera inflationniste jusqu’à ce qu’elle fasse s’effondrer le système et provoque une crise déflationniste. C’est là que nous nous dirigeons.

Triangle Druckenmiller–Bessent–Warsh : le marché parle, le Trésor veut le faire taire pour l’échéance électorale, la Fed sait qu’elle devra durcir — et temporise peut-être pour la même échéance.

11. Or, Bitcoin, et l’horizon 2030-2035

  • Après l’annonce Bessent : or +100 $ / once ; Bitcoin au-dessus de 80 000 $.
  • Lecture : réaction à la dévaluation continue des monnaies fiduciaires par des États en déficit chronique.
  • Mise en garde : traiter le Bitcoin comme substitut aux monnaies fiduciaires « pourrait s’avérer une erreur ».
  • Conseil explicite : acheter de l’or comme protection contre une dévaluation fiduciaire « inévitable et infinie ».
  • Projection : or à 10 000 $ « plus tôt que prévu » ; déficit/dette US vers 50 000 milliards d’ici 2030 et 60 000 milliards d’ici 2035.
  • Avertissement aux géants de l’IA : réfléchir à deux fois avant d’emprunter des centaines de milliards sur la foi de revenus futurs narratifs.

12. Micro et macro : le même déni

  • À tous les niveaux, déni de la dette et des déficits.
  • Une grande partie de la « richesse moderne » est illusoire : elle ne repose pas sur des fonds propres, mais sur une dette irrécouvrable, sans cesse refinancée.
  • Schéma de Minsky : tant que le refinancement est possible, la richesse paraît légitime ; dès que la chaîne se brise, elle disparaît.
  • Asymétrie politique : les États peuvent pratiquer la finance de Ponzi aussi longtemps qu’ils restent politiquement viables. Les entreprises et les ménages, non.
  • Quand le coût du refinancement monte :
    • le patrimoine des emprunteurs est transféré aux créanciers — ou s’évanouit ;
    • beaucoup de créanciers perdront de l’argent sur des prêts qu’ils croyaient garantis par des sûretés surévaluées (le collatéral est lui-même un prix d’actif gonflé par la liquidité).

Dernière phrase du texte, qui referme la boucle : économiser quelques points de base aujourd’hui coûte des centaines de points de base demain, si l’on ne s’attaque pas à la dette qui prolifère en coulisses.


Ma synthèse

Le texte articule quatre propositions qu’il faudrait traiter comme un système, pas comme des rubriques séparées :

  1. Régime de croyance. L’IA (et plus largement la tech) a industrialisé des claims non réfutables. Musk a baissé le coût réputationnel du mensonge prospectif ; Anthropic et Aschenbrenner en sont les produits, pas les exceptions.
  2. Régime monétaire. Les prix d’actifs sont d’abord des phénomènes de liquidité et de dépréciation fiduciaire, ensuite des phénomènes de productivité.
  3. Régime fiscal. Les démocraties n’ont plus d’autre discipline que le taux long. Toute compression artificielle de ce taux est une subvention à l’irresponsabilité.
  4. Régime de richesse. La solvabilité apparente est un artefact du refinancement. Le prochain régime n’est pas « plus d’IA » ou « plus de Twist ». C’est l’inflation jusqu’à rupture, puis un épisode déflationniste de reconnaissance des pertes.

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