EDITORIAL. Les autorités au plus haut niveau savent que le maintien d’un colossal appétit pour le risque et le jeu sont essentiels.

PAR BRUNO BERTEZ

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Depuis longtemps une fenêtre d’instabilité est ouverte sur le marché boursier. Nous étions, nous sommes dans une situation de « criticalité » au sens du physicien Per Bak , ce qui signifie que le tas de sable peut s’effondrer à tout moment sous l’effet d’une nouvelle, d’un évènement, d’un choc qui surprennent non seulement les opérateurs mais aussi et surtout les responsables du pilotage de la politique américaine.

Ici, le choc est venu d’une statistique différente des prévisions; des chiffres de l’emploi clairement supérieurs à ceux qui étaient anticipés ou mieux supérieurs à ceux qui étaient plus ou moins consciemment espérés.

Ces chiffres considérés comme trop forts sont venus invalider le scenario classique du « ni trop chaud ni trop froid » avec tendance au trop froid. Scenario qui aurait fourni un alibi pour plus d’aisance monétaire encore.

Les marchés espéraient que malgré une inflation au dessus des normes, la conjoncture allait être molle et ainsi contrebalancerait le besoin de plus de sérieux monétaire orthodoxe.

Cette situation critique intervient dans une période de transition au niveau de la Fed; on ne sait pas encore ce que pense le nouveau président et comment il va réagir.

il y a donc une couche d’incertitude supplémentaire.

Tout marché normal baisserait sensiblement: au moins de 8 à 10%. Mais nous ne sommes plus dans des marchés normaux, nous ne sommes même plus dans des marchés.

Nous sommes sur des champs de bataille.

Le marché financier est devenu un enjeu de politique intérieure à cause de son rôle conjoncturel et une arme extérieure/ou talon d’Achille dans le cadre de la Grande Confrontation géopolitique en cours.

C’est l’enchainement maintenant évident pour tous: l’exceptionnalisme américain s’alimente du dollar, de sa capacité à drainer les flux mondiaux, de son rôle dans le financement de l’impérialisme.

En clair et pour résumer, la bourse est intégrée au dispositif militaire et géopolitique américain. La production industrielle est intégrée au dispositif militaire Chinois, la finance est intégrée au dispositif militaire américain.

Je complète donc clairement et sans ambiguïté les missions de la Fed, emploi et lutte contre l’inflation par trois autres missions bien plus importantes et qui a ce titre doivent rester cachées et non-sues;

-financer les déficits du budget etle roulement de dettes ,

-assurer la stabilité de la pyramide financière

-armer géopolitiquement et militairement le gouvernement.

Etant entendu que même si tout est lié et tous se tient; il y a une hiérarchisation. C’est la dernière fonction , la fonction militaire qui est la fonction supérieure et celle qui détermine tout le reste.

Nous sommes dans des espaces téléonomiques; des espaces sur lesquels les autorités livrent un combat contre les forces spontanées des marchés afin de satisfaire des objectifs d’ordre supérieur. Des objectifs plus que nationaux, des objectifs systémiques au sens d’objectifs de maintien d’un système.

La finance reste au niveau des individus une fin en elle même, certes avec sa fonction d’enrichissement, mais elle est subordonnée à un impératif bien plus élevé qui est ce lui de préserver le système américain et sa position centrale de domination.

Nous sommes plus qu’en guerre au sens économique, nous sommes en guerre existentielle, ontologique. Ce qui est en jeu ce n’est pas l’état du système avec un peu plus ou un peu moins de croissance, non! Ce qui est en jeu c’est sa capacité à survivre et à se reproduire avec l’ordre social et mondial qui va avec.

C’est pour cela d’ailleurs que les super-élites américaines (et occidentales) tolèrent Trump! Il leur déplait mais il mène le combat qui leur convient c’est à dire le combat qui essaie de défendre leur pouvoir de prélèvement sur les richesses du monde.

Dans ce cadre on comprend mieux la folie apparente de la ruée vers l’Intelligence Artificielle, la mobilisation de capitaux sans précèdent, la socialisation implicite et la semi nationalisation qui se prépare et on comprend mieux aussi l’importance d’une bourse flamboyante puisque tout ceci n’est possible que si et seulement si l’attrait pour le risque se maintient.

Les autorités au plus haut niveau savent que le maintien d’un colossal appétit pour le risque et le jeu sont essentiels.

Tirez-en les conclusions qui s’imposent!

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