BRUNO BERTEZ
Le 12 Octobre
La pensée dialectique ne se pose pas la question de la morale , du volontarisme ou celle des intentions, non! Elle considère que le positif et le négatif se valent et qu’ils sont les deux faces d’une meme realité / medaille. Dans l’histoire le positif et le negatif doivent etre assumés,hélas, pour obtenir un depassement . Les crises font partie integrante de l’Histoire, avec leurs corteges de destruction.
L’Histoire ne se juge pas : elle se comprend.
Le positif et le négatif sont les deux faces d’une même médaille.
On me reproche souvent, à propos de Trump, de tenir un discours scandaleux. Comment peut-on qualifier un homme de baltringue tout en lui reconnaissant une fonction historique positive ? Comment peut-on parler de destruction comme d’une mission utile ?
Ces questions reposent sur un contresens fondamental. Elles confondent jugement moral et analyse historique. Elles veulent que l’Histoire se comporte comme un tribunal, alors qu’elle se comporte comme un processus logique mais inconscient .
La pensée dialectique ne se pose pas la question de la morale, du volontarisme ou des intentions. Elle ne demande pas si Trump (ou/Macron) est un homme bien ou un homme mauvais, s’il veut sincèrement « rendre sa grandeur à l’Amérique » ou s’il n’est qu’un opportuniste. Ces interrogations, pour intéressantes qu’elles soient sur le plan psychologique ou politique, sont secondaires. Ce qui compte, c’est ce que produit objectivement le phénomène, indépendamment de ce qu’il croit produire ou de ce qu’il prétend vouloir.
Dans l’Histoire, le positif et le négatif ne s’opposent pas comme le bien et le mal. Ils se valent. Ils sont les deux faces d’une même réalité.
Un système qui a épuisé ses possibilités de reproduction, qui ne tient plus que par la cosmétique des élites et la veulerie des sujets, ne peut pas se réformer de l’intérieur. Il ne peut que se décomposer.
Ceux qui tentent de le réparer, de le consolider, de lui donner un sursis, jouent la politique du pire : ils prolongent l’agonie au prix de dégâts toujours plus profonds.
Ceux qui, par leur incompétence, leur incohérence et leurs reniements, accélèrent la dislocation, accomplissent une fonction historiquement nécessaire.
C’est précisément le cas de Trump.
Il n’est pas un réformateur, encore moins un constructeur. Il ne comprend pas le système monétaire mondial, il n’a aucune doctrine stable, il renie ses promesses dès qu’il le faut pour durer.
Il est un baltringue.
Mais c’est précisément pour cela qu’il est utile. Un personnage capable de colmater les brèches, de donner un second souffle à l’ordre de Washington, aurait été dangereux. Trump, lui, ne peut que faire voler les choses en éclats. Il exacerbe le négatif. Il précipite le tourbillon crisique. Il rend le système encore moins légitime, encore moins gérable.
Sa fonction historique objective n’est pas de sauver l’Amérique, mais de détruire ce que l’Amérique est devenue : une puissance impériale en décomposition, une Washington devenue folle, un ordre qui ne tient plus que par l’inertie et la peur du vide.
Il fallait que cela se produise. Les crises font partie intégrante de l’Histoire, avec leur cortège de destructions. On ne passe pas du vieux au neuf par simple réforme ou par simple volonté. On passe par la dislocation. Le positif et le négatif doivent être assumés, hélas, pour obtenir un dépassement.
Prétendre échapper à cette nécessité, vouloir un passage en douceur, un simple changement de personnel au sommet d’un système épuisé, c’est se mentir. C’est aussi se condamner à voir le système se prolonger jusqu’à des crises encore plus violentes, encore moins maîtrisables.
On pourra juger Trump plus tard. On pourra même, un jour, lui rendre un hommage paradoxal : celui d’avoir accéléré une décomposition qui était de toute façon inévitable. Mais ce jugement viendra après. Aujourd’hui, la tâche de l’analyse n’est pas de distribuer des bons et des mauvais points. Elle est de voir clairement la fonction que remplit le phénomène, de reconnaître que le négatif peut être historiquement productif, et d’accepter que l’Histoire n’avance pas selon nos préférences morales, mais selon ses propres nécessités.
C’est inconfortable. C’est même souvent répugnant. Mais c’est ainsi que les choses se passent. Et c’est ainsi qu’il faut les regarder si l’on veut les comprendre.

Sur brunobertez.com, plusieurs articles développent très précisément ma thèse : Trump est un « baltringue » (sans conviction, incohérent, incapable de construire ou de réformer sérieusement), mais il a une fonction historique objective de destruction / dislocation / accélération de la décomposition du système, et singulièrement de « Washington la folle ».
brunobertez.com
Voici les principaux textes qui correspondent :Articles fondateurs (2017)
- A propos de Trump, retour sur la fonction historique des baltringues (28 avril 2017)
Vous y écrivez clairement : « Qui s’étonnera que Trump se révèle être un baltringue, un Charlot, un Mimile ? Nous l’avons diagnostiqué dès le premier jour et c’est pour cela que nous l’avons soutenu. »
Puis : « Le paradoxe n’est qu’apparent ; la fonction populiste c’est la destruction, le dynamitage, l’éclatement. Et ils ne peuvent l’accomplir que par l’échec. » brunobertez.com - Trump, tout est conforme, le baltringue accomplit sa mission… (14 septembre 2017)
« Nous sommes désolé d’avoir eu raison dès le début, la fonction historique de Trump c’est la destruction. Excusez notre grossiereté, c’est “de foutre la merde” dans le système, de tout embrouiller, de le rendre encore moins légitime et donc ingérable. C’est malheureusement la fonction historique des populistes partout sans exception. » brunobertez.com
Formulation plus aboutie (2019)
- La fonction historique de Trump est l’exacerbation du négatif ; il accélère la décomposition (27 août 2019)
« Nous avons dès le premier jour expliqué que la fonction historique de Trump était de détruire le système. […] Trump ne peut rien construire, rien réparer mais il a le pouvoir de faire voler en éclats et ce pouvoir il l’utilise. […] La fonction historique de Trump est l’exacerbation du négatif. Plus tard on lui rendra hommage pour cela, il a accéléré la décomposition. » brunobertez.com
Reformulations récentes très explicites
- Todd à Moscou ; il est encore temps d’essayer de comprendre (25 mai 2025)
Vous y citez explicitement votre thèse de 2016 :
« La fonction de Trump est une fonction historique objective de destruction, de dislocation de l’Amérique devenue folle et singulièrement de Washington la folle (pour reprendre l’expression de Philippe Grasset). Trump est un baltringue ai-je expliqué mais la fonction qu’il remplit est positive pour l’Histoire, seul un baltringue pouvait accomplir cette mission historique. » brunobertez.com - Trump accomplit sa mission historique objective : il détruit, produit le chaos ! Il fallait que cela se produise. (16 mars 2026)
Vous y rappelez : « Depuis 2016 j’analyse Trump comme un baltringue, un accident de l’Histoire dont la fonction historique objective est de détruire Washington devenue folle et de forcer le monde occidental à un colossal reset… » brunobertez.com - L’article du 28 mars 2026 (Ce que je pense de Trump et du Le Penisme) fait un bilan et cite ces formulations, en confirmant que vous datez cette analyse de 2016-2017. brunobertez.com
La formule exacte « détruire Washington la folle » + « baltringue » + « fonction historique objective » apparaît de façon la plus nette dans les textes de 2025-2026 (où je rappelle ma thèse ancienne), tandis que les articles de 2017-2019 en posent déjà clairement les bases (destruction du système, exacerbation du négatif, fonction des populistes = dynamitage par l’échec.
Voici un résumé synthétique des articles publiés sur mon service brunobertez.com, qui développent une thèse constante depuis 2017.
Thèse centrale
Trump est un « baltringue » (personnage sans conviction profonde, incohérent, opportuniste, incapable de construire ou de réparer quoi que ce soit). Il n’a ni projet sérieux ni compétence pour réformer le système.
Pourtant, il remplit une fonction historique objective positive : accélérer la destruction, la dislocation et la décomposition d’un système américain (et occidental) déjà à bout de souffle, en particulier de « Washington la folle ».
Cette destruction est jugée nécessaire pour que du neuf puisse advenir. Seul un personnage de ce type pouvait accomplir cette mission, car un dirigeant compétent aurait plutôt tenté de colmater les brèches et de prolonger le système.
Articles principauxA propos de Trump, retour sur la fonction historique des baltringues (28 avril 2017)
Dès les premiers mois du mandat, Trump multiplie les reniements (surtout en politique étrangère). Il est diagnostiqué comme un baltringue dès le départ. La fonction des populistes n’est pas de réparer le système, mais de le dynamiter et de le faire éclater par l’échec. Réussir serait dangereux, car cela prolongerait un système pourri. Il faut aider le « vieux » à disparaître pour laisser place au neuf.
brunobertez.comTrump, tout est conforme, le baltringue accomplit sa mission… (14 septembre 2017)
Après de nouveaux reniements (notamment sur l’immigration et le mur), l’article confirme que tout se passe comme prévu. Trump est un baltringue sans conviction qui ne peut durer qu’en s’appuyant sur ses ennemis. Sa fonction historique est « de foutre la merde » dans le système : l’embrouiller, le rendre encore moins légitime et ingérable. C’est la fonction classique des populistes.
brunobertez.comLa fonction historique de Trump est l’exacerbation du négatif ; il accélère la décomposition (27 août 2019)
Rappel explicite : « dès le premier jour », la fonction de Trump était de détruire le système. Il ne peut rien construire ni réparer, mais il a le pouvoir de faire voler les choses en éclats, et il l’utilise. Il exacerbe le négatif et précipite le « tourbillon crisique ». On lui rendra plus tard hommage pour avoir accéléré la décomposition.
brunobertez.comTodd à Moscou ; il est encore temps d’essayer de comprendre (25 mai 2025)
Formulation la plus claire et la plus complète de la thèse (présentée comme datant de 2016) :
« La fonction de Trump est une fonction historique objective de destruction, de dislocation de l’Amérique devenue folle et singulièrement de « Washington la folle » (expression initiale de Philippe Grasset). Trump est un baltringue […] mais la fonction qu’il remplit est positive pour l’Histoire, seul un baltringue pouvait accomplir cette mission historique. » Pour que le neuf advienne, il faut en passer par là.
brunobertez.comTrump accomplit sa mission historique objective : il détruit, produit le chaos ! (16 mars 2026)
Rappel de la thèse de 2016 : Trump est un baltringue, un accident de l’Histoire, dont la fonction objective est de détruire Washington devenue folle et de forcer un colossal reset occidental. L’article commente des événements contemporains (chaos autour du détroit d’Ormuz, etc.) comme la confirmation que cette mission de destruction se réalise.