Monsieur, Vous nous parlez toujours d’Europe en effet, et si peu, si mal, de la France, que vous détestez, comme vous détestez les Français pour tout ce qu’ils sont et représentent.
Vous dites que la souveraineté européenne est devenue «une réalité concrète», « notre plus grande force » et « notre seul salut ».
Trois formules pour une seule vérité : quand un pouvoir crépusculaire en est réduit à invoquer le salut, c’est qu’il a déjà perdu le contrôle de ce qu’il gouverne.
La souveraineté n’est pas un continent. Elle n’est pas une Commission totalitaire et corrompue. Elle n’est ni une coalition, ni un discours d’anniversaire.
Elle est le droit d’un peuple de se donner sa loi, de choisir ses guerres -et surtout la paix !- de garder ses frontières, de nommer ses ennemis et de durer sous son propre nom. Hors de cela, il n’y a que des mots. Et les vôtres, si creux, si pauvres, tellement éculés, servent précisément à faire oublier la chose.
Il n’existe pas de souveraineté européenne, parce qu’il n’existe pas de peuple européen. Il y a des nations, que vous traitez comme une matière première. On les aligne, on les norme, on les fond, on les moralise, on les dépouille de ce qui les rendait distinctes, puis on baptise le résultat « puissance ». Ce n’est pas une élévation. C’est une expropriation. On ne construit pas une souveraineté supérieure : on vide celles qui existaient.
Regardez ce que cette Europe produit, non ce qu’elle proclame par votre bouche bavarde. Elle parle d’indépendance énergétique après avoir désarmé la sienne. Elle parle de défense européenne sous commandement étranger. Elle parle d’industrie tout en organisant sa dépossession. Elle parle de maîtrise technologique en restant locataire des empires qui la précèdent. Elle parle de paix tout en s’installant durablement dans la guerre des autres. Elle parle de démocratie tout en éloignant toujours davantage la décision du suffrage.
Oh, ce n’est certes pas un malentendu.
C’est un système.
Une administration sans peuple, une morale sans enracinement, un marché sans patrie, un alignement présenté comme destin. Le globalisme n’y est pas un excès : il est la doctrine. La dilution des nations n’y est pas un effet collatéral : elle est le projet. Et l’on appelle progrès ce qui consiste à rendre chaque peuple interchangeable, chaque frontière suspecte, chaque héritage coupable.
Vous dites que le chemin parcouru est immense.
Il l’est. Immense comme un effondrement. On n’a pas rendu l’Europe maîtresse d’elle-même. On a rendu les nations étrangères à elles-mêmes. Plus réglementées, plus dépendantes, plus culpabilisées, plus exposées -et l’on s’étonne ensuite qu’elles se vident de leur substance. Ce n’est pas une souveraineté. C’est une pulsion de mort habillée en horizon historique. Une machine à dissoudre ce qui reste debout, puis à célébrer la dissolution comme une victoire de la raison.
La France n’a pas à être fière de cela.
Elle a à le nommer. Et à s’en retirer, avant que le mot Europe n’ait achevé de signifier l’effacement de tout ce qu’il prétendait protéger.
Monsieur, il faut se rendre à l’évidence : tout en vous célèbre la mort. Mais nous vous survivrons, soyez-en d’ores et déjà assuré. Et nous danserons pieds nus dans nos champs de blé quand dans quelques mois vous ne serez plus qu’un mauvais souvenir, que la vie se chargera de chasser définitivement de nos esprits féconds vers les ténèbres que vous n’auriez jamais dû quitter.