The Wargame est une série documentaire-fiction de Sky qui simule une attaque russe contre le Royaume-Uni, avec d’anciens ministres et chefs militaires dans les rôles.
Le tweet de Sky News du 19 septembre 2026 en faisait la promotion, quelques jours avant sa diffusion.
@SkyNewsLa série, inspirée d’un podcast primé de Sky News présenté par Deborah Haynes (rédactrice défense et sécurité), place de vraies figures politiques et militaires dans une salle de crise type COBR. Ils doivent réagir en temps réel à un scénario d’attaque hybride puis conventionnelle de la Russie.
Diffusion : quatre épisodes du 21 au 24 septembre 2026 sur Sky et NOW, suivis d’une émission live présentée par Cathy Newman.
Michael Gove incarne le Premier ministre fictif. Nicola Sturgeon est vice-Première ministre. Penny Mordaunt joue la ministre de la Défense.
Autour d’eux : Harriet Harman (Intérieur), Jim Murphy (Affaires étrangères), Sayeeda Warsi (procureure générale), Ayesha Hazarika (communication), le général Sir Richard Barrons (chef d’état-major), Kim Darroch (conseiller à la sécurité nationale), Christopher Steele (renseignement), George Robertson (secrétaire général de l’OTAN) et Anthony Scaramucci (secrétaire d’État américain).
En face, une « équipe rouge » d’experts de la Russie menée par Keir Giles.
Le format mélange documentaire construit et drame : les participants reçoivent des bulletins d’information, des rapports de renseignement et des images de réseaux sociaux au fur et à mesure que la crise s’aggrave.
Ce n’est pas un jeu de rôle improvisé complètement libre ; le scénario est préparé, mais les décisions et les discussions sont celles des personnes présentes.
L’intrigue commence par une guerre hybride : assassinat de deux pilotes de F-35, cyberattaque contre les services d’urgence, navire russe qui entre dans les eaux britanniques puis s’échoue.
Moscou accuse Londres d’avoir attaqué le navire et lance une campagne de désinformation. La situation dégénère. Les responsables découvrent alors les limites concrètes des moyens britanniques : un seul destroyer capable d’intercepter un missile balistique à un moment donné, flotte et aviation largement immobilisées pour maintenance, ressources immédiatement disponibles très limitées.
Des scènes montrent aussi la pression temporelle extrême (quelques minutes pour décider face à un missile) et les dilemmes politiques, diplomatiques et médiatiques.
Le tout est présenté comme un « test de stress » des institutions, des dirigeants et du pays.
La série arrive alors que plusieurs responsables européens et britanniques évoquent une menace russe accrue, notamment sous forme d’attaques hybrides (sabotage de câbles sous-marins, pipelines, cyberattaques, désinformation). Des experts, dont le colonel Philip Ingram, ont commenté après la diffusion que de vrais exercices de ce type montrent une grande vulnérabilité britannique, particulièrement en Écosse (infrastructures énergétiques et câbles).
Le Royaume-Uni a réduit ses effectifs et ses stocks depuis la fin de la Guerre froide. Les responsables militaires répètent depuis des années que le rythme de réarmement reste insuffisant face à la Russie, à la Chine et aux conflits en cours. La série s’inscrit dans ce débat : elle ne prétend pas prédire une invasion, mais montrer comment une crise pourrait commencer et à quel point les marges de manœuvre seraient étroites.
Les réactions au tweet original, parlent de « propagande belliciste » ou de mise en scène destinée à justifier davantage de dépenses militaires. Certains participants ont des liens avec le secteur de la défense qui n’étaient pas toujours clairement affichés. « Les élites britanniques »,, « veulent que vous soyez prêts à mourir pour une guerre qu’elles ne cessent d’imaginer. »
Quiconque suit un tant soit peu l’actualité cette semaine pourrait être convaincu que le Royaume-Uni se prépare à une guerre directe et imminente avec la Russie. Des généraux à la retraite exhortent la population à se « préparer psychologiquement » au conflit ; des figures influentes du Parti travailliste suggèrent d’ « emprisonner » les dissidents et les sympathisants russes ; et l’ancien ministre du Brexit, Jacob Rees-Mogg, déclare ouvertement aux Britanniques qu’ils « pourraient bien mourir » – juste après avoir qualifié les Anglais de « race bâtarde » sans aucun droit historique à leur propre patrie.
Sur le continent, les commentateurs sont hystériques, le quotidien espagnol El Mundo affirme même que la Russie pourrait lancer des drones sur la France, l’Italie ou l’Espagne depuis des navires en Méditerranée. Le fait que l’article cite le gouvernement lituanien, farouchement anti-russe – qui, à son tour, citait la CIA – aurait dû alerter les médias.
Il a fallu l’intervention du président finlandais Alexander Stubb pour faire entendre sa voix, déclarant mercredi qu’il n’y a « aucune menace militaire imminente » de la part de la Russie.
Le président français Emmanuel Macron et le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, ont emboîté le pas jeudi, Crosetto affirmant que l’article d’El Mundo « ne sert personne » et ne fait qu’ « attiser les tensions ».
Le président Vladimir Poutine a insisté sur le fait que la Russie n’a aucun intérêt à entrer en guerre contre l’OTAN.
L’escalade britannique reste pour l’instant purement rhétorique : l’armée britannique n’est absolument pas préparée à un conflit armé et personne à Londres n’a ordonné l’envoi de renforts en Europe de l’Est.
La Russophobie comme bouée de sauvetage d’un Occident en décomposition
Emmanuel Todd, historien, anthropologue et démographe français, s’est d’abord fait connaître en 1976, à 25 ans, en prédisant l’effondrement de l’URSS à partir d’indicateurs démographiques comme la mortalité infantile.
Depuis, il applique la même méthode — structures familiales, statistiques « morales » (mortalité infantile, suicides, homicides, alcoolisme), évolution religieuse — à la géopolitique contemporaine. Son livre La Défaite de l’Occident (Gallimard, 2024) et ses entretiens plus récents développent l’analyse de la russophobie et la nevrise paranoiaque..
La russophobie selon Todd est une pathologie européenne. Il ne nie pas l’invasion de l’Ukraine ni le caractère autoritaire du régime russe. Il soutient en revanche que le discours dominant en Europe sur une «menace existentielle» russe visant le continent tout entier relève d’un fantasme collectif, d’une projection.
Dans un entretien récent au Club Le Figaro Idées (septembre 2026), il déclare : « Toute cette histoire d’une Russie qui voudrait envahir l’Europe est un fantasme. Mais il y a un discours européen qui y croit. On peut l’interpréter, pour une part, sur le plan psychiatrique : il y a des paranoïaques. Le problème, c’est que certains sont aux commandes. »
Il va plus loin dans des textes comme « La Russie est notre Rorschach » : la russophobie n’a « aucun rapport » avec la Russie elle-même. C’est « un fantasme, une pathologie des sociétés occidentales, un besoin endogène d’imaginer un monstre russe ».
Après un voyage à Moscou (le premier depuis 1993), il dit avoir ressenti un « choc de normalité » qui l’a convaincu que cette hostilité est une maladie interne à l’Occident, comparable selon lui à l’antisémitisme.
La Russie fonctionne comme un test projectif : chacun y voit ce que ses propres angoisses et échecs lui dictent.
Il parle même de « géopsychiatrie ». L’Angleterre, selon lui la société européenne la plus « malade » (effondrement des services publics, ultralibéralisme poussé à l’extrême), serait aussi la plus russophobe.
Chez certains dirigeants, il diagnostique une forme d’« érotomanie » géopolitique : la conviction d’être désiré et menacé de « pénétration » par la Russie.
Plusieurs éléments structurent son raisonnement :
- Démographie et capacité réelle de la Russie. La population russe stagne ou décline. Todd estime que Poutine avait une « fenêtre » de quelques années (jusqu’à environ 2027) pour agir en Ukraine avant que les classes d’âge mobilisables ne s’effondrent.
- Une conquête de l’Europe serait, selon lui, matériellement impossible et sans intérêt pour Moscou, dont la priorité serait de minimiser les pertes humaines plutôt que de maximiser le territoire.
- Stabilité interne russe. Todd décrit la Russie de Poutine comme une « démocratie autoritaire » qui s’est stabilisée après le chaos des années 1990. La mortalité infantile y est désormais inférieure à celle des États-Unis, les taux de suicide et d’alcoolisme ont baissé. Il y voit le signe d’une société qui a retrouvé une certaine cohérence, contrairement à l’image de monstre répandue en Occident.
- Structures familiales. C’est le cœur de sa méthode anthropologique. La Russie relève de la famille communautaire (autoritaire et égalitaire : le père et les fils mariés vivent sous le même toit). Cette structure, selon lui, favorise des régimes forts, souverainistes, peu individualistes. L’Ukraine centrale, elle, serait plus nucléaire et individualiste. Ces différences expliqueraient autant les systèmes politiques que les malentendus culturels.
- Le déclin occidental comme cause première. Pour Todd, la véritable crise n’est pas russe mais occidentale. Il décrit un « état zéro » de la religion protestante qui aurait produit un nihilisme : disparition du sens du bien commun, oligarchies libérales déconnectées des peuples,
- L’Europe, vassalisée par les États-Unis, mènerait des politiques « suicidaires » (sanctions énergétiques qui l’ont plus affaiblie que la Russie, réarmement sans réelle autonomie). La peur de la Russie servirait alors de substitut identitaire à une Europe qui a perdu ses repères.
Il insiste : « La défaite de l’Occident n’est pas la victoire de la Russie. L’Occident se défait lui-même. »
.En résumé, pour Todd, les Européens ne souffrent pas tant d’une menace russe objective que d’une crise interne qu’ils projettent sur Moscou.
La « névrose » et la « paranoïa » qu’il décrit sont, dans son cadre, les symptômes d’une civilisation qui a perdu ses fondements religieux, industriels et nationaux.