C’est le moment de lire, relire et diffuser les livres de Charles Pellegrini

Charles Pellegrini était un grand flic.

Il est l’un des premiers à avoir analysé le phénomène Caillera.

Le terme « caillera » est le verlan de « racaille » : il désigne, dans le langage des cités et des médias, les jeunes délinquants des quartiers populaires, souvent associés à la petite et moyenne criminalité, aux trafics et aux violences urbaines.

Pellegrini a analysé ce phénomène dans plusieurs essais, notamment Demain la guerre civile (1991), Banlieues en flammes (2005, en pleine crise des banlieues) et La sécurité n’existe pas (2007).

Son analyse est celle d’un ancien policier de terrain, pessimiste .

Il décrit les banlieues comme devenues, au fil des décennies, des zones de non-droit marquées par les incivilités, les voitures brûlées, les vols, les émeutes, les trafics de drogue et d’armes, les agressions et les viols collectifs.

Il met en avant un sentiment d’impunité favorisé, selon lui, par des discours politiques et médiatiques qu’il qualifie d’« angéliques ».

Dans une interview choc , il résume le glissement du grand banditisme traditionnel vers les cités :« Le grand banditisme, maintenant, c’est eux : les voyous des cités.

Les caïds des quartiers investissent des grosses sommes d’argent à l’étranger, comme les grands voyous d’avant. […] Maintenant, on ne protège plus les habitants mais les seuls caïds. »

Il insiste sur le fait que les cités ont servi de base arrière (recrutement de guetteurs, organisation des trafics, financement de familles et d’associations) avant que le contrôle ne se resserre autour des seuls caïds.

Dans Banlieues en flammes, il lie une partie de cette délinquance juvénile à une lecture intégriste du Coran qui, selon lui, légitime des comportements asociaux et oriente certains jeunes vers un islamisme radical, en rupture avec la laïcité et la mixité.

Il y voit un risque de contestation généralisée de l’ordre public, déjà esquissé dans Demain la guerre civile, où il abordait conjointement sécurité, justice, éducation, État-providence, banlieues et immigration.

Ces textes sont des constats « sans concession » contre ce qu’il appelle la pensée unique et la cécité face à l’échec de l’intégration.

Ils ont été publiés dans un contexte de montée des violences urbaines (Vaulx-en-Velin au début des années 1990, puis les émeutes de 2005).

Pellegrini met l’accent sur la délinquance organisée et l’islamisme plutôt que sur les seules causes socio-économiques (chômage, échec scolaire, discriminations).

Ses analyses ont bien sur été critiquées comme alarmistes ou stigmatisantes ; par d’autres observateurs qui ont davantage insisté sur le désespoir, la spontanéité des révoltes et l’absence de complot organisé.

Son apport sur le sujet est celui d’un ancien chef de l’antigang qui constate le remplacement partiel du grand banditisme classique par des réseaux issus des cités, et qui y voit un symptôme d’une dégradation plus large de l’ordre public et de l’intégration.

Charles Pellegrini (né en 1938 en Tunisie, d’origine corse) est un ancien commissaire divisionnaire de la police nationale. Il a dirigé l’Office central de répression du banditisme (OCRB) de 1973 à 1981, après un passage aux CRS et à la Brigade de répression du banditisme de Lyon. Il a été impliqué dans des affaires marquantes (prise d’otages de Clairvaux en 1971, gang des Lyonnais, traque de Jacques Mesrine, etc.) et a ensuite travaillé un temps dans la cellule antiterroriste de l’Élysée.

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