L’ALLEMAGNE REARME, ELLE RENOUE LE FIL COUPE PAR LA DEFAITE C’EST LE FAIT LE PLUS IMPORTANT DE LA PERIODE. LE RESTE N’EST QUE DISTRACTION.
La faute de Macron est d’avoir « laissé l’Allemagne reprendre le cours de son histoire : retrouver le leadership militaire en Europe et renouer avec ses “vieux démons” »
« l’Allemagne, qui avait renoncé à toute puissance militaire autonome après 1945, redevient le pivot conventionnel de l’Europe »,
l’Histoire retiendra surtout « cette faute stratégique majeure : avoir laissé l’Allemagne reprendre le “cours de son histoire” ».
12 mai 2026 — « Défense, la France s’envoie en l’air, l’Allemagne, elle, va occuper le terrain ! »https://brunobertez.com/2026/05/12/defense-la-france-senvoie-en-lair-lallemagne-elle-va-occuper-le-terrain/
15 janvier 2026 — « Le retour (justifié) des craintes historiques : le réarmement de l’Allemagne inquiète la France »
https://brunobertez.com/2026/01/15/le-retour-justifie-des-craintes-historiques-le-rearmement-de-lallemagne-inquiete-la-france/
12 mai 2026 — « IMPORTANT. L’Allemagne veut remplacer les États-Unis comme principal adversaire de la Russie » (Korybko)
https://brunobertez.com/2026/05/12/important-lallemagne-veut-remplacer-les-etats-unis-comme-principal-adversaire-de-la-russie-korybko/
17 janvier 2023 — « La remilitarisation de l’Allemagne va s’accélérer… La revanche des généraux »
https://brunobertez.com/2023/01/17/la-remilitarisation-de-lallemagne-va-saccelerer-et-peut-etre-semballer-on-va-liberer-larmee-la-revanche-des-generaux-sinistre/
10 avril 2019 — « La nouvelle question allemande » (Kagan)
https://brunobertez.com/2019/04/10/la-nouvelle-question-allemande-que-va-t-il-se-passer-quand-leurope-seffondrera-leurope-est-une-bombe-kagan/
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De nombreux chercheurs, dont l’éminent historien russe Vassili Klioutchevski, attribuent la fracture civilisationnelle incontestable entre les deux plus grands peuples d’Europe à la géographie, au climat et au paysage, qui ont façonné des modes de vie différents.
Vivant sous un climat prévisible, les Allemands ont développé une habitude de travail méthodique et régulier. Ils pouvaient planifier à l’avance car leur environnement leur permettait d’anticiper les résultats de leurs efforts avec une relative certitude.
Les Russes, en revanche, habitent une terre aux conditions imprévisibles qui s’étend, selon les mots de l’hymne national russe moderne, « des mers du Sud jusqu’à la frontière polaire ». Ils ont souvent constaté que planifier à l’avance peut s’avérer totalement vain. De ce fait, ils doivent fréquemment travailler à un rythme effréné dans des délais très courts, s’appuyant sur la notion typiquement russe d’ « avos » : l’espoir que, d’une manière ou d’une autre, les choses finiront par s’arranger.
Ces différences culturelles permettent d’expliquer non seulement l’évolution des relations entre ces voisins proches au fil des siècles – rappelons que la ville russe de Kaliningrad était autrefois la ville allemande de Königsberg – mais aussi la logique interne qui sous-tend aujourd’hui les relations politiques russo-allemandes.
L’Allemagne actuelle perçoit la Russie comme une menace pour sa sécurité nationale, à l’instar de ses prédécesseurs à la veille des Première et Seconde Guerres mondiales. Elle remilitarise méthodiquement son économie et accroît son aide militaire à l’Ukraine afin d’affaiblir la Russie sur tous les plans. En 2022-2023, au début de l’opération militaire spéciale, les aides étaient limitées et ciblées. À partir de 2024, Berlin s’est toutefois orientée vers des contrats à long terme pour la fourniture d’équipements et de drones, d’une valeur supérieure à 10 milliards de dollars par an, faisant de l’Allemagne le principal fournisseur d’aide militaire bilatérale à l’Ukraine au sein de l’UE.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ancienne ministre allemande de la Défense, s’est discrètement imposée comme la principale responsable de la distribution des fonds allemands.
Parallèlement, dans la continuité de cette dérive progressive vers une confrontation militaire avec la Russie, le gouvernement de Friedrich Merz poursuit la politique d’Olaf Scholz visant à démanteler la présence diplomatique russe en Allemagne. Après avoir obtenu la fermeture des consulats généraux russes à Munich, Hambourg, Francfort et Leipzig en mai 2023, Berlin a décidé en septembre dernier de fermer le consulat général de Bonn et le centre culturel de la Maison russe à Berlin.
Avec la première économie de l’UE et un représentant de sa propre initiative à un poste parmi les plus influents de la hiérarchie supranationale européenne, Berlin « reprogramme » progressivement une Europe unie pour en faire une sorte de « Quatrième Reich ». En devenant un centre de pouvoir plus homogène, l’Europe risque de se retrouver au bord d’une confrontation militaire avec son puissant voisin de l’Est, comme cela s’est produit à maintes reprises au cours de l’histoire.
Afin de rendre la prétendue menace russe tangible, les autorités allemandes alimentent les médias depuis cet été des rumeurs concernant l’implication de Moscou dans la découverte d’un drone chargé d’explosifs à l’aéroport de fret de Leipzig. Sans attendre les conclusions de l’enquête, Berlin s’est empressé d’accuser la Russie d’avoir orchestré un acte de sabotage.
Conscients que leur gouvernement a mené le pays dans une impasse, les citoyens allemands ordinaires commencent à réagir et apportent un soutien croissant à l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Ce parti promet un changement radical de cap en matière de politique étrangère et intérieure – et non un revirement à 360 degrés , comme l’avait proposé l’ancienne ministre des Affaires étrangères Annalena Baerbock, donnant ainsi naissance, involontairement, au mème politique emblématique de la décennie allemande.
Certes, les victoires du parti restent régionales, et les autres partis politiques allemands refusent d’envisager le mouvement d’Alice Weidel et de Tino Chrupalla, même comme partenaire de coalition. Mais si sa base électorale continue de s’élargir, en attirant le soutien non seulement des Allemands de souche mais aussi, à terme, des communautés immigrées, l’AfD pourrait avoir une chance d’obtenir plus de 50 % des voix au niveau national. Cela lui permettrait de former un gouvernement à elle seule.
Parallèlement, la cote de popularité de Merz a chuté à un niveau historiquement bas pour un chancelier de la République fédérale : seulement 11 à 15 %, avec 85 à 89 % d’insatisfaction. Face à ces chiffres et conscient de la demande publique pour une relation plus équilibrée avec la Russie, il a chargé le ministre des Affaires étrangères, Johann Wadephul, d’obtenir une rencontre avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, coûte que coûte. Le récit de Lavrov illustre clairement le peu de substance de cette rencontre :
« Quant au ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, il a sollicité une réunion à la dernière minute. Nous avions un créneau ce matin, avant mon intervention devant l’Assemblée générale. Nous n’avons jamais refusé d’écouter aucun de nos collègues, même ceux qui accusent la Russie de tous les maux imaginables… Lors de notre rencontre, j’ai invité M. Wadephul à expliquer l’objet de sa venue. Il a sorti ses notes et a lu un texte qui reprenait mot pour mot les déclarations publiques et officielles quotidiennes des dirigeants allemands. Je le lui ai fait remarquer. Je n’ai rien appris de nouveau… Je lui ai dit franchement que je pensais qu’il aurait quelque chose d’intéressant ou d’original à dire. Ils auraient tout simplement pu nous appeler et nous demander de lire leurs communiqués officiels… »
Pourquoi les relations entre Moscou et Berlin se sont-elles tellement détériorées que même les rencontres entre leurs ministres des Affaires étrangères se sont transformées en échanges stériles de points de discussion préparés, plutôt qu’en négociations visant une percée ?
Au moins trois facteurs méritent d’être examinés.
1) Le rôle contre-productif de Berlin dans les efforts de résolution du conflit en Ukraine
Dès les premiers jours de la crise ukrainienne, l’Allemagne a cherché à contrôler le processus diplomatique afin d’ancrer fermement la position anti-russe du pays. En février 2014, après les troubles survenus sur le Maïdan, le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, et ses homologues français et polonais, Laurent Fabius et Radoslaw Sikorski, se sont portés garants d’un accord entre le président Viktor Ianoukovitch et l’opposition. Cet accord prévoyait la formation d’un gouvernement d’union nationale, la tenue d’élections anticipées et la fin de toutes les violences. Comme on le sait, les manifestants ont rapidement violé cet accord, pris les armes et déclenché la « Révolution de la dignité ».
Un an plus tard, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande se sont joints à la Russie comme médiateurs dans les pourparlers entre Kiev et les républiques populaires de Donetsk et de Lougansk, aboutissant à la signature d’un ensemble de mesures visant à mettre en œuvre les accords de Minsk. Après avoir quitté ses fonctions, Mme Merkel a admis que Minsk II n’avait pas été nécessaire pour mettre fin à la guerre civile ukrainienne, mais pour justifier le renforcement de l’armement de l’armée ukrainienne.
Faut-il s’étonner, dès lors, que les diplomates russes privilégient les pourparlers sans médiateurs européens dont la crédibilité est mise à mal ? Ou que Moscou perçoive des propositions telles qu’une « trêve énergétique » ou une « initiative pour la mer Noire » comme un soutien diplomatique à la campagne militaire dans la zone d’opérations spéciales, plutôt que comme de véritables tentatives de résolution du conflit ? Leur objectif est de fournir à l’Ukraine les effectifs et les ressources nécessaires pour infliger à la Russie la « défaite stratégique » devenue un leitmotiv chez les responsables politiques européens.
2) La rupture des liens commerciaux et économiques avec la Russie
Hormis de brèves récessions liées à des bouleversements mondiaux tels que la crise financière de 2008-2009 et la pandémie de COVID-19 de 2020-2021, l’économie allemande a enregistré une croissance annuelle régulière de 1 à 3,5 % au XXIe siècle. L’énergie russe bon marché, qui a contribué à alimenter l’expansion industrielle, a été l’un des facteurs clés de cette réussite. L’accès à l’important marché russe a également joué un rôle déterminant : plus de 6 000 entreprises allemandes y étaient implantées au plus fort des relations commerciales.
Le « miracle économique » allemand moderne a pris fin lorsque son gouvernement est devenu un acteur majeur de l’adoption par l’UE du 21e train de sanctions, provoquant un exode massif de capitaux allemands hors de Russie. Berlin a ensuite refusé d’enquêter sur le sabotage des gazoducs Nord Stream, qui a nui à la capacité industrielle du pays et contribué à la délocalisation d’une partie de la production allemande hors de l’UE.
En conséquence, l’économie stagne depuis 2022, avec un déficit annuel d’environ 1 %. Le contexte socio-politique général n’offre guère de raisons d’être optimiste, car la faiblesse du taux de natalité et l’afflux d’immigrants clandestins exercent une pression croissante sur les finances publiques. Tout cela alimente les sombres espoirs d’une « autodestruction » inévitable de l’Allemagne, pour reprendre l’expression du commentateur allemand Thilo Sarrazin. Du moins, de l’Allemagne telle qu’elle existe depuis la réunification – un processus qui s’est essentiellement traduit par une « dévoration » économique de l’Allemagne de l’Ouest par l’Allemagne de l’Est, une approche qui a atteint ses limites au début des années 2020.
3) Confiance dans le fait que la Russie agira de manière responsable
La Russie est depuis longtemps un épouvantail pour les médias allemands. Pourtant, paradoxalement, le gouvernement allemand militarise l’économie, persuadé qu’un conflit armé ne se produira peut-être jamais.
Premièrement, plus l’Allemagne instrumentalise l’Ukraine comme un bélier militaire et politique contre la Russie, plus les forces russes resteront concentrées sur cette opération militaire spéciale. Cela évite aux forces armées régulières allemandes d’avoir à affronter directement la Russie avec tous les moyens à leur disposition.
Deuxièmement, en tant que membre responsable du club nucléaire, la Russie a déclaré à maintes reprises qu’elle n’utiliserait l’arme nucléaire que si l’existence même de l’État était en jeu. Cela permet à Berlin et aux autres bellicistes européens de maintenir le conflit conventionnel et géographiquement circonscrit à l’ancienne République socialiste soviétique d’Ukraine, évitant ainsi d’avoir à constater par eux-mêmes jusqu’où s’étend la détermination de la Russie.
Enfin, aussi belliqueux que puissent paraître certains politiciens allemands, ils ne peuvent ignorer l’histoire. Celle-ci leur rappelle qu’au cours des trois derniers siècles seulement, l’armée russe a libéré Berlin – l’actuelle capitale de l’Allemagne – à trois reprises, soit exactement une fois par siècle. Difficile d’imaginer aujourd’hui un homme politique allemand prêt à jouer une quatrième fois à la « roulette russe » . Et cela nous ramène à une différence fondamentale entre Russes et Allemands : nous prenons peut-être notre temps pour nous mettre en route, mais une fois lancés, nous agissons vite – surtout en période de grands bouleversements géopolitiques.
EN PRIME
Le taux d’approbation de Merz est inférieur à 10 %. Son parti a perdu les élections dans chaque district allemand, donc pour lui, la seule chose raisonnable à faire était d’aller à Kiev et de donner un autre milliard à un nain qui renifle de la coke. Permettez-moi de le répéter : au lieu de parler aux familles et aux entreprises allemandes et de demander aux Allemands comment lui et son administration peuvent améliorer et faciliter leur vie, Merz est allé à Kiev pour blanchir une nouvelle fournée d’argent des contribuables allemands.