Révélations? Les allégations de fonds secrets autour de Jared Kushner: ce que dit Vanity Fair

Un extrait publié par Vanity Fair, tiré du livre à paraître de Matthew Cole intitulé Princes and Thieves: Jared Kushner and Mohamed bin Zayed’s Secret Plot to Remake the Middle East décrit une série d’allégations concernant des flux financiers importants auxquels Jared Kushner aurait eu accès pendant le premier mandat de Donald Trump.

Ces affirmations, si elles étaient confirmées, soulèveraient des questions sur les relations entre un conseiller présidentiel de premier plan et les dirigeants de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis.

Pour l’heure, elles restent contestées et reposent sur des sources confidentielles, une surveillance technique néerlandaise

Selon le récit de Cole, journaliste d’investigation ayant travaillé pour The Intercept et auteur de Code Over Country, les services de renseignement militaire néerlandais (MIVD) ont pu accéder à l’activité de l’iPhone de Kushner à partir de début 2018. Ils y seraient parvenus après avoir obtenu, via un informateur précédemment lié au GRU russe, des captures d’écran stockées sur un serveur russe, puis en exploitant une vulnérabilité du téléphone.

Une fois l’accès établi, les Néerlandais auraient vu Kushner se connecter à un compte bancaire basé à Dubaï.Ce compte, désigné sous le nom d’« Alpha » dans le livre, était ouvert à la First Abu Dhabi Bank au nom de la Watani Al Emarat Foundation, une organisation caritative financée par le gouvernement émirati.

À partir de 2017, il aurait reçu environ 750 millions de dollars en provenance de sources saoudiennes et émiraties, les fonds transitant par une banque azerbaïdjanaise.

Kushner n’en aurait pas été le propriétaire, mais un signataire, ce qui lui aurait donné un accès opérationnel.

Le compte aurait été placé sous la supervision de Tahnoon bin Zayed, frère du dirigeant émirati Mohamed bin Zayed (MBZ) et président de la banque.

Une source citée par Cole indique que la fondation servait également de couverture pour des opérations militaires et de renseignement secrètes des Émirats.

Un second compte et des montants plus importants serait également concerné. Cole écrit qu’un second dispositif, appelé « Beta », aurait concerné environ un milliard de dollars transférés vers Israël, également via l’Azerbaïdjan.

Selon une source informée, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu aurait encouragé Kushner à déposer ces fonds à la Banque d’Israël de manière à ce qu’ils apparaissent comme un compte gouvernemental.

Au total, MBZ et le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman (MBS) auraient placé au moins deux milliards de dollars dans des comptes auxquels Kushner avait accès.

L’extrait mentionne également des discussions initiales portant sur des contributions dépassant dix milliards de dollars, dans le cadre d’un projet de fonds destiné à soutenir des objectifs de politique étrangère de l’administration Trump.

Ce projet plus large n’aurait pas abouti sous cette forme.

Une source affirme que Kushner aurait promis à MBZ de faire avancer les priorités émiraties auprès de Trump en échange d’une participation à un tel dispositif.

Les fonds auraient été destinés à des opérations diplomatiques et politiques «hors livres» au Moyen-Orient, notamment en lien avec la normalisation avec Israël et la pression sur l’Iran. L’extrait évoque aussi des transferts depuis le compte de Dubaï vers plusieurs individus, parmi lesquels un seigneur de guerre, un mercenaire et un ancien tueur à gages.

Le livre de Cole place ces éléments dans un récit plus vaste sur les relations entre Kushner, MBZ, MBS, l’ancien dirigeant de Blackwater Erik Prince et d’autres acteurs.

L’auteur y décrit une stratégie visant à remodeler le Moyen-Orient, à affaiblir l’influence iranienne et à marginaliser la question palestinienne, avec le recours à des réseaux financiers opaques et à des capacités mercenaires.

Ces affirmations s’ajoutent à des faits déjà connus et documentés, notamment l’investissement de deux milliards de dollars du fonds souverain saoudien (PIF, présidé par MBS) dans Affinity Partners, le fonds de private equity créé par Kushner après son départ de la Maison-Blanche.

Ce deal avait déjà suscité des interrogations, le comité de sélection interne du PIF ayant initialement recommandé de ne pas le conclure avant d’être renversé.

Kushner a rejeté ces allégations en des termes catégoriques. Il les a qualifiées de « complètement folles », de « catégoriquement fausses » et de « fabrications outrageuses » présentées comme du journalisme d’investigation. Il a souligné que l’auteur n’avait produit aucun élément vérifiable — ni relevés bancaires, ni numéros de compte, ni dates de transactions, ni autres pièces justificatives — malgré des démentis formulés sur le fond. Son avocat a déclaré : « L’allégation centrale de ce livre est catégoriquement fausse. Ce ne sont pas des questions d’interprétation ou de souvenirs divergents : il n’y a pas de comptes bancaires. Ils n’existent pas. »

Les autorités néerlandaises, conformément à la pratique habituelle en matière de renseignement, ne commentent pas leurs méthodes ni d’éventuelles opérations.. Aucun document public, relevé bancaire ou confirmation officielle indépendante n’a été publié à ce jour. Les services néerlandais n’ont pas confirmé la surveillance décrite.

Si les faits décrits par Cole se confirmaient, ils soulèveraient des questions sérieuses sur les obligations de déclaration, les règles d’éthique et les risques d’influence étrangère pour un conseiller présidentiel occupant des fonctions aussi sensibles. Ils s’inscriraient dans un débat plus ancien sur la nature des relations entre l’entourage de Trump et les monarchies du Golfe.

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