Le dollar comme levier pour les uns, l’or comme assurance pour les autres

Scott Bessent ne parle plus par allusions.

Lundi 21 septembre, le secrétaire au Trésor américain a déclaré sur CNBC qu’à compter du 23 septembre, « toutes les compagnies aériennes iraniennes seront clouées au sol dans le monde ». Le mécanisme est explicite : si un aéroport, un fournisseur de carburant, un agent d’escale ou un vendeur de billets continue de les servir, «vous serez exclus du système dollar ».

Ce n’est pas un détail technique bien sur. C’est la formulation la plus claire, la plus cynique depuis des années, de ce que les financiers appellent la militarisation du dollar : l’accès à la devise de réserve, au clearing et aux correspondants bancaires américains devient une sanction secondaire, applicable à des acteurs tiers, y compris hors des États-Unis.

Un outil d’autant plus efficace qu’il est encore largement indispensable

Le Trésor peut tenir ce langage parce que le dollar reste le pivot du commerce, de l’énergie, de l’assurance maritime et des paiements interbancaires. Couper cet accès n’est pas symbolique : pour une banque, un aéroport ou un négociant, cela peut signifier l’impossibilité de régler, de se refinancer ou de traiter avec la plupart des contreparties mondiales.

L’opération « Economic Outcast », lancée le 24 août, l’avait déjà annoncé. Bessent y affirmait que toute entité facilitant le blanchiment pour l’Iran serait « retirée du système dollar ».

Les sanctions sectorielles visent notamment l’aviation, le shipping, l’or, la technologie et les cryptoactifs.

La campagne contre les compagnies aériennes n’est donc qu’une application visible d’une doctrine plus large : soit vous vous alignez, soit vous perdez le dollar.

C’est clair c’est une reconnaissance qui na plus rien de complotiste; le dollar et son système ont été progressivement conçus comme armes et instruments pour perpétuer la domination. Cela va plus loin que le seigneuriage ou le pillage par l’échange inégal notez le bien.

Le paradoxe est connu. Plus Washington utilise cet avantage, plus il donne aux États et aux entreprises une raison de s’en protéger. Cela ne fait pas disparaître le système du jour au lendemain. Le monde n’a pas encore d’architecture de remplacement à l’échelle du commerce mondial. Mais la longévité du privilège n’est plus un dogme : elle devient une question de rythme.

Ce que la Chine fait, concrètement. Pékin n’a pas besoin d’un communiqué pour comprendre le message. Les avoirs en dollars conservés dans le système occidental peuvent être gelés, comme l’ont été ceux de la banque centrale russe en 2022.

L’or physique détenu sur le sol chinois échappe à ce levier.Les douanes, citées par le Financial Times et Bloomberg, indiquent que la Chine a importé plus de 1 000 tonnes d’or de janvier à fin août 2026, pour près de 159 milliards de dollars. C’est déjà plus que le total de 2025. Le recul des cours après le pic de janvier – l’once était passée d’environ 2 625 dollars début 2025 à près de 5 600 dollars fin janvier 2026 – a rendu les achats moins coûteux.

La Banque populaire de Chine a déclaré environ 20 tonnes en juillet, puis 20,2 tonnes en août, portant la série d’achats officiels à 22 mois. Les réserves publiées approchent 2 387 tonnes, valorisées autour de 300 à 350 milliards de dollars. Ces ajouts officiels restent une fraction des importations : le gros du flux alimente banques, ETF et demande des ménages. Des analystes, dont Goldman Sachs par le passé, estiment que l’accumulation réelle dépasse les chiffres publiés. L’écart n’est, par definition, pas mesurable avec précision pisque la Chine se veut non transparente.

En parallèle, les avoirs chinois en Treasuries américains sont tombés à 618 milliards de dollars en juillet, plus bas niveau depuis août 2008. Ce n’est pas un échange tonne pour tonne avec l’or. C’est une réduction progressive de l’exposition à un actif que Washington peut, en dernière instance, rendre inutilisable.

La préparation chinoise n’est pas seulement un « magot » de crise. Elle opère à plusieurs étages.

Au niveau souverain : moins de Treasuries, plus d’or, part croissante du métal dans les réserves de change (environ 9 % fin août).

Au niveau bancaire : stocks physiques pour servir une demande privée que l’immobilier, en crise depuis le début des années 2020, et la Bourse – le CSI 300 reste loin de ses sommets de 2021 – ne satisfont plus.

Au niveau commercial : paiements en yuan, lignes de swap, infrastructures de compensation hors dollar, sans prétendre encore remplacer le système américain.

L’or n’est pas une monnaie de réserve mondiale. Il ne finance pas le commerce quotidien. Il est un actif de dernier ressort, sous contrôle national, liquide en cas de rupture. C’est précisément ce que le gel des avoirs russes a rappelé et valorisé.

L’arme du dollar et de son système s’use quand on s’en sert.

Deux erreurs de lecture sont fréquentes .

La première : croire que le dollar « s’écroule » parce qu’il est utilisé comme arme. Il reste dominant précisément parce qu’il n’existe pas encore de substitut aussi profond, liquide et universel.

La seconde : croire que cette domination est indifférente à l’usage qui en est fait. Chaque sanction secondaire élargit le cercle des acteurs qui ont intérêt à un plan B.

La Chine ne sort pas du dollar. Elle réduit ce que le dollar peut lui coûter le jour où l’accès serait coupé.

Les 1 000 tonnes importées en huit mois ne sont ni un manifeste arrogant ni meme une provocation . Ce sont des tonnes physiques, accumulées, qui se valorisent avec le tems, qui s’autocredibilisent.

Elles sont déjà sur son territoire ou sous sa souveraineté au moment où Washington se vante à voix haute de ce que le système dollar est i un piège pour ceux qui en dépendent .

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